‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 14 sur 214 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

« Seigneur, ces murailles, ces palais et cette cité tout « entière sont le domaine de votre couronne et forment « votre auguste apanage. Eh bien, si vous voulez; que je « quitte ces lieux, ce siège, cette enceinte sacrée, et que « ,ie sois arraché pour toujours au cœur de mon peuple ; « prenez en main votre épée, armez vos cohortes, com- « mandez à la force et chassez-moi. Dans ma fuite, il me « restera du moins une excuse légitime pour le crêpe de « deuil dont j'aurai par mon départ voilé le front de mon « troupeau. »

L'empereur ne put accepter sans quelque honte une Iransaction de cette nature. Un sentiment irrésistible d'équité chrétienne semblait le retenir en suspens sur la pente du précipice où l'avaient placé les conjurés. Il éprouvait une impression d'horreur à la pensée de signaler par la violence et par l'effusion du sang le jour que Jésus-Christ avait passé dans la tombe, pour la régénéralion et le salut des hommes. Ces salutaires réflexions étaient de nature sans doute à le faire au moins hésiter dans la perpétration d'un crime ; mais le pauvre monarque n'avait pas même toujours la liberté de ses déterminalions et de ses pensées ; l'impératrice Eudoxie ne lui laissait aucun repos.

Il fallait enfin une issue à cette affaire, et la force, la force aveugle et brutale était désormais la seule par laquelle on pût en sortir.

On envoie donc du palais des agens impériaux qui viennent chasser du temple le saint évêque, avec orch-f pour lui de se tenir rigoureusement renfermé dans sa demeure. Ils redoutaient, dit l'historien Pallade, quelque terrible manifestation de la vengeance céleste. Admirable témoignage, qui révèle à la face du monde entier que li*s persécuteurs de saint Chrysostome avaient la consciencr et la certitude d'agir, dans cette circonstance, contre la justice et l'honneur de Dieu. Ces hommes manifestement criminels, le retenaient raptifdans sa maison, bien di'ler-

minés h le rétablir sur son siège, à la première manifestalion de l'intervention divine, ou bien à le maltraiter encore, si le ciel ne daignait opérer aucun prodige en sa laveur.

Mais le Jour du grand samedi, veille de la résurrection, malgré cet ordre injuste, il était encore à son poste, dans la métropole, se livrant à l'exercice de son saint ministère. Un ordre du ])alais arrive ; on le somme de quitter immédiatement le lieu saint. Saint Chrysostome fait avec calme une réponse digne de son caractère ; et se livre tout entier à l'accomplissement de ses fonctions sacrées. L'empereur recevait un échec ; il ne lui restait plus que l'emploi de la violence ouverte. Mais sa conscience chrétienne ne lui permettait pas de souiller par un acte de violence la sainteté d'un si beau jour. D'ailleurs il avait à redouter le tumulte, la révolte et la colère du peuple. Dans cette perplexité, pour rassurer sa conscience, il mande au palais ses conseillers ordinaires, Acace, Antiochus, Sévérien et leurs collègues. Il leur expose la situation, puis il ajoute : Que faut-il faire? Je vous le demande, prenez garde d'égarer ma justice par un conseil téméraire ou dangereux ! Ils répondent avec la hardiesse et l'assurance de la conviction : « Seigneur, nous répondons sur notre tête de la « déposition de l'évèque Jean, et de l'exécution de la sen- « lence. » Ces paroles comme celles des Juifs, que son sang retombe siu^ nous et sur nos enfants, furent le signal et l'absolution du crime. Le crime fut accompli.

Les quarante-deux évêques restés fidèles à la cause de saint Chrysostome et de l'Église, égaux en nombre aux jours de pénitence, dit Pallade, demeuraient toujours unis dans leurs sentiments d'affection et de dévouement pour le saint patriarche, et dans la résolution ferme de tenter tous les moyens de sauver la capitale du malheur irréparable qui la menaçait. Le vieillard Elpidius de Laodicée, Alexandre de Basilinople, Paul de Cratée et quelques autres étaient à la fois la tête et les bras de cette réu-

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