‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 118 sur 214 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

armait son cœur de patience , et répandait sur ses traits et dans son âme une douce sérénité.

En quittant les plaines de Sébaste et le bassin de l'Halys, il leur fallut gravir encore d'autres montagnes. Ils étaient en face du mont Ophlinius , qui leur présentait l'aspect sinistre de ses crêtes désolées et de ses abîmes profonds. C'est là que devait s'exhaler le dernier soupir de saint Chrysostome, là que devait s'éteindre à jamais le plus brillant flambeau de l'Eglise d'Orient.

Le saint voulut dépenser, pour obéir à ses bourreaux , Jusqu'à sa dernière étincelle de vie. Il put encore franchir les rochers escarpés de ces montagnes; il put affronter encore les privations et les fatigues, résultant de la succession rapide du froid et de la chaleur, par le passage subit des gorges brûlantes aux cimes glacées du mont Ophlinius. Mais ce fut un effort suprême : cette vie si splendide et si belle commençait à s'exhaler. Le Seigneur, dans son amour de père, dit un historien ami de l'Église, ne pouvait tolérer que cet athlète généreux , continuât sa route pour aller rendre son dernier soupir et laisser sa dépouille mortelle entre les mains des barbares.

Il était évidemment exténué. La vie s'échappait d'une manière sensible ; un repos absolu pouvait peut-être encore le soulager, mais ne pouvait plus le rétablir. Dans une telle situation, ils descendent lentement le versant septentrional de la montagne. Là passe le fleuve Iris, qui s'allonge dans la plaine, en détours sinueux, pour aller baigner de ses eaux les murs de la ville de Comane. L'Iris, qui prend sa source du côté de l'orient, non loin de Nicopolis et du Lycus, s'échappe en torrents, par mille ruisseaux et cascades, des gorges profondes de la montagne ; puis, dégagé des anfractuosités et des forêts de l'Ophlinius, il prend un cours lent et paisible, et vient partager la vallée du Lycus. C'est là qu'il rencontre Comane, délicieusement inclinée sur ses deux rives.

Le site enchanteur de cette ville, entre les vertes col-

Unes de l'Ophlinius et le versant méridional des monts Salisses, semblait inviter les gardes de saint Chrysostome à lui faire prendre quelque repos. Car tout leur annonçait que s'ils ne tenaient aucun compte de son épuisement , ils n'auraient bientôt plus entre les mains qu'un corps sans vie. Mais ces cœurs durs ne pouvaient être touchés par une éventualité de cette nature : ils avaient d'autres desseins à remplir. Comane était une ville assez importante ; elle était le siège d'un évêché. Le séjour d'une telle ville ofTrait trop d'avantages à leur victime. Un temps d'arrêt dans ses fatigues, joint aux consolations d'un frère et des chrétiens, eût pu raviver ses forces et prolonger , par conséquent de quelques jours, leur infernale mission. Dans cette appréhension, ils lui refusent impitoyablement l'entrée de la ville. Mais Dieu saura bien profiter de leur insensibilité cruelle, pour donner h son ami des consolations plus célestes et plus dignes de ses vertus.

Ces bourreaux l'entraînent donc encore, malgré son épuisement, jusqu'à six milles dans la plaine. Mais là , force fut de s'arrêter. La morL était venue ; on le fit descendre et loger dans des bâtiments formant les dépendances de l'église de Saint-Basilisque, évêque de Comane. Saint Basilisque avait aussi , lui , remporté la palme du martyre, palme plus belle et plus pure que le laurier des triomphateurs. Il avait accompli son sacrifice à Nicomédie avec saint Lucien d'Antioche. Ils furent envoyés au ciel pour le bon plaisir d'un être féroce , dont le nom est marqué dans l'histoire par une tache de sang : ce monstre est Maximin Daïa.

C'est en vain que les gardes de saint Chrysostome avaient redouté pour lui les consolations et la pitié de l'évêque de Comane ; c'est en vain qu'ils voulaient le forcer à mourir loin du commerce et des habitations des hommes. Ils s'imaginaient le voir expii-er seul, sous la pression de son chagrin el de t?<3S douleurs, Mais Dieu ml déjoui.'r

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