CHAPITRE XXIII
dans l'abrutissement du crime, dans le délire de la vengeance, enfin dans les angoisses de la terreur et de la mort. Il leur présente les seuls remèdes efficaces et possibles à tant de malheurs; ce sont l'horreur du blasphème, la pénitence , l'aumône, la tempérance et toutes les vertus chrétiennes ; elles seules, en effet, ont le pouvoir de fléchir la justice divine, et de conjurer l'orage de la vengeance impériale qui menace d'éclater sur leurs têtes.
Les homélies sur la croix et sur le bon larron rappellent aux chrétiens la croyance et la vertu qui répugnent le plus à la faiblesse de notre nature ; elles démontrent les mérites et les avantages du sacrifice sanglant de la croix, desquels découlent évidemment les mérites et les avantages des malheurs de ce monde, et les jouissances de la mort. Elles enseignent et recommandent la nécessité d'un amour sincère pour le prochain, et même pour un ennemi mortel, ainsi que le pardon affectueux des injures et de la haine. Ce serait là le sublime de la doctrine de Jésus- Christ, si tout n'était divin dans sa personne adorable comme dans ses enseignements.
Les ouvrages les plus considérables de saint Chrysostome, ceux qui forment un monument impérissable de son apostolat, ce sont ses Commentaires sur les Saintes- Ecritures ; c'est l'œuvre de sa vie tout entière. Dès son enfance il s'était plongé dans la méditation des oracles sacrés ; et lorsque les suffrages de l'Église l'eurent élevé, malgré ses répugnances, à l'incomparable dignité du sacerdoce, il ne se proposa plus qu'un seul objet d'ambition dans ce monde, celui de transmettre par la parole, aux chrétiens soumis à son zèle, le fruit de ses veilles et de ses longs travaux.
Dans soixante-sept homélies, il expose familièrement^, mais avec la splendeur orientale de son imagination, les développements successifs de la création du monde, telle que la raconte la Genèse. C'est une des premières communications à son auditoire du fruit de ses études et de
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ses veilles. C'est la familiarité simple, mais imagée crun cœur ami, qui raconte avec abandon à ses amis ses premières impressions dans la méditation de la loi de Dieu.
On doit voir aussi dans ce travail un des premiers essais de son talent , qui bientôt, dans les commentaires sur les psaumes , parait refléter la sublimité de l'inspiration divine. On y reconnaît un premier mouvemen de ses ailes, qui, plus tard, relevèrent jusqu'à la hauteu où se révèlent les mystères divins. De ces commentaires, de ce travail admirable C[ui n'a point été surpassé dans la suite des siècles, cinquante-huit homélies seulement ont pu percer la nuit des âges de barbarie et d'ignorance et parvenir jusqu'à nous. Le génie et la sainteté de saint Chrysostome étaient dignes de recueillir la lumière des oracles sacrés , et de la transmettre, vive et pure , aux âmes régénérées par l'inmiolation du Yerbe fait homme.
Des psaumes et prophéties de David, il passe aux révélations d'Isaïe, de Jérémie, de Daniel ; et, dans tous ces commentaires, c'est Dieu lui-même qui semble, une seconde fois, prendre un langage humain , pour renouveler à l'humanité les préceptes de sa sagesse. Deux discours sur l'obscurité des prophètes ont pour but de détourner un coin du voile derrière lequel Dieu cache le mystère des desseins miséricordieux de sa providence.
Après les oracles anciens, saint Chrysostorae aborde les livres inspirés de la loi nouvelle. Il développe tout l'enseignement, il expose tous les faits de l'évangile de saint Mathieu, dans quatre-vingt-dix homélies, où la doctrine et la morale du Sauveur sont présentées dans tous leurs points d'application et sous tous les aspects. Il consacre plusieurs homélies à l'exposition des actes des apôtres; puis, dans trente-deux discours sur l'épître de saint Paul aux Romains, ouvrage justement admiré par saint Isidore de Péluse, il réduit à néant les erreurs insidieuses dont Pelage avait infecté l^Occident. C'est là qu'il s'efforce d'effacer, jusqu'à la dernière trace, des horreurs et des