CHAPITRE XXI. 2V.i
réjouissait à la \uo de la consécratiou à Dieu dun grand homme ; Cassien recevait l'imposition des mains et l'insigne honneur du caractère sacerdotal. Cet événement eut lieu, selon quelques auteurs, à Rome, et, selon d'autres, à Marseille dans les Gaules.
Cette année fut féconde en événements heureux.
Pendant que l'empire d'Occident se sauvait d'une ruine complète par la défaite de Radagaise, qui toaibait sous l'épée de Stilicon, saint Augustin, par ses écrits, mettait en fuite les ennemis de la foi chrétienne. II faisait triompher l'Église et confondait à jamais les donatistes dans ses admirables lettres à Cresconius, tandis qu'Innocent 1"" soutenait en Asie le drapeau de la discipline et de la foi.
Quel fut en effet le résultat de l'intervention souveraine du chef visible de l'Église, dans la cause de saint Chrysostome? 11 fut immense. Il opéra la réunion des cœurs et consolida la paix universelle. Sans cette intervention providentielle et nécessaire, rOrient était scindé. Le schisme avait pris pied près du berceau de l'Église , et la perle des premiers fleurons de sa couronne terrestre eùl précédé de quatre siècles l'ouverture de l'abîme creusé par l'hypocrite orgueil de Photius.
Sansdoute, à cette époque reculée, la longueur des dislances et l'impossibilité de les franchir mettaient souvent les défenseurs de la justice dans la nécessité de laisser la vérité captive sur les rives du Bosphore et dans les prisons'de l'empire; mais il arrivait aussi que le vent de la justice divine emportait jusqu'à Rome au moins quelques échos affaiblis des cris et des sanglots des victimes j et la voix du Père alors se faisait entendre, et grondait au nom du ciel.
Mais que lut-il arrivé dans le royaume terrestre du Sauveur, si son représentant, l'écho de sa voix, le rayon de sa sagesse . l'instrument de son cœur, l'image visible de sa majesté souveraine, eût été renfermé dans l'immense ceinture de fer qui se dressait alors dans les régions du nord contre les armées romaines? si la voix paternelle d'Innocent (*" eût été comprimée, étouffée au milieu des hordes barbares qui s'apprêtaient à se partager la dépouille du colosse romain?
Alors l'Église, sans guide céleste, sans conseil divin, sans appui paternel, se fût inclinée encore tristement sous la hache meurtrière; elle eût subi le supplice de voir ses enfants les
plus chers Iraiiiés sur la claie, et portant au visage la trace hideuse des crachats renouvelés du calvaire et de la bave fumante des passions. El cela, sans qu'aucun signe visible du ciel fût venu leur attester la colère céleste, sans qu'aucune autorité divine fût venue poser un grain de sable de^ant le flot \ictûrieux de la persécution.
Aussi, lorsque au sein de sa famille, le père universel, le délégué de Dieu, se voit ainsi menacé d'être séparé des siens par une triple barrière, d'éléments infranchissables, de passions conjurées et de fer dressé contre sa poitrine et contre celle de ses enfants, son devoir alors, devoir plus fort que la vie, est-il d'élever une voix puissante, et de signaler contre les auteurs de ces attentats les droits inviolables et sacrés de la justice du ciel.
A l'époque de triste mais consolante niémoii'e où tous les peuples de l'univers connu s'inclinaient sous le t;ceptre d'airain du quatrième et dernier grand empire, et s'habituaient à s'effacer des annales du monde, sous la pression de leurs vainqueurs, le christianisme apparut, plein d'amour, et Ainl s'interposer entre son enfant, le peuple, et la tvrannie des maîtres de la terre. 11 amena saint Pierre au centre de l'empire, et saint Pierre vint planter au sommet du montTarpéien la croix du mont Calvaire.
C'est ainsi qu'il pouvait annoncer sans entraves au monde entier que pour les enfants des hommes, le règne de fer allait l'aire place au règne de l'amour fraternel qui s'immole, au règne de la charité. Par lui, l'Église et la civilisation firent une alliance éternelle. Elles se donnèrent une main amie, et placèrent au sommet du Capitolc leur douijle flambeau. De là, la lumière divine de l'Église pouvait atteindre dans son rayonnement civilisateur, jusqu'aux dernièreslimitesdu monde. Toutes les tribus barbares quittaient les mers glacées du nord, les plages désolées et les steppes inhabitables du pays des Cimbres et de la Scandinavie, pour venir prêter l'oreille à la parole du vieillard de Rome, pour venir se grouper, établir leur foyer et prendre leur rayon de lumière et de chaleur autour de la ville éternelle et de son flambeau divin.
Mais lorsque dans le cours des siècles l'empire eut fait son temps; lorsque l'édifice humain de la puissance romaine vacillait sur ses bases et que le colosse s'en allait en lambeaux,