‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 139 sur 214 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

soulage du crime qui pesait depuis trente ans sui- la mémoire de son père.

Par ses ordres, une députation d'officiers pieux et de sénateurs de l'empire se rend à Comane de Pont, pour recueillir les reliques de saint Chrysostome. Les ossements sont retirés de la tombe en leur présence, et déposés dans une capse incrustée d'argent et d'or. Puis on les transporte avec de grands honneurs, à travers les provinces, depuis l'église de Comane, jusqu'à la ville de Chalcédoine, près des rives du Bosphore. Une suite nombreuse accompagne le dépôt sacré. Dans chaque hameau, dans chaque ville où Von s'arrête, les clercs, les moines et les vierges s'assemblent ; ils entourent les reliques de torches et de flambeaux; et tous célèbrent la mémoire et le martyre du saint, par le chant alternatif des hymnes et des psaumes qui rappellent les concerts des anges au milieu des splendeurs du ciel. Saint Chrysostome traverse ainsi les principaux lieux témoins de ses souffrances. Ce triomphe semble destiné par la Providence à purifier cette voie douloureuse, inondée de ses sueurs et si souvent souillée par la cruauté de ses bourreaux.

La main de Dieu le dirigeait ainsi sur le théâtre de ses plus grandes douleurs, pour lui donner sans doute un dernier trait de ressemblance avec le Sauveur, qui voulut monter au ciel dans les lieux mêmes qui furent témoins de son agonie. Le saint devait donc aussi lui, dans son triomphe, arriver au lieu même de son injuste condamnation, au faubourg du Chêne dans la ville de Chalcédoine.

Chalcédoine se penche à l'occident, en face de Conslantinople, sur la plage orientale de la Propontide. Là s'offre à la vue un spectacle ravissant. Les rivages et la mer sont couverts d'une multitude innombrable ; toute la population de Constantinople s'est portée à la rencontre de son pasteur. La mer n'offre plus que l'aspect d'une forêt sans limites de vaisseaux et de drapeaux flotlants et s'agitant au milieu de gerbes immenses de lu-

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iiiièrcs. J>cs saintes reliques franchissent lentement lu Pi'upontide sur la galère de l'empereur, entourée d'un nombre incalculable de vaisseaux pavoises, et marchant au milieu d'une lon.tiue avenue de flambeaux. Les eaux de la Pi-upontide uni disparu suus les (lots de la multitude ; tout le peuple de la ville impéi'iale et des rives de la Propontide et du Bosphore, est descendu sur la mer, pour porter en trioni[)he son évèque, comme autrefois au relouide son premier exil.

On s'avance Jusque dans le port de Constantinople . Au sortir de la galèi'c impériale, les reliques sont encore jilacées sur le char de l'enqjereur ; on les porte avec pom[)e par les rues de la ville, au milieu des acclamations du peuple, qui les accomi)agne jusqu'à la basilique des Saints- Apôtres. Au seuil du tem|ile , l^roclus les reçoit , s'incline et Ijuise avec lespecl ce qui lui reste du Père qu'il a tant aimé sur la terre. « Salul, s'écrie-t-il, Père saint, précep- (( leur doux et chéri! Tu vois à tes pieds ton fils, autre- « lois nourri du lait généreux de ta doctrine, aujourd'hui « devenu pasteur de Ion propre troupeau. Car mes breljis « sont les tiennes; les troupeaux et les pasteurs de ton « bercail te reconnaissent pour leur guide et pour leui' « [)ère. Aussi leur amour leur i-endait-il impossible la re- (( connaissance d'une houlette qui n'était pas la tienne. « Ils erraient à l'aventure comme des brebis sans guide. M Découvre-leur ton visage ; montre-leur encore les traits « vénérés de leur père; fais-leur entendre encore aujour- « d'hui ta voix. Qu'ils deviennent tous comme autrefois « les brebis chéries de ton unique bercail. »

Ces sentiments d'un wni fils pour le plus généreux des pères, excitèrent une vive et profonde émotion dans les cœurs des fidèles; les larmes coulaient de tous les yeux. QxuA beau spectacle! (Jnel pur triomphe pour celui que les passions voulaient t'toiilfer à jamais dans l'opproljre, et que la gloire, la vraie gloire allait couronner jusque dans son tombeau !

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