‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 131 sur 214 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

songe h rendre un culte public à sa mémoire. Tout l'univers a parlé ; mais le souverain Pontife garde le silence. Heureux d'avoir levé les obstacles, il attend et surveille avec impatience les manifestations publiques et l'élan de tous les cœurs.

C'est à la capitale de l'empire d'Orient, qu'il est réservé de prendre l'initiative. C'est à Constantinople, c'est au milieu de son troupeau que s'est surtout révélée la sainteté du saint évêque ; c'est là surtout qu'a brillé l'éclat incomparable de ses vertus. C'est là que la puissance divine est souvent intervenue, pour prendre en main la cause et venger l'innocence de son fidèle serviteur; c'est enfin là que, même. avant sa mort, des prodiges fréquents sont venus attester au monde qu'il existait dès lors entre le ciel et lui des rapports et des liens d'une solidarité divine. Aussi Constantinople a-t-elle voulu seule avant tout autre élever sa bannière et lui dresser son premier autel.

Le vingt-huit septembre de l'année 4-28, la cité de Constantin parut se couronner d'une gloire inaccoutumée. Elle prit un aspect nouveau de réjouissance et de fête ; le pasteur, les clercs et les fidèles se mirent à célébrer la mémoire de l'évêque martyr.

Celui qui naguère était poursuivi comme le bouc émissaire de la conjuration, put entendre enfin, du haut du ciel, son nom passer débouche avec l'accent de la vénération et de la reconnaissance. On l'invoque en effet, comme le saint des jours présents, comme un puissant protecteur et comme un ornement du glorieux cortège du Sauveur.

Ce mouvement de Constantinople fut comme une étincelle de feu qui parcourut toutes les églises du monde. Tout l'univers était rempli de sa renommée; on se porta partout à le fêter, à l'invoquer à l'instar de la capitale de l'Orient.

Ainsi le pauvre proscrit qui pendant sa vie n'avait pas pu trouver sur la terre un coin isolé pour prendre son repos, ni même un peu d'air libre pour soulager sa poitrine,

se vit tout à coup, au jour de la réparation, entouré de l'atmosphère embaumée des temples, exalté dans les chants pieux des fidèles, enivré de louanges et couronné des splendeurs de la lumière, et de l'encens des autels.

Ainsi s'accomplissent toujours, à l'heure marquée dans les plans divins, les desseins secrets de la miséricorde divine ; ainsi s'établit, malgré les complots des hommes, le règne adoré de la volonté de Dieu.

Depuis le succès des intrigues d'Atticus et son intrusion sur le sicge de Constantinople, jusqu'à la canonisation de saint Chrysostome, on a vu l'Église agitée par une désolante alternative de vingt années de secousses, de combats, d'espérances et de malheurs (406).

Dans les premières années, les luttes presque stériles de saint Jérôme contre les hérétiques et contre l'impiété du célèbre Vigilance, les projets ambitieux du brave Stilicon, les ravages des barbares dans les belles provinces des Gaules, le martyre de plusieurs évêques, de saint Aurée de Mayence, de saint Diogène de Cambrai, de saint Florentin, de saint Hilaire et de saint Nicaise de Reims, enfin l'usurpation du tyran Constantin, sont des calamités heureusement compensées par de nouveaux travaux de saint Jérôme et par les lois énergiques d'Honorius en faveur de l'Église (^i07).

Mais, à celte époque, s'ouvrit pour le christianisme une ère d'infortunes et d'amères douleurs. Après les dernières souffrances et la mort de saint Chrysostome, on eut à déplorer la mort de saint Chromace d'Aquilée, celle de Sulpice Sévère, l'historien élégant, le Sallusle de l'ère chrétienne. Puis deux autres morts présentèrent à l'empire de sinistres présages pour l'avenir; la justice divine vint frapper l'empereur Arcadius, dont le nom, malgré ses faiblesses, était cher au cœur d'un grand nombre de fidèles; et l'Occident vil avec stupeur tomber Slilicon, son héros, la terreur des barbares et le boulevard de la double couronne d'Occident et d'Orient (408).

Alors la sédition de Cal.im^ le siège de Rome pir Alaric, l'usurpation d'Altale, les lois d'Honorius en faveur dc« dona*

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