‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 158 sur 214 · CHAPITRE XXI Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI Y

culière, il ajoute : Mon Père et moi nous sommes un. (Jean., X, 30.) S'il veut établir l'égalité parfaite de son'pouvoir avec celui de son Père, de même, dit-il, que mon Père, quand il lui plaît, ressuscite les morts et dispense la vie, de même le Fils, quand il lui plaît, rappelle également les morts à la vie.(Joan., vi, 21.) Un culte égal leur doit être rendu; car les hommes doivent au Fils le même honneur qu'ils accordent au Père. (Joan., v., 23.) Ils exercent une même autorité quant à l'infraction des lois divines. » Mon Père, dit Jésus-Christ, opère des miracles, et j'en opère comme lui. (.Toan., v., 17.)

Dieu homme. — Ainsi donc entre le Fils et le Père, même autorité, même honneur, même spontanéité, même puissance. Le Père et le Fils c'est le même Dieu, c'est un seul Dieu, c'est la même substance infinie. « Et si la sagesse incréée a rendu de Jésus-Christ, par la bouche des apôtres, dans les saintes Écritures , un témoignage qui semble incompatible avec la majesté d'un Dieu ; si la personne adorée du Sauveur est présentée, dans ces pages divines, comme revêtue de l'humiliant manteau des infirmités humaines, c'est qu'il fallait révéler, aux yeux de la chair, que Jésus- Christ n'est point un fantôme vivant, une ombre éphémère, affectant les formes essentielles de l'humanité ; mais le vrai Fils de Dieu, devenu le vrai fils de l'homme, et portant en lui-même toute la réalité de la nature humaine. »

Deux volontés. — «N'entendez-vous point les protestations de Marcion, de Manès,deValentin, et de leur troupeau d'adeptes, qui repoussent et dédaignent l'incarnation et l'humanité du Sauveur ? Demandez donc à ces hommes insensés ce qu'ils pensent de la passion, de la tristesse, des souffrances et de l'agonie de Jésus-Christ. Est-ce que Dieu peut être accessible à la terreur, à l'indécision, à l'hésitation, à la tristesse? Est-ce que jamais il peut éprouver le besoin de recourir à la prière? Et si toutes ces choses, racontées de Jésus-Christ, ne sont pas simplement en lui les impressions de la nature humaine, ne serait-ce pas d'une absur-

3o2 SAINT CHRYSOSTOME.

dite flagrante, de se mettre dans la nécessité d'en faire rigoureusement les impressions ou les œuvres de la divinité ? »

« Mais ce ne sont pas seulement les commotions de l'agonie, ou les convulsions suprêmes de la mort, qui doivent nous frapper et ressortir pour nous, dans ces témoignages des souffrances de l'homme-Dieu. Nous y voyons aussi deux volontés distinctes, affectées par des aspirations de nature diverse, l'une du Fils qui se plaint dans la souffrance, et l'autre du Père qui lui laisse accomplir sa mission, Jésus-Christ lui-même nous l'atteste dans sa prière: Mon Père, lui dit-il, que ce ne soit point ma volonté, mais la vôtre qui s'accomplisse. Quelle serait donc la signification de ces paroles, si le Père et le Fils incarné n'avaient qu'une seule volonté ? »

Rédemptioyi. — Non -seulement Jésus-Christ, homme- Dieu, semblable, égal à son Père est venu sur la terre élever l'humanité, dans sa personne, jusqu'à la hauteur même de Dieu, mais il est venu surtout la régénérer par son enseignement, et la sauver, par sa mort, des châtiments réservés à ses crimes. Comme la mère auprès de son enfant, il s'abaisse et s'incline vers l'homme, il prend part affectueusement aux infirmités de sa vie, et l'accoutume à balbutier les vérités éternelles qu'il apporte du ciel. « Il descend jusqu'à la condescendance de l'instituteur habile, qui prend avec le petit enfant les imperfections de son langage, pour l'initier aux principes de sagesse dont il veut orner son cœur. »

Il unit dans son enseignement l'exemple à la parole ; il enseigne aux hommes à mettre en Dieu toutes leurs espérances, à recourir à lui dans la prière, à lui parler cœur à cœur. « Lui-même prolongeait souvent les heures de sa prière, et, retiré dans le désert, il consacrait le silence des nuits à ces communications intimes et célestes de l'âme, auxquelles il nous invite. Il nous convie à fuir l'agitation et le tumulte du monde, pour nous recueillir,

Page 1