‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 164 sur 214 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

est le signal de refTusion de sa grâce et de sa munificence. Jésus -Christ pouvait entraîner Judas, le disciple criminel, mais il ne voulut jamais ni gagner son cœur par un invincilîle attrait, ni l'obliger par la force à rétrograder dans la voie du crime. »

L'homme opère donc le bien dans la plénitude de son indépendance; sa pensée ni ses œuvres ne sauraient être soumises à l'empire de la nécessité. La vocation céleste, même celle qui vient frapper et terrasser saint Paul sur le chemin de Damas, n'est point de nature à porter atteinte au libre choix de son âme. L'homme est libre enfin, et s'il devient bon ou mauvais, c'est qu'il veut librement prendre pour mobile de ses sentiments et de ses œuvres, ou l'attrait dégradant du vice, ou la beauté sans tache de la vertu.

Liberté de l'âme et du cœur, du sentiment et de la pensée, noble et céleste prérogative, admirable don du ciel, consacré par Jésus-Christ d'un caractère impérissable, dans la constitution de son Église! Que demande en effet Jésus-Christ dans la hiérarchie constitutive de son Église? La soumission de l'esprit et du cœur. Mais la soumission, c'est l'acte de l'indépendance; la violence traîne et comprime, la nécessité se meut aveuglément, la liberté seule obéit.

Grâce. — Jésus-Christ veut donc l'exercice de la liberté, l'obéissance et non l'esclavage, mais l'obéissance dans les limites du possible; et lorsque la volonté s'arrête aux bornes de l'intelligence et des facultés humaines, alors la grâce divine arrive pour élargir le champ de la liberté. Alors aussi le cœur de Jésus-Christ, la Jwnté divine s'inchne affectueusement sur la terre vers l'homme de bonne volonté.

L'influence du tentateur sur les âmes et la force réparatrice de la grâce de Jésus-Christ reviennent h chaque page dans les écrits du saint patriarche de Constantinople. « Si telle fut contre vous, dit-il f\ Théodore, la puissance du démon, qu'il lui suflit d'un assaut pour vous précipiter du

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iaîto glorieux des vertus, dans l'abîme du découragement et de la prévarication, bien plus Porte encore sera la miséricorde divine, pour vous réintégrer dans la Jouissance de votre liberté. Le tentateur ne cherche à plonger vos pensées dans Fhorreur du désespoir, que pour vous ravir toute espérance en la bonté de Dieu, de Dieu l'ancre infaillible et le soutien constant de notre vie, le guide qui nous a frayé notre chemin vers le ciel, le Sauveur, le salut des âmes abandonnées dans la perdition. »

Mais à ce pouvoir effrayant, à cette influence mortelle du tentateur des hommes, le saint évêque oppose toujours la puissance victorieuse de la grâce. « La grâce, toujours prête, dit"il, cherche les âmes qui s'entr'ouvrent à sa lumière, comme la fleur qui s'épanouit au soleil du printemps. Car telle est la condescendance de notre Dieu ; s'il aperçoit une âme vigilante, enflammée de désirs brûlants, il ouvre ses trésors^ et dans sa munificence, il la comble, au delà de ses espérances, de faveurs et de richesses dont elle n'aurait pas mêm.e osé concevoir le désir. » Aussi la grâce divine est-elle toujours prête sans acception de personnes, et cherche-t -elle toujours les âmes qui veulent recevoir son secours,

« Recevez donc avec bonheur, ajoute saint Chrysostome, les dons de l'esprit divin ; et comme une terre féconde, vous rendrez en fruits précieux le centuple des dons qui vous auront été faits ; carie Sauveur attend l'occasion opportune pour vous inonder de ses largesses. Gardez-vous donc de la stupide insouciance qui vous priverait des dons de sa libéralité. Hâtez-vous, empressez-vous de recueillir ses premiers bienfaits, afin qu'aidés et soutenus par le secours du ciel, vous puissiez arriver heureusement au but constant de vos désirs. Car il nous est impossible de faire aucun bien, ou de donner h nos œuvres aucun mérite, sans le secours spécial de la grâce de Dieu.

« C'est lui, c'est Dieu , dit encore le saint évêque, qui prêtait force, soutien et consolation au paralytique au mi-

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lieu des tentations cruelles dont il était affligé. C'est Dieu, Dieu seul, qui réprimait en lui les mouvements de la nature, qui le retenait dans l'espérance, qui lui tendait la main pour le soutenir et le garantir contre les chutes. Oui, faites les philosophes tant qu'il vous plaira; croyezvous, tant que vous voudrez, les plus forts et les plus sages des hommes, si le secours de la grâce divine vous fait défaut , je vous mets au défi d'opposer à la tentation même une légôre tentative de résistance... Mais pourquoi m'arrêter h citer pour exemples la faiblesse et la pusillanimité? Soyez, si vous le voulez, un saint Jean, un saint T^aul, un saint Pierre ; si vous êtes abandonnés par la grâce, vous serez infailliblement vaincus. « J'ai prié pour « toi, dit Jésus-Christ au chef de son Église, afin que ta u foi ne puisse jamais faillir. (Luc, xxii, 32.) C'est moi « qui mets un frein h la tentation , sachant qu'il est au- « dessus de tes forces de la supporter sans éprouver une « défaite. » Eh bien, si Pierre, qui n'a reçu ce nom de Jésus-Christ que parce qu'il est favorisé du privilège d'une foi qui ne peut ni se laisser ébranler, ni faillir, si Pierre n'est à l'abri des dangers de l'erreur que parce qu'il n'est pas permis au tentateur de porter atteinte à sa foi, quel autre que lui peut espérer pouvoir, sans le moindre secours, opposi-r h la tentalinn môme In moindre résistance? »

C'est donc la grâce divine qui détend, soutient et sauve l'humanité. Mais les victimes infortunées que le tentateur entraîne avec lui dans l'abîme ne sont-elles donc point, elles aussi, soutenues, aidées, arrêtées dans leur chute par le secours du ciel ? « Prêtez-moi , dit saint Chrysostome, une oreille attentive. Est-ce que vous vous êtes fait homme. Seigneur, est-ce que vous vous êtes fait chair, est-ce que vous avez établi l'étonnante économie de votre Eglise pour conserver seulement un coin de la terre ; pour ne sauver, par votre grâce, que quelques-unes des âmes qui vont périr? N'avez-vous pas appelé les mnges à votre

crèche ? N'avez-vous pas adressé votre appel aux pouvoirs des nations, même h l'empire des démons, à la tyrannie de Tenter? N'êtes-vous pas descendu du ciel pour en faire vos prophètes? Après votre sortie du tombeau, n'avezvous pas dit h vos apôtres : « Allez , enseignez toutes les « nations? (Math., xxviii, 19.) » Non, ajoute le saint docteur, vous n'êtes pas venu seulement pour sauver la nation des juifs ; tous les peuples du monde ont une large part dans la dispensation de vos bienfaits ; toutes les nations de la terre viennent s'abreuver de force, de consolation et de salut, à la coupe toujours pleine de vos grâces.»

Si donc la mission de Jésus-Christ embrasse le salut et le bonheur de tous les hommes, et que même, dans les tentations ordinaires, la grâce qu'il leur donne à tous soit, pour l'obtention de ce bonheur, d'une incontestable nécessité, c'est une démonstration irréfragable de cette vérité catholique , qu'il n'est point venu sauver des âmes auxquelles il aurait refusé le secours suffisant pour atteindre le but qu'il leur propose. C'est donc un point irrécusable de l'enseignement de saint Chrysostome que, par suite de la mission de Jésus-Christ, tous les hommes ont reçu de Dieu les grâces suffisantes pour leur salut et pour la jouissance éternelle de la vue de Dieu. Le ciel est donc ouvert aux hommes, et la grâce est la chaîne divine par laquelle le Sauveur y dirige les âmes de bonne volonté, pendant le long parcours du chemin de la vie.

Résurrection des morts. — Il appartenait à Jésus-Christ seul d'ouvrir les portes du ciel après la grande expiation du Calvaire , comme il avait ouvert par sa résurrection la porte du tombeau, qui semblait fermée pour jamais. Mais en faisant franchir aux âmes des justes le seuil de la gloire, a-t-il accompli toute sa mission réparatrice? Et quand il reçoit au ciel les âmes préparées et sanctifiées ici-bas par la fécondité de sa grâce, ne reste-t-il plus rien à compléter pour le bonheur de l'humanité? L'âme humaine doit-elle donc seule recueillir les fruits du labeur

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