CHAPITRE XXIV. 3S
traire, les ravalent jusqu'au niveau de la nature infime de la brute. Quoi de plus indigne et de plus révoltant que les observations d'une aussi stupide absurdité? Sachez donc que, de même que l'auteur de la nature a voulu créer des puissances immatérielles, de même il a formé le corps de l'homme avec la poussière de la terre ; puis il a voulu lui donner une âme douée de raison, qui pût exercer son empire et sa volonté sur les membres matériels du corps.
« Ainsi donc le corps de l'homme, prenant sa forme sous la main du Créateur, était là devant lui comme un instrument, attendant l'impulsion d'une force motrice. Quand il fut ainsi formé, Dieu voulut lui donner un principe de vie qui fût une âme vivante, révélant sa puissance par le mouvement des membres du corps.
« Ici, recueillez-vous, pour contempler l'abîme qui sépare l'être privé de raison de la constitution admirable et de la vie rationnelle de l'homme. Quand le Créateur appelle du néant les habitants des mers, il profère ces paroles : « Que les eaux produisent des reptiles, animés d'une force « de vie. » VA l'Océan fait apparaître les êtres destinés à \ivre dans les eaux. Dieu s'adresse de même à la terre : « Que de la terre apparaissent des êtres animés ; » et la terre enfante, et répond à sa voix. Mais quand il s'agit de la création de l'homme. Dieu délibère : « T'ormons l'homme « à notre image. » Puis il prend de la poussière ; il en forme son corps; et de son soufïle, il fait passer en lui la respiration et la vie. Il lui donne donc une puissance \itale, et cette puissance ou source de vie, c'est la substanee de l'âme, substance immatérielle et créée pour l'immortalité. »
Femitie. — Mais Dieu ne voulut point donner au monde un souverain solitaire. « Écoutons, dit saint Chrysostome, les oracles divins : Il fit l'homme homme et femme; car il s'était aperçu qu'il n'était pas bon qu'Adam fut seul. (Gen. ii, 17.) Créons-lui, s'est-il dit à lui-même, une compagne semblable à lui. (Gen. ii, 17.) Puis il créa la femme de la propre substance de l'homme. »
— « Il plonge Adam dans un profond sommeil; il prend une de ses côtes, il forme la femme, puis il la conduit en présence d'Adam , qui s'écrie : Voici l'os de mes os et la rhair de ma chair.
((. Le premier homme et sa compagne étaient sans vêtements, d'une nudité complète, et se voyaient ainsi sans rougir. (Gen., ii, 25). Ils vivaient dans des corps matériels, mais sans en subir les lois; ils n'éprouvaient ni le besoin de s'abriter sous une toiture, ni la nécessité de se couvrir, ni l'assujettissement aux autres faiblesses de la nature.
« Bien qu'impliqué dans les entraves et les liens du corps, Adam vivait sur la terre de la vie des anges, sans être jamais soumis à la servitude de la matière. C'était un roi plein d'une admirable sagesse, et que Dieu daigna môme bonorer de la prescience des prophètes. Il était couronné d'une splendeur ineffable de gloire, et sa vie était à peine inférieure à celle des esprits du ciel. Il exerçait un pouvoir absolu sur tous les êtres créés, même sur les bêtes féroces, dont la vue seule aujourd'hui nous glace de terreur. « Car tel était l'ordre du Créateur: Qu'ils soient, avait-il dit, les maîtres absolus des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et des animaux et reptiles qui rampent sur la terre. » Paradis terrestre. — «Pour eux, le Créateur axail planté dans l'Eden, du côté de l'Orient, un jardin de délices. Au milieu de ce paradis terrestre, il avait planté V arbre de la niCy eiVarbre de la science du bien et dti mal. (Gen., ii, 9.) Puis il les avait introduits dans ce séjour du bonheur. L'arbre de la connaissance du bien et du mal fut ainsi désigné dans les saintes Écritures, parce qu'il devait être l'occasion et le témoin de la désobéissance ou de la fidélité du premier homme. Dieu leur dit donc: Je vous donne pour nourriture les fruits de toutes les plantes du paradis terrestre, mais quant à l'arbre de la connaissance du bien et du mal, gardez-vous de jamais toucher à ses fruits. Car le jour où vous aurez mangé de ce fruit, vous serez frappés d'une sentence de mort, vous mourrc:^. ^Merveilleuse bonté
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de Dieu, qui voulait conjurer pour eux- le malheur d'une transformation terrible, et les sauver d'une désobéissance qui devait mettre un terme à leur immortalité ! Car avant de cueillir et de manger le fruit de cet arbre, ils étaient immortels. Ils vivaient la vie des anges.
« Mais Satan, renversé des splendeurs de la gloire et plongé dans l'abîme du malheur, malgré sa nature angélique, vit avec une sorte de rage Adam, le nouveau-né , revêtu d'un corps terrestre, et cependant honoré d'une gloire ineffable, qu'il devait à la tendresse de son Créateur. Il en conçut une jalousie mortelle, et résolut d'appeler sur sa tête la malédiction et les horreurs de la mort. Il mit la main sur une bête horrible, et s'en fît un instrument pour tendre un piège à la femme, et la faire tomber d'abord dans ses filets. Il voulait pousser l'homme à la révolte contre Dieu, pour lui faire encourir ainsi, comme luimême, une sentence de réprobation et de mort. »
Chute. — Le serpent, son mandataire, ne fut que trop fidèle à son infernale mission. Il surprend la femme seule, et par quelques paroles il consomme sa ruine. « Elle l'écoute, puis cueille, sur sa parole, du fruit de l'arbre maudit, puis elle le mange. KUe le présente ensuite à son époux qu'elle séduit. Il mange comme elle ; alors leurs yeux se dessillent ; ils s'aperçoivent qu'ils sont nus. »
Mais Dieu leur créateur était présent à cette scène lamentable. Il appelle Adam, son fils, son dernier né. Mais il est couvert de honte. « Le serpent m'a trompée, dit la femme, la pauvre condamnée, et j'ai mangé du fruit défendu. Seigneur, répond Adam, la femme que vous m'avez donnée pour soutien m'a présenté de ce fruit et j'en ai mangé comme elle. » C'en est donc fait désormais , l'homme et la femme sont tombés ; il sont frappés de l'irrévocable arrêt de la malédiction divine. « La transgression est accomplie ; ils ont perdu leur immortalité. En faisant, parleur révolte, son entrée dans leur cœur, le péché, par cela même y dépose le germe indestructible de la mort,
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Ils se voient aussi plongés dans la nuit de l'ignorance , eux qui naguère étaient si beaux d'intelligence et de sagesse? »
« Ah! pourquoi donc l'homme a-t-il partagé la révolte de sa compagne? Pourquoi s'est-il laissé séduire à l'attrait d'une jouissance éphémère, jusqu'à se dépouiller de tant d'admirables faveurs, jusqu'à verser l'injure du mépris sur son divin bienRiiteur, qui l'avait tant aimé, qui l'avait honoré d'une si douce vie de jouissances et de délices ? Car le jour où sa fidélité s'évanouit dans sa désobéissance, il tomba pour toujours du trône de sa royauté !
a Tu seras maudit, dit le Créateur au serpent, parmi tous les êtres animés de la terre. J'établirai pour toujours entre la femme et toi la haine et la vengeance. Et toi, ditil à la femme, je remplirai tes yeux de larmes et ton âme de douleur. Tes enfants, tu les enfanteras dans les gémissements et les angoisses. » Puis il s'adresse à l'homme : (.< Pour toi, dit-il, la terre est une terre maudite ; elle sera rebelle à tes efforts; tu la mangeras, en la mouillant de tes sueurs, tous les jours de ta vie. Elle te donnera des ronces et des épines, et tu n'auras plus pour rassasier ta faim dévorante que le tribut amer de l'herbe des champs. » Puis encore à la femme : « Tu tourneras vers l'homme et tes yeux et ton cœur, et l'homme fera peser sur toi le joug de son empire. » Aussi « l'homme doit -il abandonner la maison de son père et de sa mère et s'attacher à son épouse ; et tous deux seront ainsi confondus dans l'unité d'un même corps. »
Après ces malédictions, « Dieu chasse Adam, le roi déchu, du paradis terrestre, et le place à côté du séjour des délices. » Et c'est lorsque Adam est ainsi frappé, lorsqu'il est tombé dans les liens de la mort, que commence, par lui , la génération et la propagation de l'espèce humaine. Il était donc trop tard; « Eve avait déjà, par sa désobéissance, imposé les liens d'un dur esclavage à toute sa postérité. »