‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 113 sur 214 · CHAPITRE XXII. 2a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. 2a

ce moment suprême , Dieu semble avoir voulu réparer le délabrement de ses forces, pour le laisser en mesure d'offrir au ciel, par sa mort, une immolation plus parfaite. La victime, sans cesser de souffrir, puisque son existence ne devait être qu'un long martyre, devait ainsi se compléter par l'accroissement de la vie, avant de monter sur l'autel où devait se consommer son sacrifice.

C'est à la veuve Olympiade, à l'âme peut-être la plus digne, h cette époque, et la plus capable de s'associer à la sienne, que le saint révèle à la fois et les desseins affectueux de Dieu sur son cœur de martyr et ses sentiments intimes, ainsi que les souffrances de ses derniers jours. « Ne vous inquiétez point , lui dit-il , de la rigueur de « l'hiver, de mes douleurs d'intestins, ni des incursions « des Isaures. L'hiver a sévi sans doute dans ces contrées, c( comme il sévit d'ordinaire dans les montagnes de l'Ar- K ménie ; mais j'ai pu me soustraire à ses atteintes par les « mesures que j'ai prises pour me garantir. S'il m'a fait « endurer le supplice d'une vie de privations, j'ai pu du « moins, cette fois, m'épargner bien des souffrances. Re- « tenu près d'un feu continuel, dans une chambre tou- « jours fermée au contact de l'atmosphère, accablé sous « im poids énorme de vêtements, et privé de la jouissance « de ma part d'air et de soleil , j'ai dû subir le toui-menl « d'une monotone et douloureuse captivité.

« Mais une telle existence, pour moi , n'est point into- « ii'rable ; je la supporte avec résignation et patience, « puisqu'elle me sauve d'une bien plus grande douleur. « Tant que je demeure dans la chaude température d'une (( chambre close, le froid de l'atmosphère ne saurait me « saisir, et j'en éprouve fort peu l'influence ; mais , dès « qu'il me faut franchir le seuil de ma demeure , l'air « glacé qui m'entoure me pénètre les membres et me fait M endurer d'atroces douleurs.

« Veuillez , cependant , ne point vous affliger de ce « qu'un me fait passer la saison rigoureuse dans ces tristes

2b8 SAINT CHRYSOSTOME.

« contrées. Si j'ai le malheur d'en souffrir , du moins j'ai « la consolation de voir mes forces reprendre une nouvelle «énergie. Les atteintes de faiblesse et de délabrement, a éprouvées l'an passé, sont réparées, et je sens, dans tout « mon être, le retour presque complet de mon ancienne « vigueur.

« Mais vous, j'ai le chagrin de vous voir souffrir en- «core, et je sais que vous êtes assaillie de nombreuses « infirmités. Vous jouiriez, assurément, d'une santé plus « florissante, si vous accordiez à votre corps, au compa- « gnon fidèle de votre âme, tous les soins et toute la solli- « citude qu'il réclame. »

Saint Chrysostome s'efîorce de faire comprendre (i sainte Olympiade, que la sainteté qui doit s'aider ici-bas des forces matérielles de la nature, ne saurait jouir longtemps de ce secours, si par une ferveur inopportune elle refuse de lui donner ses soins, comme à l'instrument choisi de Dieu pour l'accomplissement de ses destinées.

Puis, cédant au sentiment de résignation et d'espérance que lui cause, à son insu, le pressentiment de sa fin prochaine, il ajoute : « Si notre séparation vous est amère, (t soyez assurée que vous aurez bientôt la consolation d'en « voir la fin. Cette prédiction n'est point un motif de con- « solation, par lequel je veuille tempérer l'amertume du « chagrin qui vous accable. Non, mais je sens, et j'ai la « certitude que je touche au dernier des jours de mon « triste et lointain exil. Car, si ce n'était pour ce dessein « miséricordieux, que Dieu m'a réservé jusqu'à cette « heure, depuis longtemps j'aurais dû succomber h l'ex- « ces de mes fatigues et de mes souffrances. Sans vouloir M rappeler à votre souvenir les opprobres et les douleurs « que vous m'avez vu subir à Constantinople , portez seu- « lement votre pensée sur cette longue série de tourments « d'un voyage dont chaque péripétie était de nature à me « causer la mort. Rapprochez, de ces nombreuses tor- « tures , tout ce que j'ai souffert pendant mon séjour à

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