‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 144 sur 214 · CHAPITRE XXiil. 32S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXiil. 32S

saires parcouraient en tous sens les déserts de l'Egypte et les solitudes du Liban; ils enrôlaient les moines par centaines dans les armées de l'empire. Saint Chrysostome voyait partout, autour d'Anlioche, les monastères déserts et les taures abandonnées. Les cénobites, arrachés violemment de leurs retraites, étaient retenus loin des villes et forcés de vivre au milieu de la licence effrénée des camps.

La force brutale et le succès ne se présentent jamais qu'entourés d'un prestige injustifiable, mais néanmoins contagieux et puissant. Le succès matériel , qui n'est aux yeux de la raison que le résultat d'une action aveugle de la matière, est toujours assuré d'un triomphe complet sur les masses par l'impression des sens.

C'est contre ce triomphe et ce succès qu'avait à lutter le jeune ascète. Les moines, frappés de ridicule et de mépris, étaient terrassés par la fureur aveugle de l'hérésie, assise un instant sur le trône de l'empire. Les catholiques eux-mêmes, entraînés par l'empire du succès, se laissaient aller au courant de l'opinion égarée ; railleries, injures, calomnies, rien n'était assez fort, assez avilissant, pour flétrir des institutions vénérables, pour frappera mort dans l'estime publique des hommes tombés sous la verge d'un tyran.

Saint Chrysostome se lève alors; jeune, plein de contiance et d'indignation, il couvre, il abrite de sa parole victorieuse l'honneur et la vie des cénobites que l'on: voyait partout traqués et conspués par la persécution. Cette àme indignée, ce cœur ardent et plein de foi, se place fièrement entre l'opinion publique et les opprimés, entre le tyran et ses victimes. Il parle avec le feu de l'inspiration et l'autorité de la justice, et laisse tomber de sa plume ces trois livres immortels contre les ennemis des institutions monastiques.

Dans le premier livre il semble se placer sur le seuil du monastère, pour en écarter les injures et les opprobres sous lesquels l'ignorance et l'hérésie espéraient étouffer la

vie monastique en s'efforcant de l'avilir. Il fait contempler derrière la clôture , objet des mépris de la stupidité païenne, les vertus sublimes, la sainteté parfaite, qui sont les fruits spontanés de cette terre de bénédictions. Ne faut-il pas, en effet, en présence de l'incompatibilité des traditions sociales du monde païen avec les conseils de Jésus-Christ, chercher dans la solitude une atmosphère plus pure où l'on puisse respirer en paix le parfum des vertus évangéliques? Ne faut-il pas laisser aux âmes affamées d'innocence et de perfection l'asile assuré du monastère, contre le contact de la corruption des sociétés humaines ?

Mais quelle signification peuvent avoir, aux yeux du paganisme, ces privations incessantes d'une pauvreté volontaire? ces austérités sévères, qui semblent n'avoir d'autre résultat que l'affaissement de l'intelligence et l'esclavage du cœur? — En réponse à ces doutes calomnieux, saint Chrysostome, dans le deuxième livre, ouvre aux païens mêmes les portes de ces retraites silencieuses. Il amène dans ces asiles de paix un adorateur passionné des idoles; il le place en présence des religieux, des pauvres de Dieu, qui, délivrés pour toujours des entraves de la fortune, des besoins de la mollesse et de la fureur des sens, élèvent sans cesse vers Dieu la prière d'une âme libre et l'amour d'un cœur indépendant. Il détourne et déchire à ses yeux le voile des consciences, pour lui faire contempler la félicité douce, la sérénité parfaite, le contentement perpétuel qui régnent dans le mystère du cloître, et que n'ont jamais pu créer ni la splendeur du trône, ni la licence des cités.

Dans ces deux premiers livres, le saint docteur crut avoir suffisamment vengé l'honneur de la vie cénobitique. Dans le troisième, il quitte le monastère et pénètre, le flambeau de l'Évangile à la main , jusque dans le sanctuaire de la famille chrétienne. Là, se présente à ses yeux un spectacle affligeant : le monde, le monde mauvais, avec

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