CHAPITRE XXIII
sévérance du saint. Malgré tous ces efforts conjurés, il marchait lentement et sûrement à son but , au triomphe de la foi chrétienne, à la reforme des mœurs, à la régénération complète de la société païenne. C'est ainsi qu'autrefois Jésus-Christ marchait au milieu des rangs serrés de ses ennemis, qui s'étonnaient et de l'impuissance de leur haine et de l'empire de sa majesté divine.
Admirable trait du caractère de saint Chrysostome ! Dans son travail d'apôtre, non-seulement il considérait la mort comme la dernière des phases de la destinée terrestre de l'homme, comme une transition dans les états de la nature régénérée; mais encore il semblait la voir approcher, comme un instrument nouveau, comme une source nouvelle de célestes jouissances pour son âme , et de rénovation radicale pour les membres de son Église. Et Jésus-Christ voulut sanctionner, à cet égard , à la face du monde entier, les vues et les désirs du martyr, son disciple et son serviteur. Quand, en effet, l'homme de Dieu fut tombé sous l'oppression des schisma tiques, une intervention souveraine et miraculeuse vint effacer en un instant les haines et les divisions, et transformer dans le peuple les sentiments et les cœurs. Au seul as[;ect de ses restes inanimés , tous les partis vinrent s'embrasser sur sa tombe, anéantir les causes de leurs discordes et se jurer une éternelle amitié. Ce fut là sans doute et le trait le plus éloquent et l'effet le plus merveilleux de sa prédication, mais d'une prédication céleste; car sa voix alors descendait du ciel : il parlait encore dans la mort. C'est ainsi que procède la grâce divine.
Tel fut aussi , du reste , le plan de Jésus Christ. Le Sauveur n'agit point autrement pour lui-même; car, ce ne fut qu'après sa mort, qu'il acheva la constitution de son Eglise. Il eut pour lieu de repos, pour demeure dernière et le Calvaire et le ciel, et c'est du Calvaire et du ciel que descendit la vertu divine, par laquelle on vit s'effectuer la conversion du monde.
340 SAIiNT CHRYSOSTOME.
On a tenté vainement de chercher des modèles à l'éloquence surhumaine de saint Chrysostome , comme si l'on pouvait assigner une imitation servile de Thomme, à celui qui n'eut et ne connut pour précepteur et pour maître que Dieu seul. On a voulu quelquefois le mettre en parallèle avec les grands orateurs de la Grèce et de Rome; mais ce parallèle, si l'on osait sérieusement le tenter , ne serait point favorable à l'antiquité païenne. L'éloquence antique sentait partout la pression de la main de l'homme, dissimulée sous les règles de l'art. Elle osait rarement affecter les franches allures de sa liberté native. Ses plus grands modèles ne purent s'affranchir de ce joug impérieux, imposé par les Grecs. Aussi , les pères de l'éloquence, Périclès, Isocrate, et Démos thèncs lui-même, offrent-ils peu de termes de comparaison avec les grands orateurs chrétiens de Cœsarée, d'Antioche et de Constantinople.
Périclès, en tribun habile, n'avait d'autre éloquence que celle que lui donnaient son astuce et sa passion. Dans les discours d'Isocrate, tout rappelle un long et pénible travail , qui s'efforce d'étreindre et de torturer la pensée , pour la comprimer dans un cadre de phrases sonores, pour l'enchâsser péniblement dans les formes traditionnelles de l'art , peu compatibles quelquefois avec les beautés de la nature.
Les harangues de Démosthènes sont empreintes d'une chaleur apprêtée ; elles révèlent le travail fiévreux d'un homme qui se bat les flancs, dans le silence des nuits , pour appeler l'inspiration qui vient à peine , et dont il étale avec orgueil et complaisance le pompeux éclat.
Dans Cicéron, le plus parfait des orateurs de la république romaine , la pensée et le sentiment, compassés et coordonnés dans le calme de la méditation, se déroulent aux oreilles des auditeurs en évolutions splendides , et semblent se draper, avec une vaniteuse ostentation, dans la magnificence d'un style harmonieux.
Enfin, dans tous les grands orateurs de l'antiquité, c'est