‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 173 sur 214 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

sait, c'était d'ol^lcnir que la justice de sa cause lut admise et respectée, par la cour de Constantinople, par ses persécuteurs et par l'Église universelle. Ce recours au vicaire de Jésus- Christ est donc une confession solennelle de la supériorité reconnue du successeur de saint Pierre, sur un concile s'arrogeant un pouvoir plus étendu que celui d'un concile national.

Cette annulation devait entraîner aussi la déposition d'Arsace, élevé par les schismatiques sur le siège patriarcal de Constantinople, le premier siège de l'Orient. Saint Chrysostome établit donc et professe, par le seul fait de cet appel, la jurisdiction universelle du Pontife de Rome, comme celle de saint Pierre dont il occupe le siège, sur les patriarches, les évoques et les églises dont se compose le bercail de Jésus-Christ. Cette profession de foi du patriarche martyr, est puissamment corroborée par le recours au môme Pontife, de la part de l'empereur Arcadius, de l'impératrice Eudoxie et du patriarche Théophile, qui t(''moignent n'avoir rien fait de légitime, tant que le successeur de Pierre n'aura pas sanctionné de son approbation les actes de leur assemblée et la déposition de leur victime.

Saint Chrysostome, dans une seconde lettre, compare le souverain Pontife Innocent I", au pilote expérimenté d'un vaisseau battu par la tempête. « Plus les flots amoncelés couvrent les rochers de leur écume, lui dit-il, plus les ouragans sont déchaînés, plus aussi votre sollicitude se déploie et s'agrandit. Toujours semblable au pilote habile et prudent, qui mesure l'étendue de sa vigilance à la grandeur de la tempête. »

Puis viennent les sentiments et la confiance filiale de l'enfant malheureux pour le père qui console : « Je vous envoie, ajoute-t-il, le prêtre Jean et le diacre Paul, nos vénérables et bien-aimés frères ; ils vous portent l'expression de notre éternelle gratitude, pour l'amour plus que paternel dont votre crrur nous a donné le témoignage.

388 SAINT CIIRYSOSTOME.

J'ose encore l'aire appel à voire vif^ilance de pasteur; puisque vous avez résolu d'apporter un remède à nos malheurs, ne vous laissez point- décourager par la fureur de la tourmente, à la vue de l'importance et de la grandeur du bien qui réclame votre intervention. C'est une lutte acharnée dont le fléau dévastateur embrasse toutes les églises du monde. Je vous conjure donc de proportionner votre sollicitude et votre zèle à l'étendue de ses ravages. Et si vous ne pouvez parvenir à réparer les calamités de cette guerre impie, vous aurez du moins, par votre approbation et votre charité, comblé de consolations les victimes de l'injustice.

(( C'esL pour nous un bonheur inefîable, que votre ferme confiance et votre inébranlable afTecLion. Oui, votre amour sincère est pour nous le plus doux des bienfaits. Il est notre rempart, notre sécurité, notre port à l'abri de l'orage et des flots. Notre trésor d'où découlent tous les biens, la joie de notre âme et la source de nos délices.

« Fort de l'appui de cet amour, que l'on nous transporte où l'on voudra, dans des solitudes plus sauvages que les lieux qui dahs ce moment nous abritent, j'emporterai partout et toujours dans mon cœur cette inaltérable consolation de toutes mes souffrances. »

Admirable fils ! heureux père ! unis par l'amour sacerdotal et chrétien, malgré des distances infranchissables , remplies par l'Océan et les déserts. Le cœur de Jésus- Christ et celui de saint Pierre ont tressailli sans doute au ciel, en contemplant, dans ce père et dans ce fils, ces représentants de leur union et leur image, en entendant, après quatre siècles, un écho puissant de ces paroles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Église, et les complots de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ; » et de ces autres encore : « Et toi , Pierre, lorsque tu seras relevé de ta chute, sois le soutien et la force de tes frères. »

Ces paroles ont irrévocablement fixé la destinée et la

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