‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 15 sur 214 · CHAPITRE XM · texte numérisé non relu

CHAPITRE XM

nion de cœurs droits et sincères. Ils apprennent qu'un sentiment de foi chrétienne a conduit dans l'église des Martyrs l'empereur, l'impératrice et la plupart des grands de la cour. L'occasion leur semble favorable ; ils vont en députation au nom de leurs frères, se jeter aux pieds de leurs majestés, elles-mêmes prosternées aux pieds d'une majesté plus puissante. Ils les conjurent en fondant en larmes, d'épargner l'Église de Jésus-Christ au grand jour du pardon, de ne pas l'obliger d'ajouter son propre deuil à celui de la mort du Sauveur, de lui laisser son évêque, son pasteur et son père ; d'arrêter la persécution contre l'homme de Dieu, surtout au jour de la résurrection du Seigneur et de la délivrance du genre humain, en présence des catéchumènes instruits et préparés, qui se présentent pour recevoir la régénération du baptême.

Ces vénérables vieillards s'humilient, les yeux pleins de larmes, mais sans pouvoir fléchir le cœur inexorable de l'impératrice, ni réveiller un instant les sentiments de Justice de l'empereur. Ils insistent, ils prient, ils conjurent ; mais leur prière est repoussée par une réponse froide et dure, par un refus cruel. L'un d'entre eux, Paul de Cratée, croit l'occasion opportune pour parler, au nom du ciel, à ces âmes endurcies, brûlées par la soif de la vengeance. « Craignez, auguste souveraine, dit-il à l'impéra- « trice , craignez les jugements de Dieu dont vous blessez « la justice. Prenez pitié des enfants qu'il a daigné vous « accorder pour votre bonheur et pour sa gloire, et garce dez-vous de profaner la fête de Jésus-Christ, votre Sauce veur, par l'effusion d'un sang qui criera vengeance « contre vous. »

Ces paroles étaient menaçantes. Elles étaient de nature à produire une impression salutaire; mais elles tombaient dans une âme d'airain , dans un cœur sans entrailles et battu par la haine. On voulut à peine les entendre; les l'vêques se retirèrent tristes et consternés. Ils passèrent Ions, fommc snint Chrysostome, la sainte veille dans leurs

maisons, versant des larmes, et Tesprit absorbé dans de noirs pressentiments et dans une amère tristesse.

Au milieu de ce deuil universel, les prêtres de Constantinople, chassés de leurs églises ainsi que leur évêque, mais libres au moins dans la manifestation de leurs sentiments, s'étaient réunis aux Thermes de l'empereur Constance. Ils y convoquèrent le peuple, pour y célébrer la veille de la grande fête de la résurrection. Les uns s'ap- ]/liquaient à ranimer la ferveur des fidèles par des lectures lirc'BS des saintes Ecritures. D'autres se livraient à d'autres soins. On se préparait surtout à conférer le baptême aux catéchumènes. Dans cette réunion se trouvaient, en grand nombre, des évêques, des prêtres et des clercs, fêtait le troupeau tout entier, qui, chassé de sa demeure, al lai 1 demander aux lieux des assemblées profanes la portion d'air et de liberté qu'on lui refusait dans les temples du père commun de la famille chrétienne. Là, du moins , ils se croyaient en pleine sécurité.

Mais Antiochus, Acace et Sévérien, ne devaient pas leur laisser longtemps la paix dans leurs réunions inofîensives. Ces grands zélateurs de la persécution s'aperçoivent que la population déserte les églises et va se grouper partout autour de ses vrais pasteurs. Eux seuls, dans leur aveuglement, paraissent ignorer que l'Église de Dieu n'est ])ûint une étroite enceinte de murailles ; mais qu'elle est la société vivante, choisie , formée, et toujours dirigée par J(''sus-Christ. Pénétrés de ces vérités, les fidèles de Conslantinople voyaient Dieu partout où les conduisaient leurs jiasteurs légitimes. Les schismatiques en furent effrayés. Ils réclamèrent de l'autorité temporelle l'interdiction de ces assemblées. Ils y voyaient l'annihilation complète des mesures de proscription dont ils avaient provoqué la rigueur.

Mais le maître des offices, sommé par eux de disperser les iidèles, sut trouver dans son caractère assez d'indéjiendance, pour leur faire observer que leur exigence était

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