‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 126 sur 214 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

lume, iK' [jcU'ait point préseiitei', aux yeux d'Innocent I'"', tous les caractères désirables de franchise et de sincérité. Les raisons jjrésentes de Justice et de charité qui déterminent à la paix Tévêque de Bérœe, ne pouvaient point être inconnues à Tépoque du procès du saint évêque , et les passions qui l'agitaient alors, rien ne démontre qu'elles soient éteintes ou tombées dans l'oubli. La conversion d'Acace ne peut donc point être favorablement interprétée ni comprise. Le souverain Pontife doit donc manifester une prudente hésitation.

Il écrit à cet évêque; mais il envoie sa lettre au saint patriarche d'Antioche. Il croit devoir soumettre à l'exu^ men impartial d'Alexandre, un retour subit contre lequel le passé lui permet d'admettre de légitimes soupçons. Il consent néanmoins à recevoir Acace : il ne veut point le repousser de la comnmnion; mais il met pour condition essentielle, qu'il sera préalablement admis à la réconciliation par Alexandre. Le patriarche est spécialement chargé de recueillir de ses lè\res mêmes , et l'expression de ses sentiments et ses explications sur les faits accomplis. La lettre d'Innocent est sévère , mais juste et sage.

« Innocent I" à l'évêque Acace de Bérœe ,

« Nous vous adressons nos félicitations li-aternelk-s « pour l'admission à la paix des clercs et des populations « attachées à la mémoire des évêques Evagre et Paul , et M pour la restitution de leurs Eglises à nos frères les éVê' « ques Elpidius et Pappus. Nous vous offrons aussi, sans « arrière-pensée, nos sincères actions de grâces pour votre « réconciliation tardive , mais sans réserve, avec l'Église.

« Nous vous adressons nos lettres et ce témoignage de « ncjtre affection par l'entremise de notre illustre frèi'e « l'évêque Alexandre, qui s'empressera de les transmettre « à Votre Fraternité.

« Si donc, tout ferment de haine et d'envie a disparu «de votre cœur, sans arrière-impression ou pensée, à

288 SAINT t'HRYSOSTO.Mi:.

« l'endroit tlu nom et des uniis de noti/e IVèrc, l'adniii'uble (( et saint évêque Jean, recevez, frère bien-ainié, ce téniui- « gnage de notre amour et de notre union fraternelle , « mais, toutefois, à la condition rigoureuse de donner « votre assentiment et de souscrire aux actes et décisions « que nous avons déposés entre les mains de notre aimable « frère et médiateur, l'évèque Alexandre d'Antioche.

« Car, plus nous attachons d'importance à ce lien sacré « qui conserve en nous l'unanimité de nos pensées et la « charité de nos cœurs, plus nous éprouvons le besoin de « déployer toute l'énergie de notre zèle, poui' proscrire . « de la part des hommes et des choses, toute indécision, « tout nuage, toute équivoque fâcheuse. »

Cette lettre du chef de l'Église fut la consécration diui grand progrès dans la voie de la conciliation. Désormais, les esprits étaient poussés vers un retour complet iiux principes de justice et de charité chrétienne. Saint Chr\ sostome, du fond de son tombeau, pouvait enfin saUii;r l'heure de la réparation : Antioche et la Syrie n'ont plus qu'une voix pour célébrer sa mémoire vénérée. Antiochf, surtout, se sent tressaillir de Joie au nom seul de cck i qu'elle appelait son apôtre et son enfant. Mais Constantinople le repousse encore : Conslantinople , son Eglise, à laquelle il a donné les dernières étincelles de sa vie, l'unique troupeau confié sur la terre à son dévouement, à sa sollicitude, Conslantinople le renie et le maudit. Mais là, bientôt aussi, la lumière va briller et dissiper les nuages des passions, en même temps que la voix de Rome brisera les derniers liens qui retiennent encore la vérité captive.

C'est Alexandre que Dieu choisit pour l'accomplissenient de ce dessein miséricordieux. Cet homme de foi se sent pressé de quitter Antioche, pour entreprendre le pénible voyage de Conslantinople. Il aspire à réconcilier avec l'Église la capitale de l'Orient. Il veut qu' Antioche, le berceau du christianisme et de saint Chrysostome^ devienne par lui la sauvegarde de la paix du monde. Il voit.

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