‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 13 sur 214 · CHAPITRE XNi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XNi

maient Sévérieii de Gabales, Antiochus de Ptolémaïde et tous les conspirateurs. Il défendait à tout officier du palais de se mêler aux réunions signalées comme tumultueuses; il frappait les délinquants d'une destitution immédiate et de la confiscation de leurs biens. 11 plaçait donc tous les fonctionnaires impériaux entre leur conscience et la misère, et plusieurs d'entre eux entre leur conscience et la mort. C'était une persécution flagrante, exercée contre l'Église au nom de l'Église elle-même.

Une telle loi, dans la ville impériale, isolait l'évêque et la multitude de tous les éléments qui, dans une société normale, représentent la richesse, la force et l'autorité. Le saint était ainsi constitué le bouc émissaire de son peuple. Il accepta, sans murmures, cette nouvelle situation qui lui donnait un caractère particulier de ressemblance avec Jésus-Christ,

Ses ennemis pensaient bien le voir succomber sous ce coup inattendu ; mais vain espoir ! Le saint tenait encore. Et l'époque du carême, en appelant à l'Église toute la population catholique, allait donner un nouvel essor à son talent, et prêter à son influence une puissance irrésistible. Le carême est l'époque de la pénitence, de la prière et de la mortification. Ils pensèrent avec raison que, s'ils permettaient à saint Chrysostome de s'adresser au cœur du peuple, et de raviver en lui, par sa parole, le feu, les aspirations de la charité chrétienne et l'ardeur primitive de la foi, toute leur conspiration et toutes leurs cabales allaient crouler pour toujours, devant les ardentes manifestations de la vérité. C'en était fait de leur complot. Toutes leurs accusations aUaient être anéanties ; et bien que leur concile se réunît toujours, néanmoins, si le saint se faisait entendre, tous les travaux des Pères étaient perdus à leurs yeux, et tout leur prestige était tombé ! Le saint s'était tenu constamment en dehors de leurs atteintes, et le peuple allait en foule se donner à lui. Tout était donc perdu pour la conjuration, si l'on ne se hâtait de frapper immédiate-

menl un grand coup sur le pasteur, pour jeter la confusion dans la bergerie. Telle était la pensée fixe de tous les conjurés. Mais pour frapper, il fallait une autorité puissante, et celle de l'empereur était la seule de leur côté qui fut encore debout. Ils allèrent donc se jeter aux pieds d'Arcadius ; ils firent appel à son épée ; et l'indigne empereur eut la faiblesse de tirer cette épée du fourreau, pour en frapper lâchement un homme de Dieu.

Scvérien en effet arrive, en compagnie de plusieurs autres évoques au palais impérial, pour demander à l'empereur une audience secrète. Là, seuls au pied du trône, ils osent affirmer contre leur conscience, que Févêquc .Jean est convaincu des crimes dont le concile l'accuse ; et que le devoir du chef de l'empire, du protecteur-né du troupeau deJésus-Christ est de donner des ordres sévères, pour qu'il soit chassé honteusement de son Église, au moins avant la fête de la résurrection.

Arcadius, le faible Arcadius était mis en demeure, ou de fou'er aux pieds sa conscience, et peut-être même les affections secrètes de son cœur, ou d'étoufTer les cris des conjurés et d'imposer silence à la fureur d'Eudoxie. D'un côté se faisaient entendre la voix de la justice, le respect pour la sainteté, l'intérêt et l'honneur de l'Église, de l'autre, parlaient avec une énergie passionnée, des accusateurs séduits par des largesses, les clameurs incessantes d'un orgueil irrité, la tyrannie de la haine, les cris de vengeance d'une femme humiliée et le témoignage de quelques évoques. Placé dans une telle situation, Arcadius n'était pas assez fort, même pour hésiter.

liC successeur de Théodosc et de Constantin se laisse donc aller au flot qui l'emporte ; et sur le champ, un ordre formel, signé de l'empereur, porte à saint Chrysostome l'intimation de quitter immédiatement son ministère et son Eglise. « Au nom de Jésus-Christ, de qui j'ai reçu' « cette Eglise, répond le saint évêque, je ne saurais faillir « à ma mission par l'abandon de mon troupeau. Mais,

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