CHAPITRE XXin
ses goûts, son luxe, son orgueil , y règne en souverain, y tient la famille captive, la comprime sous le poids dissimulé de ses chaînes, et s'efforce d'étouffer en elle toutes les inspirations de la foi. Saint Chrysostome s'y voit entouré de toutes les livrées de la vanité païenne ; il est témoin de l'infraction et du mépris des préceptes de Jésus- Christ; il entend des paroles licencieuses, qui portent infailliblement dans le cœur impressionnable et tendre de l'enfance des germes précoces d'indifférence religieuse et de corruption.
Il s'empresse de quitter ces lieux infectés de licence pour retourner se reposer encore dans l'asile du cloître. Là, son âme se délecte à la vue des religieux, qu'il compare à l'Ange du Ciel donnant à Dieu son âme et ses pensées, et ne cessant jamais d'offrir le sacrifice de louanges et l'holocauste du cœur.
Dans un autre livre, auquel il donne pour titre la Coinparaison d'un moine et d'un roi, saint Chrysostome cherche sur la terre une situation sociale qu'il puisse mettre en parallèle avec la vie cénobitique. Il dédaigne d'interroger les dignités secondaires de l'empire; c'est à la dignité royale seule qu'il pense devoir faire appel. Il lui demande ce qu'elle peut offrir, dans sa splendeur et sa puissance, qui soit comparable à la dignité du moine, ou ravi dans l'extase de la prière, ou récréé dans la variété de ses travaux.
Devant l'homme investi de la puissance et revêtu de la majesté royale, s'inclinent les volontés humaines, devant le moine se taisent et la voix souveraine de la nature et les exigences tyranniques des passions. Le genre humain prodigue au roi ses hommages ; le moine est honoré des plus douces faveurs du Ciel. Le monarque impose un frein à la licence, il se fait une gloire de triompher de la puis* sance de ses ennemis et de combler l'homme vertueux de ses bienfaits; le moine règne en souverain sur le monde moral, il impose un frein aux mouvements impétueux du cœur, aux désirs insatiables de la volonté. Par sa prière,
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il neutralise et comprime la puissance de l'enfer, et fait descendre sur tous les hommes la rosée féconde des grâces et des bienfaits de Dieu. Puis arrive Fheure redoutable de la mort, que resle-L-il au prince alors de son prestige et de sa félicité ? Trésor, gloire, majesté, puissance, tout s'évanouit, et le plus grand souverain du monde se voit, à cette heure suprême, dépouillé de tout et tombé seul, en présence de son juge et d'un cercueil! Mais pour le moine c'est le signal du triomphe que cette heure dernière ; il ne quitte rien sur la terre, il a tout à recevoir dans la mort ; son agonie n'est point un combat, elle est pour lui la préparation joyeuse du départ; il appelle la tombe comme son amie; il lui confie pour un instant le dépôt du vêtement mortel de son âme ; puis, cette âme, dégagée de ses entraves, ouvre les yeux au grand jour de la rémunération éternelle.
Après avoir ainsi payé le tribut de son talent à la vie religieuse et solitaire, dans laquelle il avait puisé lui-même autrefois cette mâle énergie qui forma le caractère particulier de sa vie et de ses vertus, saint Chrysostome porta successivement la lumière de sa dialectique sur toutes les vérités attaquées par l'hérésie et battues en brèche par la passion et l'incrédulité.
Cinq discours sur la nature incompréhensible de Dieu lui suffirent pour dissiper tous les nuages entassés par Eunomius sur l'essence et les attributs divins. Cet hérétique et ses sectateurs, qui s'étaient formé des écoles dans plusieurs villes de l'Orient, ne craignaient pas de restreindre la nature infinie de Dieu, son immensité, ses attributs, sa sagesse aux étroites limites de l'inteUigence humaine. A leurs yeux, l'homme sur la terre, comme l'esprit bienheureux du Ciel, comprend l'Être infini, le contemple dans toute sa grandeur avec la même lumière et la même perfection qu'il se comprend lui-même.
Pour faire crouler toute l'argumentation d'Eunomius, il suffit à saint Chrysostome de rapprocher de la natuio