CHAPITRE XXII I
abominations d"une secte qui s'était posée en Orient comme un foyer de démoralisation, comme un repaire d'infamies, de la secte à jamais abhorrée de Manès.
Mais le chef-d'œuvre des exégèses du grand docteur , c'est le commentaire de la première épître de saint Paul aux Corinthiens. C'est le plus beau travail de son sacerdoce. Saint Chrysostome se maintient, dans quarantequatre homélies, presque à la hauteur du texte sacré. L'âme de saint Paul semble agiter son âme, passer tout entière dans sa parole, et se communiquer de nouveau par sa voix. La pensée de Dieu se déploie sur ses lèvres . se dégage des obscurités du texte primitif, se laisse voir aux intelligences les plus communes, et se rend sensible à la simplicité des cœurs.
Dans les trente homélies sur la seconde épître aux Corinthiens, le saint docteur est toujours lui-même, mais il semble s'incliner davantage vers le style familier, quoique avec la même élégance et la même grandeur, pour se rendre encore plus accessible à l'intelligence de tous les fidèles.
Il revient encore h l'hérésie des manichéens dans le commentaire sur l'épître aux Galates. Les marcionites et les anoméens y trouvent également une réfutation péremptoire de leurs erreurs.
Les œuvres de saint Chrysostome nous offrent encore vingt-quatre homélies sur l'épître aux Éphésiens, vingthuit sur celle à Timothée, et plusieurs autres sur toutes les épîtres du grand apôtre; enfin, trente-quatre homélies sur l'épître aux Hébreux, viennent clore heureusement ces immenses travaux d'une vie qui compte si peu d'années et tant de mérites et de vertus.
Le caractère exceptionnel de cet homme extraordinaire se trouve retracé d'une manière complète dans ses œuvres et dans ses écrits. C'est une grande sainteté s'épanouissant dans le monde par le rayonnement et la splendeur d'un incomparable génie.
Austérités pour lui-même, justice et bonté pour autrui.
voilà tout l'homme. Foi brûlante dans son âme, soif ardente, insatiable pour la conversion des pécheurs, et dévouement jusqu^au martyre, voilà tout le pasteur.
Jamais peut-être l'austérité chrétienne ne présenta plus d'héroïsme que dans le saint dont nous venons d'essayer d'ébaucher l'histoire et de décrire les souffrances. Solitaire à trente ans, malgré sa nature indomptable et son tempérament de feu, le jeune disciple des apôtres sut tellement dompter sa chair, son cœur et ses passions, qu'à l'époque de son sacerdoce sa chair était flétrie, ses passions étaient à l'état de mort complète, et la nature ne parlait plus.
Honoré contre sa volonté de la dignité du sacerdoce, et plus tard, élevé sur le siège patriarcal de Constantinople , il mit un terme aux austérités extraordinaires de sa vie privée, et put alors, maître de lui-même, se livrer tout entier aux vertus publiques de l'apôtre et du pasteur. Depuis longtemps il ne tenait plus à rien dans ce monde ; il lui fut donc facile de se montrer sans réserve et l'homme de Jésus-Christ et le chef du troupeau.
Imitateur passionné des apôtres, et disciple généreux du Sauveur, il ne voulut jamais reconnaître ni d'autres docteurs ni d'autres maîtres. Rien d'humain ne put jamais ni tempérer l'ardeur de son zèle, ni mettre obstacle à l'indépendance de sa parole. L'hérésie, qui serpentait dans l'ombre, laissait continuellement échapper de sourds murmures ; les passions s'emportaient contre lui sans cesse en haineuses vociférations. Le pouvoir, infatigable dans ses manœuvres insidieuses, s'ingéniait soit à l'allécher par l'appât des honneurs et les séductions de la flatterie, soit à l'effrayer par l'éventualité de l'exil ou les rigueurs de la persécution. Les clercs eux-mêmes se dépouillaient de la sainteté de leur caractère, pour se jeter aveuglément dans le camp de ses ennemis. Ils s'eflbrçaient d'opposer d'insurmontables obstacles aux réformes les plus urgentes et les plus salutaires. Mais rien ne pouvait ébranler la per-