‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 128 sur 214 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

licus, une fois rentré dans la communion de l'Eglise, va devenir l'instrument de ce difficile apostolat.

Un neveu de Théophile, saint Cyrille, occupait alors le siège d'Alexandrie. Saint Cyrille était une âme droite, d'autant plus docile à l'influence de son prédécesseur, qu'il était incapable d'allier la méfiance à ses témoignages de respect. Il croyait sincèrement à la légitimité des conciliabules de Chalcédoine et de Constantinople. 11 était difficile de dissiper à cet égard son illusion , qui sans doute était malheureuse , mais qui résultait de la droiture de son cœur et de sa bonne foi. Tout liomme venant Mttre en brèche la méntoire de son oncle et ses propres sentiments, devait donc être de sa part l'objet d'une suspicion légitime. Telle était cependant la tâche qu'il fallait entreprendre : Atticus, le nouvel apôtre, ne l'ignorait point. Aussi s'empresse-t-il de s'entourer de toutes les mesures de circonspection et de prudence. Il débute dans l'accomplissement de sa mission par une longue lettre à l'évêque d'Alexandrie, pour lui présenter sa propre justification. Il compte que ses motifs d'excuse lui serviront d'instruments pour livrer un assaut victorieux au cœur de saint Cyrille. « Nous sommes tembés, lui dit-il, du côté qui semblait le plus s'éloigner de nos sentiments; une impérieuse nécessité nous a fait violenter notre conscience et repousser nos propres pensées.

« Mais il est des circonstance où la règle matérielle doit « s'effacer devant les intérêts pbissants de la paix. .Je sais « qu'il n'est point permis d'accoutumer les peuples à la (( souveraineté de l'émeute, non plus qu'à la satisfaction de « leurs caprices ; je ne crois point cependant avoir péché « contre la discipline de nos pères en cédant prudemment « à la force de l'insurrection.- Votre sainteté ne saurait « ignorer les faits qui se sont accomplis sous ses yeux, « ainsi que sous les yeux de notre bienheureux père Théo- « phile, qu'il nous est permis de vénérer aujourd'hui parmi « les saints qui sont en possession de la gloire. Avec nous

2\)i SAINT CHRYSOSTOMK.

« NOUS IVilos trmoin fie l'invasion dans la rapilalc de rdlr « multitude innombrable qui remplit la cité df sa colète « et de ses cris menaçants. Vous avez pu contempler la « terreur et la consternation universelles. Vous avez trem- « blé pour l'avenir de la g-lorieuse cité des empereurs; « vous avez redouté que la piété, la foi, le culte de Dieu no « fissent dans cette perturbation uu irréparable naufrage.

« Tout le peuple s"est levé dans sa fureur; il s'est divisé- « par fi'actions pour aller tenir ses assemblées au milieu « des champs, sous le feuillage sombre des forêts ou dans « les gorges des montagnes. Les clercs, les prêtres et nos « frères les évêques ont brisé l'unité du bercail du Sau- « veur, et nous avons vu l'heure de l'amertume etdesan- « goisses. Nous avons redouté le moment fatal où la Cl moisson de Jésus-Christ allait être arrachée et jetée h « tous les vents.

« Mais une sublime conspiration de prières et de travaux, « accompagnée de nos sueurs et d'une douloureuse alter- « native de découragements, de périls et d'espérances, « dans lesquels les vœux de votre piété se sont unis à ceux « de nos pères, a pu chérir la colère des populations ameu- « tées et ramener parmi nous le calme et la sérénité. La « foule s'est dispersée paisijjlement dans ses foyers, et « nous avons vu tomber les flots de Tinsurrection popu- « laire.

« Alors un grand nombre de nos frères, vouluren t, pour « consolider la paix, établir le nom du bienheureux Jean '« sur les tables des sacrées diptyques. Notre bienheureux « frère Alexandre d'Antioche se fit l'écho de leurs vœux. « Il vint à Constantinople , et par ses confidences intimes « aussi bien que par ses discours, il voulut soulever le « peuple, pour nous forcer, contre notre volonté notoire et « formelle , à porter le nom de Jean dans les diptyques.

« Ces faits furent transmis fidèlement à votre piété par K les pieux ministres du Seigneur, Adésius et Pierre. Quel- « ques années s'écoulèrent encore; et la nécessité qui

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