CHAPITRE X\l
« N^cst-ce pas à lui que sont cvdressi'cs pur l'Ksprit saint « les plus eiïroyables malédictions ? Je ne vous donne « point en cela mes impressions, mes pensées particu- « lières; mais, vous-mêmes, ouvrez les yeux et contem- « plez ! Les faits qui s'accomplissent dans cette cité ne « dépassent - ils pas de beaucoup les proportions de ces « crimes ! »
Alors le saint s'adresse aux femmes : « Parlez donc, « leur dit-il, vous que j'aperçois dans cette enceinte ; car « les calamités présentes sont presque toutes l'œuvre des « femmes? Parlez aux coupables, racontez-leur les exemc( pies affreux que je viens de vous exposer, et portez la « terreur dans leurs âmes !
« Si l'on est tenté de croire que le chagrin m'oppresse, « et que mes paroles n'ont pour but que d'exhaler les sen- « timents d un cœur agité par ^exaspération , que Ton « sache que ce soupçon n'est qu'une injure et qu'il ne re- « pose sur aucun fondement. Néanmoins si l'on veut que « la haine et la vindication soient les motifs qui m'ani- « ment, et que l'on veuille assouvir contre moi d'injustes «désirs de vengeance; je veux vous en présenter un « moyen facile. Vous pouvez vous venger sur moi, sans « encourir la conséquence d'un tel attentat ; si tant est « que l'on puisse se venger, sans être soumis à la juste « rétribution qui s'attache toujours a la vengeance.
« Eh bien , me voici ! Je m'abandonne à tous vos res- « sentiments ! Venez me frapper, me couvrir de soufflets, « me cracher au visage, à la vue de tout ce peuple. Venez « me faire expirer sous vos coups ! Vous frémissez ! Et « cela lorsque je ne vous demande que de me donner à « moi des soufflets ! Et vous voyez déchiré par vos pro- « près mains le sein de l'Église, le corps de Jésus-Christ M votre maître ! vous voyez disperser ses membres ! et vous « ne reculez pas d'horreur ! et vous ne frémissez pas ! »
« L'Église est la maison de Votre Père ; elle est un « corps; elle est un esprit. Si c'est de moi que vous vou-
24 SAliNT CHEÏbOSTOME.
a lez liiL'i- vfugeance, arrètez-vuus h moi; n'allez pas por- « 1er le poignard jusqu'au sein de l'Ègiise! Eh pourquoi « donc vous venger de Jésus-Christ même, à cause de « moi ! Gardez-vous de vous révolter contre les plaies et « les clous du calvaire ! Si je suis coupable d'outrages « envers vous, frappez-moi ; ,mais n'allez pas frapper et « déchirer le corps de Jésus-Christ qui ne vous a point « adressé d'injures 1 »
Ces paroles terribles faisaient courir un frisson dans l'assemblée, et provoquaient des explosions d'applaudissements immodérés.
Les ennemis du saint voyaient avec dépit et désolation qu'il régnait toujours en maître absolu sur les cœurs et les consciences. Ils craignirent que leur hostilité contre un homme si puissant et si vénéré ne provoquât encore l'indignation du peuple, et ne fît enfin éclater une sédition. Dans cette perplexité, le seul parti commandé par la justice, c'était d'imposer silence à leur inimitié, de se ranger du côté du bon droit, et de mettre à jamais un terme à leurs manœuvres scandaleuses. Mais c'était saciifier la haine de l'impératrice Eudoxie, et réduire à néant tous les projets de vengeance de l'empereur; c'était aller se heurter contre la cour et la puissance impériale. La passion conseillait une autre mesure, plus en harmonie avec leur propres ressentiments. Ils résolurent de calomnier les réunions de saint Chrysostome, de les représenter comme des foyers de perturbation et de désordre, et de les faire interdire, comme tels, par un décret impérial. C'était frapper au cœur son influence ; c'était, dans leur pensée, l'annihiler complètement. Le peuple alors ne pourrait plus être fasciné par son éloquence; il serait plus facile de rendre la foule accessible à d'autres impressions. C'est ainsi qu'on espérait la détacher de son évêque.
Cet expédient parut encore bon au faible Arcadius; et le quatrième jour des calendes de février, sous le consulat d'Honorius et d'Aristénète, fut publié ce décret que récla-