CHAPITRE XXIV
Immortalité. — Mais l'homme a-t-il LouL perdu clans sa chute ? Le naut'ra<^e est-il complet, sans espérance, et son àme doit-elle aller s'ensevelir avec sa dépouille dans la nuit éternelle du tombeau? Non, non, dit saint Chrysostome; rétincelle immatérielle de la vie ne saurait s'éteindre, ni mourir; lorsque le corps descend prendre son sommeil dans la tombe, Tàme veille pour attendre le juj^ement de Dieu. Car, « quoi que Ton puisse dire d'erroné, parmi les philosophes et les écoles, sur la destinée future des corps, nous sommes tous amenés ù reconnaître qu'il existe, au-delà de la tombe, une juste rémunération pour les choses de ce monde. Ne voyez- vous donc point, sur la terre, l'homme vertueux parcourir au milieu d'un cortège innombrable de malheurs, le champ stérile de la vie, et mourir sans avoir reçu dans ce monde la rétribution de ses vertus? N'avez-vous pas contemplé l'homme de la dépravation et du crime, le ravisseur de la fortune de ses pères, l'oppresseur et le spoliateur des veuves et des orphelins, couler des jours embellis par la richesse et les délices, et s'éteindre doucement sans avoir connu même les premières atteintes de la douleur? »
« Où donc faudrait-il chercher le châtiment du crime et la récompense de la vertu, s'il ne nous était pas donné de franchir les limites du tombeau? Oui, si Dieu vraiment est Dieu, comme il l'est incontestablement, il a pour attribut essentiel la justice, et s'ilest juste, le crime et la vertu doivent être de sa part l'objet d'une infaillible rétribution. Mais cette rétribution n'existe point sur la terre, car le crime n'y reçoit point de châtiment, ni la vertu de récompense. Il reste donc à l'âme un temps, après la vie présente, oh. Dieu lui tiendra compte de ses mérites ou de ses iniquités. »
Libre arbitre. — Mais ses mérites, ses iniquités, sa ré' compense, ses châtiments, tout cela ne peut être que le produit d'une volonté libre, que la sanction d'une complète liberté. La réiribution d'une conscience qui choisit,
peut seule s'accorder avec les lois innées de la justice. Aussi cette âme, ce reflet de Dieu, qu'il a produite en dehors de sa substance, le principe de la vie, qui prend son essor sur le bord du tombeau, pour aller recevoir dans une aulrc demeure la récompense de ses œuvres, est une puissance indépendante, agissant dans toute la plénitude de sa liberté. L'âme est investie, même contre Dieu, d'un empire absolu sur ses volontés et ses pensées. Elle peut donner son assentiment aux conseils divins, mais elle peut aussi leur opposer une résistance efficace. « Il est évidemment dans notre nature, dit saint Chrysostome, de pouvoir obtempérer ou résister aux conseils de Dieu. Nous n'avons à subir, à cet égard, ni l'entraînement aveugle de la nécessité , ni la force victorieuse de la tyrannie. Nous sommes honorés de la liberté complète de nos volontés et de l'indépendance absolue de notre choix et de notre initiative. Etes-vous à cette heure un vil publicain? vous pouvez être demain l'apôtre de la doctrine évangélique ; avez-vous fourni misérablement une carrière d'impiétés et de blasphèmes? veuillez seulement, et vous pouvez vous faire un oracle du Sauveur. Vous vous êtes livrés aux brigandages? Eh bien, vous pouvez désormais par vos vertus servir la gloire immortehe du ciel. Si même, jusqu'à ce jour, vous vous êtes déshonoré parles monstruosités de la magie, votre volonté peut vous relever à la face de l'Eglise, et vous transformer en un fidèle adorateur du Rédempteur des hommes. » L'âme humaine est donc investie d'une entière et pleine liberté d'action et de volonté; s'il n'en était pas ainsi, comment lui serait-il réservé de subir un châtiment ou de recevoir une récompense ?
Non, nous ne sommes point fatalement enchauiés par le Créateur à certain ordre d'idées ou de sentiments , même en faveur du salut éternel de notre âme. Bien que ce soit la grâce divine toujours qui nous « appelle, cependant Dieu ne se lasse point d'attendre que notre libre volonté nous amène, et le premier mouvement de notre cœur