CHAPITRE XXI
La haino dos conjurés s'attaquait à tous les rangs de la hiérarchie sociale. Une démarche indifférente, une attitude, un regard, une rencontre fortuite , tout était l'objet d'une perquisition ombrageuse; tout pouvait provoquer de terribles soupçons.
Les hommes de guerre, soupçonnés d'attachement à saint Chrysostome, n'étaient pas plus épargnés que les évéques et les prêtres. On se faisait un infernal plaisir de meurtrir et de déchirer les chairs des victimes. Un soldat des compagnies préposées à la garde de l'^miiereur, est accusé vaguement de quelque atfection à la cause du saint patriarche; il est inmiédiatement saisi, battu, déchiré, puis déporté presque sans vie à Pétra, dans les déserts insalubres de l'Arabie, au delù de ^ancienn^■ Idumée.
Ainsi toutes les contrées de l'Orient étaient ensanglantées par les fureurs de la persécution. On eût dit que l'cmpii-e était dévasté par des hordes barbares. L'Eglise orientale avait repris ses vêtements de deuil; elle semblait avoir reculé de trois siècles jusqu'aux sanglantes folies d'Héliogabale et de Néron.
Les communautés chrétiennes les plus reculées de l'Occident et tous les évéques de l'illyrie, de la Orèce et de rita'ie, entendaient avec frémissement les récits de toutes ces scènes étonnantes. Ils prirent conti-e les coupables une décision supi-ême : on résolut de rompre toute communication avec ceux des évéques d'Oiienl qui se laissaient emporter, à la suite de Théophile, au torrent du schisme et de la passion. On avait refusé même jusqu'au salut à l'usurpateur Arsace, à l'ambitieux parjure. La même rigueur avait accueilli l'avéneraent d'Atticus, Cette décision devait être observée jusqu'au jour où Dieu, dans sa miséricorde , aplanirait les voies à la réunion d'un eoncile général, pour couper, dans le corps des pasteurs, tous les membres gangrenés qui s'étaient souillés par tant d'excès criminels. Le nombre de ces faux pasteurs entrés
furtivement dans le sanctuaire atteignait aioi-s des proportions effrayantes.
Le concile de Rome et le pape Innocent l" demeurèrent constamment fidèles à garder cette loi, qu'ils s'étaient imposée à l'occasion d'un attentat qui portait atteinte à l'essence même de la discipline ecclésiastique. Même après la mort de saint (.'hrysostome, de cette lumière du monde entier, dit l'tiistoire contemporaine, ils repoussèrent la communion des évêques d'Egypte, d'Orient, de Thrace, du Bosphore et de Constantinople, Jusqu'au moment de la réparation, oii le nom de cet honnne divin fut rétabli sur les diptyques à côté des évêques ses frères.
Saint Chrysostome aussi lui se sentait accablé de chagrin à la A ue de ce bouleversement général dont il était l'occasion. Tous les bruits de proscription , d'instruments de tortures, arrivaient comme des coups de foudre jusque dans Arabisse , et \enaient plonger son âme dans une tristesse mortelle. I^e spectacle navrant de tant d'évêques, de prêtres, de religieux, de vierges et de fidèles, immolés à la vue du peui^le ou retenus dans les cachots à cause de lui, lui laissent dans le cœur un de ces fonds d'amertume, un de ces poids immenses de douleur sous lequel l'humanité s'affaisse et la vie elle-même s'éteint.
(.'est à celle époijue que lui écrite lu tellre injuste et niallieureuse de saint Jérôme contre saint Clirysostonie. Celle lellreseuiljle être une insulle gratuite à l'adresse du juste persécute. Saint Jérôme, trop ardent dans ses impressions et dans la manifestai ion des mouvements de son âme, n'attendit pas, dans cette circonstance, que les derniers layons de lunuére vinssent éclairer et modifier ses convictions.
Mais cette ombre légère au tableau de l'Église était compensée par des avantages et des vertus qui faisaient rejaillir sur elle le plus grand et le plus pur éclat. On admirait alors les élonnanls travaux de saint iMarulluis en Perse, et l'Occident se