CHAPITRE XXII
chrétien. Il ne pouvait se n'soudre au déplaisir d'avoir ù le prononcer à l'autel pendant l'oblation du saint sacrifice. Aussi, ce n'était plus seulement l'autorité, l'influence et la personne du saint évêque qu'il poursuivait encore, et dont il faisait encore, sans aucune raison, l'objet de sa jalousie et de sa fureur. C'était désormais son nom, son souvenir, la place qu'il occupait dans tous les cœurs, et ce je ne sais quoi d'impérissable qui reste toujours parmi les hommes après la mort des saints.
Quel fléau destructeur pour l'Eglise, que cette guerre acharnée de Théophile contre un évêque qui n'avait jamais cessé d'être son ami sur la terre, et qui devenait son protecteur au ciel ! Elle était de nature h creuser un abîme entre Alexandrie et Rome, entre l'Orient et l'Occident, entre le père commun et les enfants de la famille. Elle scindait en deux parts les fleurons de la couronne terrestre du Sauveur. Elle pouvait établir en deux camps ennemis la milice sacrée du royaume de Jésus-Christ, et lui donner deux drapeaux h jamais irréconciliables : et cette guerre impie dura vingt ans.
Théophile, cependant , ne laissait pas que de sonder parfois la profondeur du précipice, au fond duquel il pouvait plonger les Eglises d'Orient. Sa conscience lui reprochait d'avoir tout fait pour les confondre dans une commune ruine. Il se sentait souvent frappé par des traits de lumière. On s'apercevait qu'il n'avait pas tellement abjuré tout sentiment de justice, qu'il ne cédât quelquefois h la violencedesesremords.il laissait échapper quelquefois , du fond de son cœur, quelques mouvements spontanés de vénération pour la mémoire de saint Chrysostome. La longue série de supplices endurés par sa victime paraissait peser sur sa conscience avec un poids accablant. Aussi put-on le voir souvent ballotté cruellement et sans relâche, entre le cri puissant de la justice et l'entraînement presque toujours victorieux de la haine , tantôt recommandant H l'indulgence des si^ns les amis de saint
Chrysustome , e( tantôt provoquant, oonirf lour ficItMiti'', les plus stupides rigueurs.
La Providence n'était point complice de ses combats scandaleux, de ses hésitations criminelles. De toutes parts, et par tousses organes fidèles, elle lui criait de rompre avec les traditions de la haine, et de revenir à la it-conciliation , au plus impérieux de ses devoirs. Synésius de Ptolémaïde fut un de ces organes choisis de Dieu, [tour fléchir le cœur insensible de Théophile. Il lui parle de saint Chrysostome, il lui cite à lui-même ses propres aveux et les concessions passagères de sa conscience alarmée. « Nous devons tenir en grand honneur, lui dit-il, « la mémoire de cet illustre mort; car, tout ressentiment, « toute vindication doivent s'évanouir à Jamais sur les « bords de la tombe... Du reste, mieux que nous vous êtes « ('•claire sur tout ce qui concerne cette affaire. Vous en « avez en main tous les documents : c'est, en effet, par « vos soins, et par l'influence de vos conseils, que la né- « gociation est arrivée à bonne fin, et que la réconcilia- « tion s'est irré^•ocablement accomplie. .J'ai vu l'écrit , « plein de sagesse, que vous avez adressé, si ma mémoire « est fidèle , à votre frère, au l)ienheureux Atticus, pour <( l'encourager à recevoir dans sa communion les fidèles u attachés au parti de l'évêque Jean, son préd(''ceseur. »
Théophile avait donc, au moins parfois, compris l'importance du rétablissement de l'union dans la famille chrétienne. Mais ces quelques lueurs de droiture et de justice allaient toujours s'éteindre sous une recrudescence persévérante de vengeance et de cruauté. Cet homme implacable était revenu d'une manière complète , envers les grands frères , à des sentiments de réparation et de l)ienveillance paternelles. Il accordait, à la mémoire d'Ammonius, des témoignages publics de vénération. Mais, à la seule pensée de saint Chrysostome, il ne pouvait contenir sa colère : il poursuivait son nom, son souvenir avec toni le Peu d'une haine ardente et toute robslination d'une