‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 167 sur 214 · CHAPITRE XXIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIT

donc saint Chrysoslome et l'Eglise chrétienne de cette épouvantable éventualité de l'éternité des peines et des flammes vengeresses de l'enfer ? Ce qu'ils pensaient, on le pensera toujours. Les vérités des premiers âges du christianisme sont des vérités ; elles ne sauraient se transformer dans la succession des temps pour revêtir les caractères essentiels de l'erreur. Le saint docteur parle de l'enfer comme en parla Jésus-Christ lui-même, comme en parlait l'Église de son temps, et comme elle en parlera pendant toute la durée des siècles.

« Que prétendez- vous donc ? disait-il aux mécréants stupides de l'incrédulité contemparaine. Vous vous félicitez de ne point attendre la résurrection des morts, ni la sanction inévitable du jugement dernier? Mais les démons font à cet égard l'aveu de leur croyance, et vous, vous ne craignez point de professer votre incrédulité! Les esprits damnés vous disent qu'il existe un lieu de tortures; ils attendent avec effroi le jugement, la condamnation et le supplice, et vous, vous hésitez encore!

« Eh bien oui, même après les douleurs et les épreuves de ce monde. Dieu réserve aux méchants, dans les secrets de sa justice, un châtiment plus grand, plus terrible et sans fin, qui doit régner pendant toute la durée de l'éternité. Que nous disent, en effet, les saintes Écritures? Que l'enseignement de l'existence de l'enfer est l'enseignement de la vérité même, et qu'il existe pour les damnés des supplices incalculables de durée, d'amertume et de grandeur.

« Convertissez-vous donc, âme bien-aimée; efforcezvous d'accomplir la volonté de Dieu. Ce Dieu vous a tiré du néant et vous a fait don de la vie , pour vous donner une part dans ses biens et ses richesses divines, et pour vous associer à son royaume du ciel. 11 ne vous a point appelée à la lumière de ce monde pour vous plonger dans la géhenne et vous abandonner au feu de l'enfer; non , ce n'est pas pour vous, c'est pour Satan, l'ange déchu, qu'il

a creusé cet abîme. Jésus-Christ nous a retracé lui-mêmo ces deux destinées, en plaçant à sa droite les justes, qu'il se plaît h consoler par ces paroles : « Venez, les bénis de mon père ; » tandis qu'il refoule à sa gauche les damnés, en leur disant : « Retirez-vous de moi, maudits, dans les ((flammes éternelles préparées, non pour vous, âmes « saintes, mais pour Satan et pour les anges ses com- (( plices. »

Eternité des peines. — L'enter donc est la demeure do Satan, des anges déchus et des pécheurs. Mais quelle durée impose la justice divine à cette épouvantable destinée? Le Créateur a donné, dans sa sagesse, un frein à la tempête, il a posé des limites infranchissables aux flots do l'Océan ; quel frein a-t-il imposé, dans l'abîme, aux tourments vengeurs de sa justice? ou du moins quelles limites sa miséricorde a-t-elle daigné fixer à la durée de ce fou dévorant? Saint Chrysostome, écho de la parole de Jésus- Christ, n'hésite pas à répondre comme lui : Véternifé! a Si, (( lorsqu'il s'agit des tortures inexprimables de l'enfer, (( écrit-il à Théodore, cette expression terrible de feu vient (( frapper votre oreille, gardez-vous bien de vous imaginer (( que le feu matériel de la terre puisse vous en offrir (( même une imparfaite image. Tout ce que saisit le fou (( de la terre, il le dévore et l'anéantit; mais le feu del'en- (( fer, ce qu'il saisit, il le brûle éternellement, sans jamais (( ni l'abandonner ni l'anéantir; aussi les saintes Écritures « l'appellent-elles une fournaise inextinguible. Il faut, en « effet que les pécheurs eux-mêmes revêtent l'immortalité, « non comme un titre de gloire , mais comme un aliment « éternel de supplice.

« Oui, dans ces horreurs et ces tortures, vous ne voyez « que la mort, mais une mort immortelle; car à toutes ces (( vengeances la justic? éternelle n'a point imposé de fin. « Où sont donc les mécréants qui nient la résurrection « des morts? »

Telle est donc la foi de saint Chrvsostome sur l'éternité

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