CHAPITRE XXII
fit pas attendre ; saint Isidore de Péluse se tenait prêt pour Taccomplissement de cette dernière mission.
Il prend avec vigueur la défense de saint Chrysostome. Il représente à saint Cyrille qu'il est temps de répudier son attachement servile aux égarements passionnés de son prédécesseur. Il lui déclare que sa conscience et sa foi ne sauraient lui permettre d'entretenir dans l'Eglise, sous prétexte de piété, le deuil d'une division éternelle.
« Les menaces et les exemples des saintes Ecritures, « lui dit-il, me glacent d'épouvante et me mettent dans la « nécessité de vous révéler les terreurs de mon âme. Si « je suis votre père, ainsi que vous m'en donnez le nom (( affectueux, le châtiment d'Héli m'apparait et me rappelle « à l'accomplissement de mes devoirs, car il est tombé « pour n'avoir pas su retirer ses fils des bords de l'abîme. et Si plutôt je dois reconnaître que je suis votre fils, car je « ne puis avoir d'autre pensée ni d'autre sentiment quand «je vois en vous l'image vivante de saint Marc, du grand « apôtre d'Alexandrie, alors le supplice de Jonathas vient « me plonger dans les angoisses, car il eut l'indigne fai- « blesse de laisser aller son père à la recherche d'un in- « terprète des faux dieux; et pour n'avoir pas apporté « d'obstacle au mal qu'il pouvait étouffer dans sa source, « il est tombé le premier dans le fort du combat.
« Ainsi donc, vénéré père, pour me soustraire aux coups « vengeurs de cette justice terrible, je suis obligé de vous « avertir et de vous dire : Sauvez-vous vous-même des « châtiments divins, en mettant un terme à nos divisions « intestines. Cessez de venger sur la mémoire des morts « vos querelles domestiques, et de demander à l'Église « vivante la réparation des griefs que vous pensez avoir « contre des hommes qui ne sont plus. Cessez de perpé- M tuer notre douleur, sous le spécieux prétexte d'une piété « constante, et de créer de la sorte à l'Église du Sauveur « des divisions éternelles, n
Ces paroles énergiques devaient enfin émouvoir saint
Cyrille et lui pénétrer jusqu'au fond du cœur. Aussi là seule pensée d'éterniser les divisions de rÉglise, de ])t(9 longer son deuil et de demeurer éloigné du siège de Pieri'ê parut-elle lui créer dans l'univers une situation impossible. Le neveu de Théophile ouvrit enfin les yeux ; il se vit seul au milieu de la société chrétienne. Il comprit bien alors qu'il était impossible que lui seul eût raison contre l'univers entier. 11 lui fallait donc, sous peine d'entêtement, cesser immédiatement de répudier la mémoire du saini patriarche que toutes les églises avaient réhabilitée, en inscrivant son nom dans les diptyques. Il comprenait d'ailleurs que l'Église d'Alexandrie, fille aînée de l'Église romaine, ne pouvait avoir de vie que par sa communion avec l'Église mère, et que scindée d'avec Rome, elle devait languir et s'éteindre, comme le rameau détaché de la tige, comme un membre séparé du corps mystique de Jésus-Christ.
Il s'empresse donc de réconcilier avec Rome sa province d'Alexandrie, cette partie détachée de la grande Église chrétienne. Toute l'Egypte, la Pentapole et la Libye, emp6H?es'''&'{ïtrefois ensemble dans le torrent déchaîné par Théophile/ 'réclamaient la même réconciliation. A la voix de saint'CH'rîïiè, elles se lèvent, confessent ensemble leur égarement et reviennent reprendre leur ancienne place sous la houlette de Pierre, dans le giron de l'Église universelle.
Le nom de saint Chrysostome ne rencontre plus d'ennemis désormais dans l'univers chrétien. Il est partout h sa place sur les tables ecclésiastiques.
Mais cette place n'était pas la seule que Dieu lui réservât, ici-bas ; celui qui brillait au ciel comme un des membres les plus glorieux de la société des saints, ne pouvait demeurer plus longtemps confondu sur la terre dans la foule des évêques. Puisque l'Église du ciel avait pour lui des couronnes, la même Église sur la terre devait avoir pour lui des autels.
Cependant dix années s'écoulent encore, sans que l'on