CHAPITRE XXir
Enlia il lui restait à tlonner un dernier témoignage de confiance , de respect et d'ainouc à son plus puissant protecteur, au pape Innocent P\ C'était le dernier adieu de l'entant à son père ; avant de succomber, il devait porter vers Rome un dernier regard, pour s'assurer qu'il allait bien mourir sous les yeux du chef de TEglise, avec sa bénédiction paternelle.
Il s'excuse d'abord de son long silence, qu'il impute à l'éloignement, ii la difficulté des communications, et surtout aux dangers causés par' les déprédations des Isaures, qui répandent partout la consternation et la terreur. Il lui dit qu'il en est h la troisième année de son exil et de ses souffrances, qu'il a confié sa correspondance au zèle |''prou^■t' du prêtre Jean et du diacre Paid ; puis il ouvre son âme et l'épanché tout entière dans celle du père comnmn des pasteurs et des fidèles. Il lui témoigne sa reconnaissance; il le supplie de le secourir, de l'assister jusqu'à la fin, quel que puisse être le résultat de son intervention. Quel enfant soumis! et quel père !
« A l'évèque de Rome. Innocent I". .lean, salut dans le « Seigneur.
« Notre maison mortelle noccupe sur cette terre qu'un « espace resserré dans d'étroites limites. ^Mais l'aile de la « charité s'élève, et dans une course rapide elle parcourt « le monde entier. C'est ainsi que l'immense étendue qui « nous sépare ne peut être un obstacle à ce que \otre pré- « sence et votre souvenir occupent chaque jour notre « pensée et soient l'objet de nos sentiments d'affection « filiale et fraternelle. C'est en effet par les yeux de l'a- « mour qu'il nous est donné de contempler à tout instant « cet héroïsme de courage , cette sincérité de dévouement « et celte inébranlable fermeté d'attachement que notre « cœur bénit et que l'univers admire , comme il nous est « donné de jouir de la consolation si grande , si douce, si « constante et si sûre que vous daignez prodiguer au plus « indigne de vos frères.
« Fidèle pilote du monde, plus la mer en fureur exhale « sa rage, en soulevant l'écume fumante de ses flots, plus « elle cache dans ses abîmes de récifs et d'écueils, plus (( vous voyez le vaisseau de Jésus-Christ frémir sous les « coups des vents et des tempêtes , plus aussi vous élevez u la tête au-dessus des orages pour embrasser le monde « entier dans les bras de votre sollicitude et de votre « amour.
« En effet, en ce qui concerne nos malheurs, ni la « grandeur de la distance qui nous sépare, ni la longueur « des délais , qui semble donner aux coupables une ga- (( rantie d'impunité, ni les difficultés inextricables qui ré- « sulterît de l'implication du pouvoir temporel dans les « choses de TEgUse, n'ont pu jamais empêcher votre vigi- « lance d'arriver jusqu'à nous, ni refroidir un instant « votre courage et votre ardeur à nous dd'fendre. On ne « vous a jamais vu faillir au devoir du pilote inébran- « lable et vigilant, dont l'attention et le dévouement s'a- (' niment h la vue de l'agitation et de la fureur de l'Océan, « du fracas et du brisement des flots et de la profondeur « des ténèbres, qui font régner une nuit sombre au mi- « lieu même de la lumière du jour.
« Aussi rien ne peut-il égaler l'ardeur de ma recourt naissance; mes vœux les plus chers seraient de pouvoir (( vous en offrir le fréquent, témoignage ; ce serait pour « moi la source d'une indicible et suave consolation. Mais « l'éloignement et la solitude de mon exil m'enlèvent « môme l'espoir d'une si douce jouissance. Non-seule- « ment notre triste et sauvage demeure est inaccessible « pour ceux qui viennent de contrées lointaines, mais elle « l'est même pour les populations voisines, qui ne peu • « vent qu'avec peine et péril arriver jusqu'à nous. Nous (( habitons un rocher placé sur la dernière limite de l'em- « pire , et toutes les voies sont occupées par les barbares « qui ravagent la province.
« Dans une telle situation, que mon long silence soit