‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 143 sur 214 · CHAPITRE XXIII. 3 il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. 3 il

L'histoire tout entière du Sauveur se déroule avec magnificence dans la parole presque inspirée de saint Chrysostome. Du mont Calvaire, témoin de la résurrection, il transporte son peuple à la montagne des Oliviers, lieu de prédilection de Jésus-Christ, où s'accomplirent sa dernière prière, son agonie, la trahison de Judas, et son ascension dans la gloire du Ciel; puis il l'amène dans le cénacle, pour lui représenter en paroles brûlantes la descente des flammes célestes et de l'Esprit saint dans l'âme des apôtres.

Dans l'homélie sur l'Ascension , il retrace les avantages qui résultent pour l'humanité du départ glorieux de Jésus- Christ pour sa demeure éternelle. Dans les deux discours sur la Pentecôte, il démontre que l'Esprit saint, la troisième personne divine, se rendit visible aux regards des hommes sous un vêtement de feu, pour leur annoncer qu'il venait brûler et consumer l'élément' terrestre et matériel des sentiments humains. Il démontre que sous ce voile éclatant de la flamme miraculeuse, l'Esprit saint est descendu substantiellement dans les apôtres, que le même Esprit, la même personne divine vient aussi dans l'âme des fidèles, pour l'embraser des ardeurs de la charité céleste et l'embaimier des douceurs de la paix; mais qu'il ne saurait descendre que dans l'âme qui l'appelle, qu'il ne se rend qu'aux longues espérances, qu'il ne répond qu'aux ardents désirs.

Les encouragements aux fidèles dans l'exercice de la piété chrétienne se rencontrent toujours dans les homélies de saint Chrysostome à côté du développement des vérités de la foi. Dans l'homélie sur les martyrs d'Egypte, il enseigne à son auditoire à s'incliner avec amour et respect devant les restes sacrés de ces hommes de Dieu, qui n'ont estimé la vie terrestre que ce qu'elle vaut dans la balance des intérêts de l'éternité. D'une main, il les présente à la vénération, encore rougis du sang qu'ils ont offert en témoignage de la foi de Jésus-Christ; de l'autre, il désigne leur dépouille mortelle comme un gage des béné-

dictions du Ciel accordées h leurs mérites, et comme un souvenir immortel de leur triomphe, de leurs exemples et de leurs vertus.

Les homélies sur Ann:*, mère de Samuel, et sur les rois Satil et David, ainsi que huit autres discours sur la rienèse , dont les fidèles d'Antioche ont conservé longtemps l'impression et le souvenir, retracent successivement les motifs de la vénération due aux reliques des martyrs, l'efficacité du jeûne , l'utilité de la pénitence du carême, les avantages de l'aumône, de la pureté du cœur et des privations de la pauvreté chnHiennc, le î^nheur et les consolations que donnent à Tàme la ferveur et la persévérance dans la prière, enfin les mériteJj de k patience et de l'héroïsme du pardon des injures. Dans ces discours, le saint pasteur s'attache encore h stigmatiser l'influence corruptrice des théâtres, qu'une honteuse faiblesse laissait régner au milieu des grandes villes, comme des chaires permanentes de libertinage et des enseignements officiels et pratiques de prostitution.

Dans sa jeunesse et pendant de longues années de solitude, il s'était nourri de la méditation des saintes Ecritures ; les livres sapientiaux de l'Ancien-Testament avaient fait ses délices déjeune homme. C'est dans ces pages sacrées qu'il avait puisé cette austère vertu qui le faisait signaler comme un censeur à la soif rageuse des honneurs ainsi qu'à l'insouciante mollesse des plaisirs. Bien que le Nouveau-Testament, tradition primitive de l'Eglise, écrit sans l'ordre de Jésus-Christ, mais néanmoins sous l'impression divine, ne fût pas alors, au milieu des souvenirs vivants de la parole du Sauveur, d'une aussi rigoureuse nécessité qu'il devait l'être dans les siècles à venir; le saint évêque cependant, comme tous ceux qui l'avaient précédé depuis la prédication des apôtres, en fit l'objet constant de ses études et le thème de prédilection de presque tous ses discours.

Il crut devoir commencer, comme ses prédécesseurs,

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par lixci- la loi des chrétiens sur les diU'éreiiles parties ([Lil coinposent les deux codes divins donnés par le Ciel h la terre. J/Ancien et le Nouveau-Testament, par lesquels l)ieu daigne lui-même former et taire progresser l'éducation (le l'espèce humaine, sont présentés au respect des fidèles dans la Synojjse de l'Ancien- Testament, ouvrage inappréciable ({ui vient confondre les prétentions erronées de l'hérésie, en démontrant que les Églises de l'Orient n'avaient encore rei-u que trois épitres catholiques , une de saint Jean, ime de saint Pierre et celle de saint Jacques, sur sept que renferme le recueil complet des livres du Nouveau-Testament. Comment en effet la lettre morte de ces livres inspirés pourrait-elle être admise comme l'unique règle de notre foi, quand des témoignages irréfragables viennent nous déiiiontrer que plus de quatre cents ans après la mort du Sauveur ils n'étaient pas encoi-e tous admis ou connus dans la plupart des Eglises chrétiennes ? Toutes ces Églises primitives auraient-elles donc manqué des élt-ments essentiels de la doctrine de Jésus- Christ?

La troisième année de son sacerdoce, saint Chrysostome donna, dans l'église de Saint-Paul d'Antioche, quatre-vingthuit homélies sur l'Évangile de saint Jean. Ces homélies forment un des plus beaux monuments de l'exégèse catholique. Il était alors dans toute la vigueur de l'âge et peutêtre à l'époque la plus brillante de son talent. C'est dans la nK'tropole d'Antioche que, simple prêtre et coopérateur de Flavien, il initiait les ]jopulations chrétienr.es aux révélations de l'apôtre théologien et prophète. Dans ces incomparables homélies, il s'élève, avec le disciple bienaimé du Sauveur, jusqu'au mystère inaccessible de l'essence divine pour y découvrir la génération éternelle du Verbe fait homme, et la consubstantialité du Père et du Fils. Tout est grand, tout est resplendissant de lumière dans ces pages sublimes; ampleur et beauté des images, élévation, énergie et grandeur des pensées, éclat, mouve-

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ment, immensité de l'imagination, entîn puissance iirésislible d'une logique qui se formule toujours en arguments serrés, tout était bien propre à faire éclater des explosions d'enthousiasme de la part des populations syriennes. Même après quatorze siècles, cette puissante parole, dépouillée du prestige de l'action, de la chaleur et de la voix, est encore de nature à provoquer des transports d'admiration, et surtout à poser dans les âmes incrédules les bases inébranlables des princi[ es de la foi.

Ainsi saint Chrysostome , prêtre, prédicateur, évèque, était partout le flambeau qui porte la lumière, la voix qui proclame les vérités évangéliques, et le pasteur modèle qui paît le troupeau de Jésus-Christ et de l'aliment divin de la doctrine, et de l'amour généreux des vertus ; mais lumière, voix et modèle, à tous ces titres il était égalenient redoutable aux ennemis des croyances chrétiennes.

A tous ces ennemis il présentait à la fois le double argument irréfutable de sa parole et do sa vie. Il avait débuté dans la carrière ecclésiastique par la solitude et la vie cénobitique; c'est à ces deux institutions qu'il voulut consacrer les prémices de sa dialectique et de son talent. Dans ces temps primitifs, comme de nos jours, les institutions monastiques semblaient se dresser comme des fantômes monstrueux en face des préjugés sociaux et de la stupidité mondaine. L'empereur arien Yalens, qui s'attribuait la liberté de choisir et d'embrasser l'erreur, ne pouvait tolérer dans ses sujets la faculté de s'attacher aux conseils évangéliques et d'embrasser la vie mortifiée du cloître. Injuste, cruel et persécuteur, comme le sont les fauteurs de l'hérésie, il voulut frapper les moines de proscription, comme une espèce inutile dans le grand troupeau de l'humanité. De par l'empereur, il était défendu, dans toutes les Eglises d'Orient, d'aller respirer l'air libre de la solitude ou de chercher h s'abriter contre le tourbillon du monde, pour se livrer derrière la clôture silencieuse du monastère à la méditation des vérités éternelles. Ses émis*

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