‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 123 sur 214 · CHAPITRE XXII. 2SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. 2SI

sloïquo impassibilitc-. Le saint évêque devait donc souffrir la persécution, même au fond de la tombe. I/oracle et Tapôtre de toutes les Eglises de l'Orient semblait n'être descendu dans le tombeau , que pour s'ensevelir dans ving l années d'opprobre. Des ennemis stupides, mais investis lie la toute-puissance impériale, voulaient l'enveloppeiilans un linceul éternel de malédiction. Mais ici Dieu veillait encore; il ne pouvait abandonner la mémoire du saini h la merci d'hommes sans pitié , de cœurs brûlés par le l'eu de la haine, et profondément rongés par l'ulcère toujours saignant de l'ambition.

Aussi la main impartiale et vengeresse de la, justice divine vint-elle bientôt s'appesantir sur le premier auteur de tant d'attentats sacrilèges. L'implacable Théophile vit arii\er son dernier jour. On dit, qu'à cette heure suprême, toutes les passions firent silence , et que la conscience seule se fit entendre. Il allait paraître devant son juge : il se vit seul avec sa vie en face de l'éternité ; le remords devint terrible; il étoufïa tout autre sentiment que celui de la terreiu' qu'inspirent les jugements de Dieu. Théophile alors versa des larmes amères sur ses égarements passés et sur les malheurs de sa victime. Une image de l'évêque martyr était placée devant ses yeux. Ainsi, même après sa mort, cette bouche d'or put parler encore; mais, cette fois, ce fut pour avertir son persécuteur d'alléger, par un repentir sincère, le compte terrible qu'il avait ù rendre de son administration.

Pour la première fois, cette voix fut entendue; elle put aller jusqu'au fond de son cœur. Théophile eut le bonheur de la suivre et de mourir dans la communion de l'Église. Cet homme extraordinaire fut pour son siècle, et sera pour tous les âges, un triste exemple de l'égarement des passions qui veulent chercher le succès et la vie en dehors de l'obéissance au vicaire de Jésus -Christ. Sa doctrine était pure, ses mœurs intègres, son habileté sans IwM'nes, son génie «''lonnant. vSans cette ambition indomp-

talîlo et cette âpreté cruelle de caractère, qui donnaient ù son zèle une sorte d'impitoyable et féroce rigueur, et qui faillirent le plonger pour toujours dans l'abîme^ il eût été, ])ar son talent, une des gloires exceptionnelles de l'Eglise, et l'un des plus brillants défenseurs de la vérité. Mais tout en lui fut altéré, flétri, souillé par son incomparable orgueil, cjui lui fit dépouiller son âme de la mansuétude (''vangélique du prêtre, pour la repétrir de fiel, e| lui donner la dure insensibilité du persécuteur.

Telle fut la fin de l'ennemi de saint Chrysostome. lis arrivent presque ensemble dans les mains de Dieu; mais sur la terre leurs œuvres restent. Pendant qu'ils s'embrassent dans la gloire du ciel, au moins par l'espérance , leurs amis , ici-bas, ne jouissent point encore du bienfait inappréciable de la paix.

Théophile, en effet , n'a point emporté dans la tombe tous les éléments de discorde qu'il a créés, développés et semés partout pendant le cours de sa trop longue carrière. Il disparaît de la scène; mais la guerre, l'œuvre de ses derniers jours , demeure encore au sein de l'Église sa mère, pour le déchirer. C'est de la ville d'Antioche, du berceau de saint Chrysostome, que viendront , pour le troupeau du Sauveur, les premières lueurs d'espérance. C'est Antioche qui , la première , élèvera l'étendard de la réconciliation et de la paix. Il est juste, en effet, que la patrie du grand homme prenne l'initiative de la réhabilitation de sa mémoire, comme il est juste aussi que le premier berceau du christianisme donne au monde l'étincelle sacrée d'un zèle victorieux qui puisse, sous le souffle puissant de la justice , chasser les nuages répandus sur le ciel de l'Église, et lui rendre la sérénité de ses plus beaux jours.

Bientôt, enfin, on pourra saluer avec bonheur cette heure de la justice divine : déjà les voies sont préparées. La Providence arrive partout à l'accomplissement de ses décrets. Porphyre d'Antioche, l'ennemi de saint Chrysos-

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