‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 168 sur 214 · CHAPITRE XXIY. 37 fi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIY. 37 fi

des peines. L^Église chrétienne n'a jamais été ni plus explicite ni plus terrible dans l'exposition de cette vérité, l'une des plus fondamentales de la doctrine de Jésus- Christ.

Ces tortures sont effrayantes, et cependant elles ne forment point encore le plus grand supplice des réprouvés. « Il existe sans doute , ajoute le saint docteur, des esprits victimes d'une aberration absurde, qui ne s'attachent qu'à la pensée d'échapper aux tourments de l'enfer ; mais, pour moi, je vois dans les damnés un supplice bien autrement horrible : c'est la privation de la gloire infinie du ciel. Celui qui s'en voit lianni pour toujours, qui la perd à jamais, a beaucoup moins à souffrir des tourments de la gi'henne que de la perte de l'amour divin et du royaume glorieux de l'éternité. Oui , c'est là la plus cruelle et la plus intolérable de toutes les tortures de l'enfer. »

Purgatoire. — • Mais ce bras inflexible qui s'abaisse sur toute âme indigne de l'intimité de Dieu, cette flamme vengeresse destinée à brûler les iniquités de ce monde qui franchissent les limites de la tombe , doivent-ils donc régner indistinctement et toujours sur toute âme non purifiée de toutes ses taches? Et de môme qu'il existe des degrés dans la gloire et des demeures variées dans la maison du Père, de même ne doit-il pas exister des degrés dans les souillures? Les prévarications des hommes no doivent-elles pas être soumises à des épreuves, à des châtiments divers ?

De la rage implacable des démons à la beauté céleste des anges, la série des vertus et des vices passant par les fragilités de la nature et les mouvements entachés du cœur, doit occuper une grande place, dont les degrés extrêmes approchent également et du mérite d'où résulte au ciel la destinée des esprits célestes, et du péché d'où résulte en enfer le sort épouvantable des damnés. Entre ces deux limites, que peuvent devenir et les âmes qui touchent aux dernières vertus admises dans le séjour de

;n(j SAINT CHRYSOSTOME.

la gloire, et celles qui s'élèvent immédiatement au-dessus des derniers péchés soumis aux tourments de l'enfer?

Ah ! dans le cœur de Dieu la miséricorde a fléchi la justice ; elle a promis que l'enfer, dont la porte s'est fermée après cette vie devant une âme impure, pour elle ne s'ouvrira jamais ; mais que le ciel, en se fermant aussi devant celle qui n'a reçu que son pardon sur la terre ou qui porte encore des traces de faiblesse, ne s'est pas fermé pour toujours. Les ténèbres de son châtiment temporaire ne sont point celles d'une nuit éternelle et sans aurore, et les prières, les supplications, les aumônes, les larmes des vivants et le sacrifice non sanglant de Jésus-Christ sur nos autels , ont le pouvoir de rouvrir devant elle le séjour des bienheureux, pour la vie glorieuse de l'éternité. Ecoutons le saint docteur de Constantinople :

« Un juste est-il parti de ce monde, dites à Dieu son nom; ordonnez à la veuve de répandre ses prières, ses supplications et ses aumônes pour le soulagement de son époux; Dieu se laissera fléchir en sa faveur, bien que cette aumône tombe d'une autre main que de la sienne, car elle est donnée pour lui : tel est le dogme sacré de la miséricorde divine.

« Oui, sachez comprendre quelles consolations nous pouvons apporter aux morts par nos prières , nos aumônes et nos sacrifices, offerts à Dieu pour eux et pour nous, afin que nous puissions ensemble entrer un jour en possession des biens promis, par la grâce et la miséricorde du Fils unique de Dieu, dans l'union du Père et du Saint-Esprit, à qui soient éternellement gloire, puissance, honneur, maintenant et dans tous les siècles des siècles.

« Car ce n'est pas en vain que nous offrons pour les défunts le sacrifice non sanglant de nos autels ; ce n'est pas en vain que nous offrons pour eux nos supplications et nos aumônes, c'est l'esprit de Dieu lui-même qui nous prescrit pour nos frères défunts l'accomplissement de ce devoir pieux.

Page 1