CHAPITRE XXII
préfet du prétoire ; ils obtiennent de lui deux soldats; deux l3ourreaux au cœur froid, qui reçoivent l'ordre barbare d'emporter au loin leur victime et de ne lui laisser ni satisfaction ni repos.
Ces deux hommes viennent tirer saint Chrysostome de sa prison d'Arabisse pour l'entraîner dans un long et dernier voyage, voyage dont il ne doit point voir la fin. C'est le dernier coup que lui portent les schismatiques, c'est le dernier degré qu'il lui reste à franchir pour arriver au ciel.
On le fait avancer à marches forcées ; on le fatigue, on le traîne sans relâche et sans pitié ; tels sont les ordres émanés du prétoire. Les soldats le traitent pendant la marche avec la plus brutale rigueur. On semble redouter que la mort ne vienne point encore ; on craint évidemment que le saint n'arrive plein de vie à Pityonte , qu'il ne répande encore au loin son influence, et que la renommée de ses travaux et de ses succès n'aille troubler à Constantinople la conscience oppressée de ses persécuteurs.
On va donc, à force de rigueurs, le faire arriver promplement à l'épuisement de son énergie morale comme à la dernière limite de la force vitale de sa constitution physique. Les soldats choisis par les schismatiques sont hommes du reste à mener à bonne fin cet horrible complot. Ils ne lui donnent de temps d'arrêt que ceux qui ne peuvent lui causer aucun soulagement sensible. S'il survient des torrents de pluie, ils le font sortir et l'y laissent sans abri .jusqu'à ce que ses vêtements en soient imprégnés et dégouttants. Dans les fortes chaleurs, bien qu'il ait la tête dénudée comme celle du prophète, ils l'exposent, tête nue, aux plus intolérables ardeurs du soleil. S'il se trouve des bains publics dans les villes ou bourgades qu'ils rencontrent sur leur passage, ils lui refusent impitoyablement le moindre repos, de peur qu'il ne veuille profiter de cette occasion pour se procurer quelque soulagement à ses souffrances. Et cette exécution se prolonge pendant trois mois entiers!.. 11 faut donc qu'il succombpet qu'il meure,
muis qu'il meure sans que Topinion publique, dans son impartiale justice, puisse jamais découvrir ni l'instrumenl du crime, ni la main du bourreau.
Est-il possible de contempler sans un frisson d'horreur et d'admirâîion ce vénérable prêtre, dont le front rayonne de patience et de sainteté, s'afTaissant sous la main qui le torture, exhalant une vie sans tache et bénissant de ses lèvres et de ses yeux qui s'éteignent, l'implacable et froide atrocité des soldats ! C'était là du reste l'exemple donné par le maître; le disciple aussi, lui, devait expirer en priant pour ses ennemis et ses frères; et le dernier battement de son cœur devait être une dernière demande de pardon. Mais qu'il allait loin chercher son calvaire ! Appartenait-il donc aux représentants de l'armée romaine de porter les coups les plus sanglants au divin fondateui' du christianisme, comme aux plus illustres enfants de la famille chrétienne ?
L'inflexible inhumanité de ces soldats rappelle naturellement à la pensée une autre armée qui commençait alors ù revendiquer sa place au soleil de la civilisation évangélique, et qui refoulait devant elle les légions et les consuls romains; elle rappelle cette noble armée des Sicambres, avec laquelle Clovis eût voulu délivrer le Christ du Calvaire , ainsi que ce soldat franc , si docile au souftle bienfaisant de la charité chrétienne et qui ne connaît rien d'égal à sa bravoure, si ce n'est l'héroïsme de son abnégation. %Si l'on eût donné pour guides à saint Chrysostome des enfants de cette généreuse nation que l'on s'imaginait flétrir par le nom de barbare , de quels témoignages de respect des soldats francs n'eussent-ils pas entouré cette auguste infortune !
Dieu réserva pourtant alors au saint martyr une consolation, et cette consolation lui fut d'autant plus douce, qu'elle s'adressait h sa sensibilité comme un des derniers bienfiiits de ce ninud,' cl comme un df^ ses ]ilus afTcclueuv ttdicuv.