CHAPITRE XXIII
divine et de l'inleUigence de l'homme le double flambeau de l'Écriture sainte et de la raison. A cette lumière , tous les nuages tombent, toutes les ombres se dissipent et laissent entrevoir, mais non comprendre d'une manière complète, la nature incompréhensible de Dieu. Non, la sphère étroite et nébuleuse de Tesprit humain ne saurait ni renfermer la substance éternelle et sans limites , ni s'éclairer des clartés infinies de l'essence divine.
Le saint docteur ne descend point de ces hauteurs quand il quitte les erreurs d'Eunomius pour repousser, encore au nom de la raison et des saintes Ecritures, les impiétés et les blasphèmes de ses disciples, les anoméens. Il expose une seconde fois, dans sept homélies, la génération éternelle du Verbe et la consubstantialité du Père et du Fils.
Il s'attache constamment à cette vérité fondamentale, de la divinité du Verbe. Il démontre, dans le Traité contre les juifs et les gentils, que Jésus-Christ est notre Dieu, que son Eglise est divine. Il fait entendre en sa faveur la voix de tous les prophètes ; il convie tous les siècles passés à venir l'un après l'autre et selon la succession des temps, déposer au pied du tombeau de .Jésus-Christ et du berceau de son église le témoignage divin de leurs révélations. Puis il représente douze pauvres pécheurs, faibles, illettrés, craintifs, sortant de ce berceau, se partageant l'univers, et s'en allant recueillir sur toute la terre la moisson miraculeuse de l'Évangile.
Il retrace avec énergie et vigueur cette immense bataille de trois siècles, dans laquelle le monde vaincu se vit forcé de poser les armes, et de solliciter, par l'intervention de ses humbles vainqueurs, la grâce d'une vie meilleure que celle promise par les traditions païennes. On voit d'un côté la science, les lois, les préjugés, les mœurs, les passions, le nombre, la puissance, les armées; de l'autre, rien, que la parole; et ce coté fut le côté vainqueur, donc cette parole était la parole de Dieu.
330 SAINT OHRYSOSTOME.
Sur les lèvres de saint Chrysostome arrivent successivement les légions triomphantes des martyrs, venant offrir, en confirmation du fait fondamental de la religion chrétienne, le témoignage irrécusable de leur sang. Puis, de Farène ensanglantée de ce champ de combat des témoins, le saint pasteur voit surgir enfin le triomphe de la croix. Il découvre partout ce signe divin occupant la place d'honneur au milieu des trophées des puissances humaines. Il le fait contempler dans les palais et sur le diadème des rois. Les puissants, les sages, comme les derniers du peuple, le tracent sur leur front, le portent sur leur poitrine, pour se concilier la protection divine, et se guérir des infirmités du corps. Le monde désormais s'honore de se prosterner avec respect devant le bois rougi du sang de Jésus-Christ, devant l'autel de son immolation sanglante. Les hommes, jadis mécréants et persécuteurs, les femmes à l'âme pieuse, en détachent des parcelles qu'ils se font un honneur de porter sur la poitrine, enchâssés dans de brillantes couronnes d'or.
Dans huit discours contre les juifs le saint paraît animé de l'esprit des prophètes. Il s'adresse au peuple maudit, auquel il signale la réprobation ineffaçable dont il est frappé pour son aveuglement et son parricide. Il lui représente .Jérusalem, sa ville sainte, ruinée de fond en comble, ses tribus dispersées dans tout l'univers, sa royauté n'ayant plus de place au soleil. Son culte aboli, ses cérémonies légales anéanties, et n'ayant plus de signification rationnelle, comme une superfétation surannée et sans aucune vertu. Puis il retrace le grand jour de la révélation, éclairant d'abord de ses premières lueurs le règne limité des patriarches , pour se déployer ensuite avec splendeur sur le monde entier dans l'avènement de Jésus- Christ.
Mais le plus grand travail de saint Chrysostome, le fruit de toutes ses méditations et de toutes ses veilles, ce sont ses homélies. Dans ces allocutions inimitables, la