‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 136 sur 214 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

>rais la Ppovidcnco divir.p a souvent dt-posi', dans les ppuples comme dans les indiviilus, im instinct de conservation qui les pousse invinciblement vers les instruments de leur salut ; c'est un besoin irrésistible de l'appui qui soutient et qui sauve, du remède qui guérit. Tels furent dans ces circonstances difficiles et l'instinct et le besoin du peuple de Constantinople. Il appartenait à saint Chrysostome d'étouffer par sa présence et d'anéantir à jamais la dernière étincelle de l'incendie qui menaçait encore son troupeau: son troupeau semble l'avoir compris.

Le vingt-sixième jour du mois de septembre, de l'année i67, dix ans après la réhabilitation de sa mémoire, et le jour de sa fête, l'archevêque de Constantinople saint Proclus, son élève, son secrétaire et son ami, qui fut aussi celui d'Atticus, monte dans la chaire de l'église des Saints- Apôtres pour parler nu peuple des travaux, des souffrances et des vertus de son saint prédécesseur. Proclus, admirateur de son génie,' non moins qu'imitateur de sa sainteté, rappelait à cette multitude attentive les beaux jours où saint Chrysostome la ravissait par son éloquence et la portait à des transports d'admiration. 11 le comparait h saint Jean-Baptiste, à saint Jean l'Evangéliste, à saint Pierre, à saint Paul.

« La mémoire do saint Jean, disait-il h ces masses pas- « sionnées dont l'imagination s'enflammait à chacune de « ses paroles, elle est aujourd'hui le filet du pêcheur pour «cette cité tout entière; elle saisit, elle entraîne tous « ceux f[ui marchent droit dans les sentiers de la foi. Quel « pécheur en effet a jamais rempli ses filets d'une abon- « dance égale à la multitude d'âmes fidèles que la solen- (I nité du bienheureux Jean amène dans cette enceinte ? « 0 grâce victorieuse qui franchit les espaces et les dis- « tances, et qui brise l'inflexibilité de l'obstination, et « l'empire du temps! Le temps, en effet, l'amour l'a vaincu; « toute l'opiniâtreté de la résistance au nom de Jean s'est « effacée, en présence de la célébrité' de sa renommée, et

« l'étroit espace qai renferme ^on tombeau, n'a pu contece nir un instant les prodiges sans nombre opérés par sa « vertu sacerdotale. Sa dépouille repose dans un étroit et « lointain réduit du royaume de Pont; mais tout l'univers « célèbre à l'envi ses louanges. Voyez ! votre pasteur, du « fond de sa tombe étend la main ; il vous présente au « monde chrétien en vous disant : votre bonheur et votre « foi sont mon ouvrage.

a Le bienheureux Jean, sa parole est un diamant, une « perle resplendissante. Elle est le répertoire immaculé « des oracles des livres sacrés. Elle est un trésor céleste « d'intelligence, une main active de la volonté du ciel ; « elle est la faulx tranchante qui fait justice sans pitié de « l'avarice impériale. Enfin elle est un torrent, dans lequel « disparaît la tête altière de l'hérésie. Vous êtes les té •• « moins de sa force céleste; vous l'avez vu, même au « fort de la tempête, calme, impassible, et cela non moins « en présence des caresses intéressées de la puissance, « qu'en face des manifestations haineuses de la jalousie « égyptienne.

« Mais en faisant son éloge, j'ai lieu de redouter que (( mon imprudente incapacité ne m'expose au péril d'un « triste naufrage. Qui pourrait en etTet se flatter de pou • « voir payer à l'évêque Jean un digne tribut d'éloges, si « ce n'est un autre lui-même ?

« 0 prêtre sublime, dont les travaux ont conquis autant « d'âmes pour le ciel, que le printemps répand de fleurs « dans nos prairies ! 0 nom sans tache qui ne peut renier « aucune de ses œuvres d'iei-bas! 0 surnom glorieux qui « nous retrace la splendeur de son éloquence et de sa vie î « 0 parole, plus sublime que le ciel ! 0 ministère évan- « gélique apaisant les terreurs, et réparant les désastres « de la foudre ! Votre pasteur est classé parmi les premiers « coopérateurs du salut des hommes. Car, voyez encore : « le précurseur du Sauveur de l'humanité s'appelait Jean, « celui-ci s'appelle Jean. Le Jean du désert est le prédi-

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