‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 140 sur 214 · CHAPITRE XXIII. 3 If · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. 3 If

Mais ce n'était encore là qu'une partie de sa victoire : dans le temple témoin de son zèle l'attendait un autre accueil; un autre cœur allait se dilater à son approche.

En efTet, là n'étaient pas seulement le peuple fidèle, les clercs et l'évéque Proclus. L'empereur aussi lui venait oflrir à la victime d'Arcadius de?; hommages non moins touchants et non moins sincères.

Debout, dans la basilique, entouré de sa cour, et revêtu des insignes de la puissance impériale. Théodose reçoit avec recueillement et respect les reliques du saint évéque de Constantinople. Lorsque le cortège a franchi le seuil du temple, il s'approche, s'incline, applique sur la capse sacrée son visage et ses yeux, et demande pardon à cette di'-pouille inanimée pour son père Arcadius, et pour sa mère Eudoxie, qui s'étaient faits ses persécuteurs sans comprendre l'énormité de leur injustice. L'émotion était à son comble ; les coupables éclataient en sanglots, tout le peuple fondait en larmes.

On déposa la châsse du saint dans l'église des Saints- Apôtres, lieu de sépulture des empereurs et des patriarches de Constantinople.

La vue de ces reliques, l'élan universel, l'émotion publique produisirent dans toutes les âmes, et dans tous les partis une vive et profonde impression. Les fractions séparées se virent seules de leur sentiment au milieu de l'Eglise universelle. Elles se prirent à rougir de leur isolement. Elles se laissèrent enfin aller au mouvement de leur cœur, désormais en parfait accord avec leur conscience. Les .johannites avaient tenu depuis longtemps des assemblées particulières, fuyant toute communication avec les partisans d'Arsace et d'Atticus; ils vinrent désormais mêler leur voix aux chants des autres fidèles et participei' avec eux aux saints mystères. On ne vit plus désormais dans la capitale de divisions religieuses, ni de parti clandestin; le pasteur ne connut plus de brebis égarées. Saint Chrysostome revenait à la fois jirfnd' o possession de son

église et ramener l'union et la paix entre les fractions séparées de son troupeau.

Les reliques de saint Chrysostome reposèrent longtemps à Constantinople, dans la basilique des Saints-Apôtres, au milieu de ce peuple qu'il avait entouré de tant de zèle, de tant de sollicitude et de tant d'amour. Mais il entrait dans les desseins de Dieu, que l'émule et l'imitateur des apôtres Pierre et Paul, l'héritier de leurs souffrances, qui s'était honoré de s'associer à leurs travaux, eût son autel à côté de leur autel, et vît ses reliques à côté de leurs reliques, embaumées par le parfum du même encens sous les voiites du même temple. Il leur fut uni dans leurs combats, il devait également leur être uni dans la tombe.

Un des successeurs de saint Pierre devait être chargé de ce dernier acte de réparation. Il fit transporter à Rome les reliques du saint martyr de Comane ; elles furent portées avec pompe dans la basilique du Vatican. Puis on les déposa sur un autel auquel fut donné le nom de Saint- Chrysostome.

Là repose enfin jusqu'au grand jour de la résurrection, à côté de saint Pierre et de saint Paul, le plus énergique imitateur de leur courage, le plus fidèle dépositaire de leur doctrine, le plus parfait représentant de leur apostolat. Ils sont unis dans leur culte , et c'est justice ; car jamais, depuis les travaux du grand apôtre et la confession du premier chef du monde chrétien, jamais le zèle apostolique n'avait été favorisé de plus d'efficacité, couronné de plus de succès, ni revêtu de formes plus brillantes. Jamais aussi dépouille mortelle n'avait été plus digne d'occuper un trône, un autel, dans le même temple à côté de celles des deux glorieux propagateurs de la foi, des deux premiers flambeaux de l'Église de Jésus-Christ.

A la vue des travaux, du génie et de la sainteté de ce grand évêque , on est tenté d'affirmer qu'il reçut de Dieu le privilège glorieux de se tenir toujours à la hauteur de ses modèles. « Il n'y eut peut-être jamais, dit un historien,

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