‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 161 sur 214 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Démons. — Mais ces anges, ces créatures chéries, ces adorateurs de la majesté divine, ces assesseurs du trône inaccessible de Dieu, surent-ils toujours se maintenir dans les régions supérieures du ciel, et conserver l'apanage de gloire dont le Créateur leur avait fait un vêtement immortel? Hélas ! non, dit saint Chrysostome; le plus beau, le plus admirable d'entre eux, Lucifer, est tombé du faîte de ces splendeurs : car « l'Écriture nous enseigne qu'avant la création du premier-né d'entre les hommes, Satan et les siens étaient déchus de cette céleste destinée, pour avoir trop présumé de leur puissance et de leur grandeur. C'est un malheur connu de tous les chrétiens, que cet ange rebelle et toute sa phalange sont tombés du haut de cette lumière inefîable qui leur fut donnée , et qu'ils sont plongés dans l'abîme sans fond de l'ignominie. Hélas ! h quoi leur a servi le privilège d'une nature céleste, semblable à celle des anges du ciel ! »

Mais un abîme appelle un autre abîme. (Ps. xli.) « Renversé des splendeurs de la gloire, et tombé, malgré sa nature immortelle, dans un chaos de désolation et d'horreur, Satan aperçut l'homme, le nouveau-né de la création terrestre; il le vit revêtu d'un corps de poussière, et cependant honoré d'une gloire ineffable, qu'il devait à la tendresse de son Créateur. La jalousie le transporte de rage ; il conçoit la pensée de lui tendre des embûches, par l'entremise du serpent, et de le dévouer ainsi pour toujours à la mort. Aussi sommes-nous avertis de Dieu qu'il est ici-bas notre seul ennemi, mais un ennemi que nous ne fléchirons jamais. Avec lui nous aurons toujours une guerre d'extermination, des combats inattendus, une haine éternelle. Car il est à jamais notre ennemi ; son action sur nous, c'est la guerre ; il est cruel, dit l'Écriture, et sa haine est connue de tous les hommes. Aussi les apôtres et les martyrs n'eurent-ils point d'autres bourreaux; les hommes ne furent que les instruments de ses implacables légions, »

3oS SAINT CHRYSOSTOME.

Mais s'il s'attache à notre mallieur, sa rage pourra toujours se perdre en efforts stériles : « Car il n'est ni force ni nécessité qui puissent nous assujettir à sa domination. Il n'exerce d'empire que celui que Dieu lui concède, quand il lui permet de faire usage de sa puissance ; » il est terrassé, « Jésus-Christ l'a vaincu par les mêmes moyens dont il s'était fait lui-môme des instruments de victoire. Il n'ose pas même s'avancer dans les réunions des chrétiens ; une force irrésistible l'arrête aux portes de nos as semblées; et si nous demeurons fidèles aux lois de la sagesse et des vertus, il n'aura pas même le pouvoir d'exciter dans nos sens les premières émotions de la colère. S'il arrive qu'il entraîne quelques âmes dans ses pièges, ce n'est point h sa puissance, mais à la faiblesse de ces âmes, qu'il doit la réalisation de ce malheureux succès. La prière l'eût trouvé sans résistance ; car le jeûne seul est pour tous les démons un objet de terreur. Veillons donc, et sachons qu'alors il ne saurait exercer aucun pouvoir sur notre âme. L'oracle même d'Apollon reste muet, et déclare que la présence des reliques des saints ne lui permet plus de lire dans l'avenir. Si donc vous rencontrez encore dans ce monde quelques affligés soumis à son empire, adorez le souverain Maître, qui, pour un plus grand bien lâche les rênes à sa fureur. « Car Dieu ne l'a laissé parmi nous, sur la terre, que pour nous exercer aux combats et nous faire conquérir le prix de la victoire. »

Homme, Ame. — Mais cette âme de l'homme, ce souffle divin, cette émanation de la sagesse éternelle, objet de toutes les attaques et de toute la haine de l'ange déchu, quelle est donc son essence et sa nature ? Et quelle est aussi l'origine et la destinée de l'homme qu'elle anime d'une force de vie, qu'elle éclaire dans ce monde et dont elle dirige les pas? « Quelques esprits mal inspirés, dit saint Chrysostome, ne se confiant qu'à la lumière douteuse de leur propre raison, osent enseigner que les âmes ne sont qu'une extension de la substance infinie de Dieu. D'autres, au con-

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