‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 114 sur 214 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

« Cucuse, et dans ma prison d'Arabisse, où jp suis en- « core, et vous pourrez comprendre que Dieu ne me ré- « serve aujourd'hui quelques instants d'existence , que « pour me faire contempler la Juste réparation de nos « malheurs.

M A cette heure, la restauration 'de mes forces est coma plète. Il m'est donné de jouir dans un corps frêle et « débile , d'une santé si robuste et si parfaite, que les Ar- « méniens qui m'entourent ne peuvent s'empêcher d'en « manifester leur étonnement. Ma frêle nature a pu tout « braver, tout endurer, sans s'affaisser sous le poids de o tant de fatigues.

« Une soUtude continuelle, la rigueur mortelle des hi- « vers, la privation de nourriture, l'abandon absolu, le « manque complet d'hommes de service , l'ignorance des « médecins , la privation du soulagement des bains , dont « la ni'cessité se fait rigoureusement sentir ; ma réclusion «dans un appartement complètement fermé , sans qu'il (f me soit permis de me livrer à mes exercices ordinaires ; « l'ardeur du feu qui me calcine, l'action délétère de la H fum(!'e que je respire, enfin le malaise intolérable de ma « captivité, les exigences et la brutalité des gardes et les « alarmes incessantes causées par les ravages des Isaures ; « j'ai pu tout supporter, sans que mes forces aient paru «s'altérer, ni mon courage faiblir. Après tant d'assauts « et tant d'épi'euves, ma santé semble être plus florissante « qu'elle ne fut jamais en aucun lieu, même à Constan- « tinople. »

Ainsi saint Chrysostome prophétise , à son insu, qu'il touche au ternie de sa vie. Seulement, la patrie qu'il aspire à revoir n'est pas celle que Dieu va bientôt ouvrir à l'ardeur de ses désirs. Il se plait à reconnaître que Dieu daigne le favoriser de tout ce qui constitue ici-bas l'existence la plus belle.

Il est persécuté pour la justice : il peut jouir , malgré ses souffrances, de tous les avantages d'une santé robuste,

qui vient de lui révéler la force de sa constitution. Il est le consolateur et le soutien de toutes les Eglises d'Asie. Son influence s'étend sur toutes les provinces de l'Orient. L'Occident s'incline vers lui pour lui tendre une main amie. L'empereur Honorius, et le souverain Pontife, le saluent leur frère et le confesseur de Jésus- Christ. Des évèques s'estiment heureux de souffrir persécution pour le triomphe de sa cause. Que lui reste-t-il encore à désirer? La victime est complètement prête et parée ; il ne lui reste plus qu'à s'avancer vers l'autel.

-Mais , pour l'oblation de ce terrible holocauste , quel doit être le sacrificateur? Où trouver un bourreau pour l'accomplissement de cette immolation, un scélérat sans pudeur, pour la perpétration d'un tel crime? C'était chose toute facile à cette heure. Le schisme était là, tout prêt à présenter le sacrificateur, à stimuler l'assassin, à soudoyer le bourreau.

Porphyre d'Antioche et Sévérien de Gabales ne pouvaient se consoler de voir que, malgré tous leurs efforts , le saint respirait encore. Leur œil jaloux voyait, avec une soiie de rage, qu'il grandissait sans cesse, même sous les coups de ses persécuteurs. La conversion d'un grand nombre d'infidèles de la Cataonie, opérée par son zèle , léclat incomparable de ses vertus, son influence dans toutes les Églises, au lieu de leur porter la joie au cœur, semblaient les frapper du vertige de la fureur et de la haine. Ces hommes, saturés d'honneurs, engraissées des fa\eurs de la cour, et mis en possession des trésors de rÉglise, se sentaient oppressés à la seule pensée de l'existence lointaine du pauvre exilé, qui luttait contre la mort, au milieu des forêts et sur les rochers du mont Taurus. Le schisme commandait en maître à Constantinople : il avait dans ses mains les forces de l'empire ; la couronne de Constantin était à ses pieds. Ainsi, les perturbateurs disposaient de la puissance suprême; et, cependant, ils n'osaient pas frapper ostensiblement leur victime. Elle vivait

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