CHAPITRE XXir
« [>our vous un niulif de couipassiou et de synii)at.hio, '« plutôt qu^une cause de mécontenleuient et de soupçon. « JVon, à vos yeux, l'insouciance ne peut paraître avoir au- « cune part dans les motifs de mon silence; car cesmotils « eux-mêmes prêtent à mon malheur un caractère particu- (( lier d'amertume et d'injuste rigueur. D'ailleurs, je me « suis toujours empressé de faire franchir à l'expression « de mes sentiments, la longue distance qui nous sépare.
« En effet, lorsque après de longs jours de douleur et « d'abandon, j'ai le bonheur de recevoir le vénérable et « bien-aimé prêtre Jean et le diacre Paul, qui viennent me « présenter l'occasion d'abréger, à cet égard, ma priva- « tion et ma souffrance , je ne puis contenir mes trans- « ports de joie et de bonheur; je saisis, avec empressc- « ment, leur entremise, pour vous adresser le témoignage « de ma vive gratitude, et pour vous bénir des consolations M dont vous m'avez comblé par votre amour [>lus que pa- « tei'nel.
« Et l'honmiagc de mes sentiments ne peut être, de la « part de mon cœur, qu'un acte de justice; car, il n'a pas « dépendu de voti-e piété que les ti-aces de tous nos dé • « sordres ne fussent effacés par une juste répai-ation, que « les scandales ne fussent bannis du lieu saint , et que « toutes les églises ne pussent enfin jouir du céleste bien- « fait de la concorde et de la paix, ^'ous avez lout fait « pour donner une vie nouvelle à la prospéi-ité du bercail « agité du Sauveur. Vous avez tenté de venger le mépris « victorieux des lois de l'Eglise, et la violation persévé- « rante des constitutions de nos ancêtres.
(f Mais, puisque nous avons \u tant d'efforts fi'app(''!S n par l'enfer d'une atïligeante stérilité ; puisque les pre- M miers auteurs de ces maux ont ajouté les crimes aux " crimes, je ne veux point, dans le récit de nos nouvelles « et récentes douleurs, vous exposer en détail le sombre « tableau de tous les attentats qui nous couvrent de honte « et d'opprobre. Un tel tableau, d'ailleurs, dépasse?'ait les
T. II. l'j
254 s Al. NT CHRYSOSTOME.
« limites d'une lettre ordimiire, et réclcinvfait une longue « histoire et des livres entiers.
« J'ose seulement supplier votre vigilante soUieitude de « ne point se laisser décourager par la grandeur des dé- « sordres et de la perturbation dont les agitateurs ont (( rempli toutes les Eglises, ni par la certitude que leur « cœur endurci ne peut offrir aucun espoir de guérison « ou de repentir; mais de reprendre courage, ardeur et « confiance, et de proportionner la persévérance et l'ac- « tion h l'immensité de nos souffrances.
« Nous livrons une bataille dont le champ n'a poui' li- « mites que celles de l'univers entier. Nous combattons (( pour des Eglises renversées et foulées aux pieds par « l'anarchie , pour des peuples dispersés et jetés à tous « les vents, pour un clergé persécuté qui succombe, pour t( des cvêques qui vont arroser de leurs larmes le pain de « leur exil, entîn pour les lois et constitutions de nos « pères, que l'on livre à la violation de la révolte, de la (' haine et du mépris. Voilà ce qui nous fait une nécessité M de vous prier, de vous C(jnjurer, de daigner étendre sur a nous votre sollicitude, et de donnei- à votre zèle une « énergie proportionnée à la violence de la tempête.
« Alors nous espérerons voir un joui' nos malheurs s'é- « vanouir; nous attendrons avec confiance que la sérénité « revienne au beau ciel de l'Église.
« Mais quels que puissent être ici-bas les résultats de « votre intervention et de vos travaux, vous n'en aurez « pas moins acquis une couronne au sein des miséricordes « divines. Et ceux qui succombent sous le poids de nos « afflictions présentes, emporteront au ciel la douce con- « solation d'avoir été, pendant les niau\ais jours de leur (( existence, l'objet constant de votre amour paternel.
« Quant à moi, voici la troisième ann('e que j'endure les a angoisses de l'exil , soumis aux tourments de la faim , « de la peste, de la guerre, d'assauts meurtriers et conti- « nuels, d'anxiétés intolérables, et d'une mort dont cha-