CHAPITRE XXIV. 3o
dans la solitude de la retraite et des nuits, et nous abandonner aux douceurs d'un commerce affectueux avec Dieu. ))
C'est ainsi que Jésus-Christ ébauche lui-même l'éducation de la famille humaine ; et lorsqu'au début de son œu\Te il est sur le point de succomber, il choisit douze hommes faibles, illettrés, inconnus, dont il fait, après lui, les précepteurs du genre humain. Il les transforme, et confirme leur autorité par le privilège d'un pouvoir souverain sur les lois de la nature. «Ces hommes, la faiblesse même, vont annoncer .Jésus-Christ crucifié, commandent aux éléments et marchent à la conquête du monde... Quelle puissance effrayante! un pêcheur, un publicain, un artisan élève la voix, et les morts sortent des tombeaux! les démons prennent la fuite, la mort docile obéit, la parole des sages s'éteint sur leurs lèvres, le rhéteur ne trouve plus d'expression à ses pensées, les rois, les princes sont vaincus ; les barbares, les,Grecs et toutes les nations s'inclinent avec respect, en présence de leurs vainqueurs. Oui, c'est la puissance de cette parole divine qui transforme les morts en fidèles pleins de vie, les pécheurs en modèles de justice, les yeux des aveugles en foyers de lumière, et les infirmités de l'âme et de la nature en prodiges de force et de beauté. Qu'ils sont beaux, ajoute saint Chrysostome, les pieds de ces apôtres qui franchissent les montagnes et qui vont porter à l'univers la bonne nouvelle de la paix, l'heureuse espérance des biens du ciel ! » (Isaïe.)
Mais il ne suffisait pas au Sauveur d'avoir assuré, par le choix de ses apôtres, l'enseignement et l'éducation des peuples; il lui fallait encore, dit le saint docteur, expier leurs crimes par ses souffrances, et leur ouvrir, par sa mort, le séjourdu bonheur de l'éternité. Il est venu de lui-même s'offrir pour eux en holocauste. « Il le déclare dans les divines Ecritures : sa mort est la réparation et l'anéantissement des iniquités des hommes, car il a porté, dit Isaïe,
toutes les iniquités du peuple. (Isaïe, lui, 12.) En succombant, il arrache à l'enfer ses victimes, car il est écrit qu'il viendra distribuer les dépouilles des forts. (Isaïe, lui, 12.) Et c'est pour conquérir aux hommes cet incomparable bienfait, que le fils de Marie a voulu s'abandonner aux angoisses de la mort, et sortir ensuite le premier du tombeau. »
Huit siècles avant sa venue, « Isaïe l'avait vu marchant à la mort, comme la brebis du sacrifice, et tombant en silence, avec la mansuétude de l'agneau, sous les coups mortels des bourreaux sacrificateurs. Siciit ovis ad occisionem ducetur. (Isaïe, lui, 7.) Est-ce donc pour ses propres péchés qu'il s'abandonne à la torture? Non, car il était innocent et sans tache; c'est pour l'expiation des péchés du monde qu'il a voulu s'immoler. Son âme était immaculée, et jamais le péché n'avait souillé ses lèvres; gtd peccatum non fecit. (Isaïe, lui, 9.) Ce n'est donc pas pour lui-même, c'est pour les iniquités de so)i peuple, dit Isaïe, LUI, 5, qu'il est venu souffrir les angoisses de la mort. »
C'est ainsi qu'il sauve l'humanité des conséquences de la malédiction originelle et des justes châtiments réservés à ses prévarications par la justice divine. « Nous nous sommes tous égarés, dit le prophète, comme im troupeau sans guide. (Isaïe, lui, 0.) Il a trouvé Vhomme au sein des ténèbres, errant dans la voie de ses désirs criminels; il est tombé sous le poids du châtiment (pn doit nous enfanter la paix, et de ses douleurs ont jailli sur nous la guérison et la vie. » (Isaïe, lui, 6.) Puis saint Chrysostome fait éclater les plaintes amères qu'avaient entendues Isaïe et David, a Ils rnont percé les mains et les pieds; ils ont compté tous mes os; ils ont partagé 7nes vêtements, et dans leur rapacité cruelle ils ont jeté ma tunique au sort. (Ps. xxi, 17, 18 et {^.) Ils ont descendu mon corps dans les profondeurs de la terre, et l'ont déposé dans les ténèbres, au milieu des ombres de la moi'tl » (Ps. lxxxvii, 6.)
Résurrection, — Mais le fait le plus surprenant de la