‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 121 sur 214 · CHAPITRE XXll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll

de complots. A ceux ciu'il vient de pei-sécuter, et dont il il déchiré le cœui' et les entrailles, il prodigue désormais aflection, présents, flatteries et caresses. Il jette aux indigents, comme h tous ceux qui le lui demandent, l'or, l'argent à pleines mains. Quelc^uefois , il tombe à lem^s pieds et leur demande pardon de ne pouvoir suffire à la libéralité de son cœur, ou répondre selon son désir à leurs exigences présumées. 11 les conjure de ne point persévérer contre lui dans leurs justes ressentiments ; il les convie avec effusion aux douceurs de l'amitié, dont il est heureux de leur ofîrir le témoignage.

a Impitoyable tyran ! s'écrie à cet aspect inie àme indi « gnée, car c'est là la seule appellation que ta perversité « m'inspire ! de quel œil oses-tu contempler tes propres « victimes à qui tu viens offrir les consolations de la paix? « Est-ce qu'une aveugle confiance clans le pouvoir de tes « hypocrites caresses ne t'a fait immoler tant d'honora- « blés victimes que pour te mettre en mesure d'exercer et « de l'aire triompher ton influence maudite? Oses-tu t'ima- « giner que ces infortunés, succombant sous le poids des M calamités qui les accablent, pourront jamais compter « sur ton intervention bienfaisante, eux (jue tu n'as pas « daigné laisser dans la jouissance paisible de leurs M droits? Tu prétends guérir et cicatriser des plaies sai- « gnantes encore ! Médecin malheureux, prends garde que « nous n'allions imprudemment confier à ton art nos corps « affaiblis par la maladie, lorsque nous sommes témoins « que tu n'as pas pu môme leur laisser la plénitude d'une a santé parfaite, et que tu les as plongés dans les infir- « mités et la douleur. »

Ces reproches étaient graves et sévères ; mais ils étaient mérités ; le schisme, en peu de temps, avait porté la dévastation dans toutes les provinces du patriarcat de Constantinople. Et cependant ces hommes de désordre, après le succès de leurs complots, affectaient de se poser comme les pacificateurs de l'Église. Sous prétexte d'apaisement.

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il ruUdil que tout s'inclinât devant leur influence et subit leur loi. Leur puissance était sans bornes; elle ne connaissait d'autres limites que celles de leurs volontés. Ils tenaient en effet dans leurs mains et la liberté de l'empereur et les rênes de Tempire. L'Eglise de Constantinople était abandonnée à leur entière discrétion. Ils disposaient à leur gré des titres et des richesses des temples et des hospices, et ne se faisaient pas faute d'engraisser leurs créatures aux dépens des communautés et des pauvres.

Étonnante histoire de tous les temps ! Sous prétexte d'administrer les biens de l'Eglise, on s'en empare. Le vol et le pillage s'organisent régulièrement et sur une grande i.^chelle, au nom de la loi du plus fort. Des gouvernements insensés se chargent ainsi d'enseigner au peuple que la confiscation peut devenir une mesure de sagesse, selon les circonstances ; mais , après le dépouillement légal des églises et du clergé, leurs principes, qui restent, ne peuvent plus avoir de point d'application que sur les éléments de la fortune publique et sur leurs défenseurs. Il leur faudra restituer à la main d'un peuple affamé les injustes larcins de leurs rapines. Ils ont déchaîné les passions ; les passions ont fait l'essai de leurs forces, et nul pouvoir au monde ne pourra plus les contenir.

Ainsi procédait l'inepte Arcadius à la voix des schismatiques. Il leur donnait un champ libre, et laissait mettre en lambeaux sa pourpre impériale pour en couvrir chacun de leurs excès. Sous le couvert de son prestige , ces hommes dévoyés ne respectaient, dans leurs écarts, ni les personnes ni les choses. La spoliation des églises et les calonmies contre le patriarche martyr furent les deux séi-ies d'exploits sacrilèges qui marquèrent leur domination.

Mais Dieu veillait sur son bercail et sur la mémoire de son ami fidèle. 11 ne devait pas longtemps souffrir que son nom fût maudit sur la terre, tandis qu'il enti-ait l'u-niéme triomphant au ciel.

L'heure de la réparation n'était cependant pas encore

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vi'iHK'. Le vicaiiv de Jésus-Christ uvait l)eau l'aire euteuilfe sa voix, il avait beau taire appel à tous les cœurs géuéleiix pour vengei- l'honneur de saint Chrysostome. En vain, il réclamait la réhabilitation de sa mémoire ; cette \oix vénérée parlait à tout l'univers et demeurait presque sans échos. Elle ne pouvait pas encore être comprise ; elle s'adressait à des âmes agitées par la lutte inégale de la I>assion et du remords. La plupart des évêques orientaux étaient entraînés par le torrent victorieux de la cupidité, de l'orgueil et de la haine. Comment pou\aient-ils respecter dans la parole du souverain Pontife un écho de celle de Dieu qu'ils avaient depuis longtemps étouffée au fond de leur cœur ?

Ces hommes, endurcis dans la révolte, ne veulent donc rien entendre. L'Eglise romaine et tout l'Occident les menacent : ils persistent dans leur opposition. Enfin , une scission éclatante et douloureuse vient porter, encore une t'ois, la guerre fraternelle au sein de l'Église. Le souver'ain Pontife, et tous les évêques de l'Occident, manifestent hautement la d(''cision qu'ils ont ])rise de refuser leur communion aux évêques de l'Orient, Jusqu'à ce (ju'ils aient réhabilité la mémoire du saint archevêque de Conslantinople. Théophile d'Alexandrie, le premier auteur de ces calamités, est également repoussé de leur communion, Jusqu'à la convocation du concile œcuménique, qui seul pourra mettre un terme à la perturbation présente, et faire revivre la paix au sein de l'univers chrétien.

L'Occident tout entier s'était donc ému de douleur à la Aue du péril. 11 s'efforçait de conjurer les malheurs qui menaçaient de troubler indéfiniment l'union , et de briser les liens de la charité parmi les membres épars de la famille chrétienne. Même avant la mort de saint Chrysostome, un concile général d'Afrique s'était réuni, pour le même objet, dans la ville de Carthage, sous la présidence de l'i'^vêque Aurélien. On avait arrêté des mesures poin* mettre, au plus lût, un terme à ces luttes cruelles entre

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les onlunts crune môme mère, l'Eglise, entre les membi-es d'un même troupeau, le troupeau chéri du Sauveur des hommes. Les Pères avaient résolu d'écrire au souverain Pontife, Innocent I", pour stimuler son zèle en faveur du rétablissement de la paix. Ils s'attachaient surtout à provoquer la réconciliation particulière de l'Eglise d'Alexandrie. Ils voulaient rattacher ce fleuron à la couronne terrestre de Jésus-Christ ; mais des efforts si beaux devaient venir se briser pour un temps contre l'obstination d'un seul homme.

Théophile, en effet , persiste toujours à se maintenii' sous la frêle égide de son orgueil. Reconnaître son erreur est chose impossible : il persévère, peut-être contre sa conscience, à flétrir la mémoire d'un saint, objet de la vénération du monde entier. L'homme n'est plus; mais il sévit contre son nom et sa dépouille, avec une rigueur inflexible. Il ne craint pas de publier, à la face de l'univers, contre ce qu'il appelle le parti d'un évêque prévaricateur, un édit sanglant , qu'il l'ait traduire par saint Jérôme, pour le répandre à profusion dans toutes les contrées chrétiennes de l'Orient et de l'Occident. C'est une diatribe déshonorante pour son auteur , et désastreuse pour l'Eghse. Les fragments qui nous en restent ne nous présentent qu'un dégoûtant mélange de haine, de vindication et d'injures. C'est la passion brutale qui , suffoquée par sa colère, se hâte d't'pancher son fiel. Au nom de l'orthodoxie, qui n'était nullement en cause, saint Jérôme s'est laissé séduire à l'éclat de ce masque brillant d'un ardent amour pour l'honneur et la foi de l'Église. Il a prêté sa plume et son beau langage à la passion d'un ambitieux égaré. Sans doute, il ignorait alors les protestations et l'attitude du souverain Pontife.

L'opposition de Théophile avait pour objet de repousser à jamais le nom de saint Chrysostome des sacrées diptyques. Il se refusait obstinément à le laisser inscrire à côté de ceux des évêques morts dans la communion du monde

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