CHAPITRE XXII. 2h
dans la capitale de l'empire, un magnifique rameau tombé de Tarbre de TÉglise; il veut le relever et le rattacher comme un beau fleuron à la couronne glorieuse du Sauveur.
Mais il a contre sa mission Atticus et les ennemis de saint Chrysostome. Il s'adresse au chef des opposants ; il conjure Atticus d'écrire le nom du saint dans les diptyques. Atticus refuse avec obstination : Alexandre , alors, se tourne du côté du peuple. Il lui parle de son ancien évêque , de ses vertus, de son éloquence, de ses malheurs. Il l'exhorte à forcer Atticus d'inscrire son nom sur les taljles sacrées. Au nom de saint Chrysostome, l'amour du peuple se réveille; il lui semble encore entendre sa voix. La foule s'anime ; elle se porte à la demeure de l'évêque , et réclame de lui ce faible hommage à la mémoire de son illustre prédécesseur. Mais inutiles efforts , réclamations stériles ! Le cœur schismatique d'Atticus était inaccessible à tout autre sentiment qu'à la stupide délectation de son orgueil. Il refuse de prêter l'oreille à la supplique d'un peuple inofîensif et docile. Il ne daigne lui répondre que par l'attitude affectée d'une froide insensibilité. La foule alors s'agite et murmure; il résiste toujours; il se rit des menaces et des sollicitations du peuple. On lui jette le nom de Rome : le souverain Pontife lui refuse sa communion. Qu'importent à la passion les menaces de Rome et du souverain Pontife? Il ne peut exister aucun lien d'affinité possible entre la haine victorieuse et la communion de l'Église. Loin de se rendre, Atticus s'obstine et s'endurcit. L'évêque d'Antioche a donc la douleur de voir ses efforts frappés de stérilité , ses espérances évanouies , et le schisme dévorant les plus belles provinces de l'empire. Il quitte Constantinople, où le nom de saint Chrysostome va retomber dans le mépris. Il s'en va le cœur plein de tristesse ; il repasse les mers, mais ce n'est que pour aller déposer sa dépouille mortelle au milieu de son troupeau. Le chagrin l'emporte dans la tombe.
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2W0 SAINT CHRV.SOSTOME.
Que vonl dL'VL'uii' la mémoire de saint ChrysosLume et la belle Eglise de Constantiuople ? Dieu qui veille ne saurait les abandonnei- à jamais à la merci des passions des hommes ; mais c'est par lui-même qu'il accomplira ses desseins. Un homme d'initiative et de cœur s'est levé pour défendre la cause de la justice. 11 est tombé : le zèle et la sainteté d'Alexandre n'ont rien pu contre rentêtement d'une ambition triomphante. Dieu ne voulait de lui, sans doute , que la manifestation généreuse de son dévouement. Le schismatique Atticus, attaqué de toutes parts , est toujours resté vainqueur et de l'inlluence d'un saint évêque et des obsessions du peuple. Quel sera donc le vengeur de la faiblesse opprimée contre les attentats de l'iniquité ? ce ne sera ni le déploiement de la force, ni le prestige de la puissance.
C'est à la pusillanimité même que Dieu va demander contre le schisme, un secours eflicace, victorieux. Le successeur d'Alexandre, le doux et faible Théodote, est l'instrument choisi du ciel qui va bi-iser le cœur d'airain de l'implacable Atticus.
Théodote, en montant sur le siège d'Antioche, n'a pas conservé dans les diptyques le nom de saint Chrysostorae. Le peuple s'en émeut et le force de l'y rétablir. Le faible évêque cède à la pression des fidèles ; mais il cède en tremblant. 11 redoute l'improbation et le déplaisir de l'évêque de Constantiuople. Ses terreurs le portent à tout tenter pour se mettre à l'abri de ce danger. Il cherche donc timidement à faire valoir auprès d' Atticus ses motifs d'excuse ; mais la peur l'arrête dès les premiers pas. Il n'ose pas se défendre lui-même : affronter la colère d'Atticus était encore un péril : il réclame l'intervention d'Acace de Bérœe.
Acace, ami de l'évêque de Constantinople, et revenu lui-même à de meilleurs sentiments, était l'homme le plus capable de remplir avec succès une pareille mission. Il se charge volontiers de la cause de Théodote; mais, pour la
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mieux défenclrc, il ne craint pas du la ravaler jusqu'à l'avilir. Il demande lâchement pardon à l'évèque de Constantinople de la juste réparation que le peuple d'Antioche \ient d'arracher à la frayeur de son évêque. Il lui représente humblement que Théodoto, en admettant le nom de saint Chrysostome dans les diptyques , n'a fait que céder jï l'empire de la force et de la nécessité. C'est une étrange manière de défendre un acte de vertu que de le représenter comme un méfait accompli par la faiblesse.
L'évèque de Bérœe écrit encore sur cette importante affaire à saint Cyrille d'Alexandrie , qui tenait pour iégiiime le conciliabule du Chêne oii saint Chrysostome avait été condamné. Dans cette lettre encore, Théodote est représenté sous les traits d'un homme sans cœur, qui n'a reçu le nom de saint Chrysostome que pour apaiser les terreurs plus ou moins fondées de sa conscience, et pour se soustraire aux dangers d'une surexcitation populaii\'.
Des prêtres furent chargés de ces étranges messages, qui ne faisaient pas plus d'honneur à celui dont ils défiMidaient la cause, qu'à celui qui s'en était fait l'auteur. Ces députés firent voile en même temps , afin que la défense de Thé'odole fut présentée presque simultanément aux deux patriarches de Constantinople et d'Alexandrie.
Celui qui vint à Constantinople s'empressa d'annoncer au peuple le contenu des lettres dont il était porteur. Il représenta la cause de l'évoque .Jean comme l'unique but de son voyage. C'en fut assez pour le succès de sa mission. En un clin d'oeil, cette nouvelle se répand dans toule la ville. Une émotion violente se manifeste dans tous les rangs de la population.
Le peupk' s'assemble en foule et s'agite en vociférant, sur les places publiques. Il se porte dans tous les sens, en mouvements impétueux. Un dirait les flots de l'Océan, remués [HIV le soulfle furieux d'une tempête. C'est visiblement la main de Dieu qui le soulève et le conduit. Comme il est liermis de voir dans les murmures confus de cette
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ibule qui gronde, la voix de la colère divine qui se liait entendre, pour parler son langage sublime à la conscience du coupable.
Atticus en est saisi de terreur; son assurance et sa fierté l'abandonnent. Cette âme insensible, dure, inexorable en présence des supplications de Tévêque d'Antioche , est enfin terrassée cette fois. Elle cède : mais , au lieu de prêter Toreille à la voix de la justice, le schismatique ne sait faire appel qu'au frêle appui de la puissance temporelle. 11 s'en va, lui prêtre, réclamer les avis de l'empereur pour apaiser l'émeute et rétablir la paix. Mais Dieu daigne accepter cette interversion de leurs attributions respectives ; car , lorsqu'il trouve , constamment fermé le cœur si peu sacerdotal d' Atticus , il confie les conseils de sa sagesse aux lèvres dociles de son serviteur Théodose. L'empereur, on effet, répond à l'archevêque, que pour un aussi grand bien que celui de l'union et de la concorde, il ne pense point que l'on doive hésiter à placer dans les diptyques le nom d'un mort. Cette parole partait d'une bouche étrangère à l'Eglise : mais elle avait un caractère céleste; elle frappa d'un coup terrible le cœur altier d'Atticus.
L'évêque de Constantinople est enfin vaincu : la double intervention de l'émeute et de la puissance impériale a pu seule triompher de sa résistance obstinée. Il consent donc à placer le nom de saint Chrysostome dans les tables ecclésiastiques. Cet acte est la révocation du passé ; par ce seul fait , la grande Église de Constantinople se réconcilie avec l'Église romaine.
Restent encore l'Egypte, la Pentapole et la Libye. Ces pays, longtemps gouvernés par l'influence de Théophile , ont été les principaux théâtres de ses exploits. Ce n'est pas chose facile que d'opérer un retour prompt et sincère dans ces contrées lointaines dont presque tous les évêques , agités par le souffle passionné de Théophile, ont provoqué la déchéance de saint Chrysostome. Mais At-