CHAPITRE XXV
frères, et cette préférence pour lui seul? Ah! c'est qu'il est l'élu du collège des apôtres, l'organe et la voix des disciples et la tôte du cortège de Jésus-Christ. Trois fois le Sauveur provoque la manifestation de son amour : Pierre, m'aimez-vous? Et trois fois il lui confère les mômes privilèges, pour lui révéler toute l'importance et tout l'honneur qu'il attache à la haute direction de son Eglise.
Tout le troupeau de Jésus-Christ est soumis à la jurisdiction du chef qu'il prépose à son bercail. « Le Sauveur lui donne la sagesse, afin que son âme ne soit plus accessibles aux fragilités de la raison humaine, lorsqu'il aura dans ses mains les rênes de tout l'univers, car le monde entier doit obéir à sa puissance. Il est en effet le gouverneur du monde et le pêcheur de l'univers. Son autorité s'étend, par institution divine, sur toutes les églises de la terre, ainsi que sur toutes les choses du ciel. »
Mais saint Pierre est dans la tombe ; et l'Église comme son divin fondateur ne doit point connaître la corruption du tombeau ; son soleil est encore resplendissant de lumière et de feu sur l'horizon du monde; où donc est cette puissance qui gouverne encore l'Église immortelle de Jésus- Christ? Le rayonnement de l'autorité qui régit l'univers frappe encore tous les yeux; mais enfin où saint Pierre a-t-il porté le foyer de cette lumière, dont l'éclat vivifiant « a transformé le monde entier? » C'est au capitole, répond saint Chrysostome, que le chef des apôtres a placé le flambeau de l'Évangile ; c'est là qu'il a planté le drapeau de l'Église ; c'est là qu'il s'est assis, pour étendre ses regards et sa sollicitude jusqu'aux extrémités de la terre, et pour veiller, comme un pasteur, jusqu'à la consommation des siècles, sur le bercail de Jésus-Christ. « Oui, Pierre, le pêcheur, a pris pour siège immortel de son empire la ville de Rome, la cité la plus royale de l'univers. »
C'est aussi vers Rome que le saint patriarche porte ses regards quand il voit le ciel de son Église s'assombrir. A l'('po'iuc où Théophile, l'usurpateur, exerçait par ses créu-
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tures un pouvoir schismatiquc dans Tcglise patriarcale de Constantinople, saint Chrysoslome, l'enfant soumis, lève les yeux vers son père, le premier pasteur après Jcsus-Christ : il s'adresse au souverain Pontife. Il lui demande d'intervenir au nom de sa mission divine : « La nécessité de mettre un frein à la tempête et de réparer nos malheurs, me fait un devoir de vous envoyer Pansophius , Démétrius, Eugène et Pappus, évèques dignes de vénération, ainsi que les diacres bien -aimés Paul et Cyriaque, pour recourir à votre charité, vous exposer tous les faits, et réclamer un remède immédiat aux plaies de notre église.
« Il nous faut une réparation. J'ose donc conjurer votre charité de ne se donner aucun repos, qu'elle n'ait mis un terme à toutes nos calamités. Oui, je vous supplie, pieux et vénéré seigneur, de vouloir bien, d'après la connaissance qui vous sera donnée de tous les faits accomplis, vous hâter de chasser avec vigueur du sanctuaire les iniquités qui font irruption dans la maison de Dieu. Veuillez donc, vénéré Père, écrire et déclarer que tous les décrets portés contre nous, par un seul parti, sans nous entendre, lorsque nous réclamions un jugement canonique, ne sont ni ne sauraient être d'aucune valeur. Quand à nous, qui ne sommes répréhensible, ni convaincu d'aucun méfait, veuillez nous conserver la faveur de votre communion et de votre charité. »
Mais déclarer de nulle valeur les décrets du conciliabule de Théophile, dont les évêques s'étaient arrogé le droit de parler et d'agir au nom de toutes les éghses de l'Orient, n'était chose légitime et possible que de la part d'une autorité supérieure à celle du concile. D'ailleurs le saint persécuté ne présentait point une telle requête, pour se justifier seulement aux yeux de sa conscience, ni pour ajouter à sa défense l'appoint d'une autorité lointaine ; en réclamant de la chaire de saint Pierre l'annulation des décrets dont il l'tait frappé, le but unique qu'il se propo-