‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 175 sur 214 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

rôles de l'envoyé de Dieu. Loin d'en rougir, il n'hésite point à faire immédiatement l'aveu de son ignorance. Et comment puis-je avoir l'intelligence de ces textes divins, s'il ne m'est pas donné d'entendre la voix d'un interprète qui vienne m'en révéler le sens mystérieux? Bien qu'il ne pût rien comprendre, il lisait cependant, et tout à coup Dieu récompense son zèle et lui donne un docteur ; ou plutôt ce ne fut point Philippe seul qui lui fut donné, mais celui qui l'inspirait, c'était l'Esprit de Dieu lui-même, qui parlait par sa bouche. » C'est ainsi que Dieu révèle ses pensées dans les livres sacrés , par l'entremise des pasteurs et des docteurs de son Eglise.

« Prêtons , dit encore saint Chrysostome aux fidèles d'Antioche, une oreille attentive. Il est des hommes dont la profession est de cuire et de fondre les métaux arrachés aux entrailles de la terre. Ils les jettent dans la fournaise, puis ils s'attachent ;\ recueillir avec soin, non-seulement les lingots , mais encore les plus petites parcelles d'or. C'est ainsi que nous, pasteurs de l'Eglise, nous nous empressons de recueillir et d'éprouver le métal précieux , l'or de l'enseignement apostolique, que nous jetons non dans la fournaise brûlante, mais dans le feu de votre âme. Nous le livrons à vos pensées : nous ne cherchons point h produire des flammes matérielles, mais nous nous efforçons de réveiller en vous le feu sacré de votre intelligence ; et, ce que nous vous disons, n'est point le produit de notre pensée , mais la communication miséricordieuse de la grâce du Saint-Esprit. »

Tel est donc l'enseignement de l'Église : c'est par la prédication que sont transmis les préceptes de la sainte Ecriture. Ainsi se réalise, dans l'accomplissement du ministère sacerdotal, le précepte de Jésus-Christ. « Allez, enseignez toutes les nations. » (Math., xxviii, !9.) Le pasteur recueille jusqu'aux plus petites parcelles d'or répandues dans les livres sacrés; il les éprouve et les livre toutes préparées et dégagées de la scorie matérielle de la

31)2 SAINT CIIRYSOSTOME.

lettre, à rame, au cœur, aux pensées du fidolc attentif. Ainsi le simple, l'ignorant, le travailleur, n'ont qu'à prêter l'oreille, et la foi leur vient par l'entendement, selon la parole apostolique, (Rom., x, il.)

Mais tous les hommes sont appelés h croire à la doctrine de Jésus-Christ. La prédication doit donc être incessante, universelle, et doit pénétrer dans toutes les contrées de l'univers. « Les fontaines, dit saint Chrysostome, bien que personne ne vienne s'y désaltérer , coulent toujours. Et quand même nul ne vient puiser à leurs eaux, les fleuves ne laissent jamais de suivre leurs cours h travers les vallées et les plaines. Telle doit être la persévérance de celui qui répand parmi les peuples le flot bienfaisant de la parole divine, bien que nul ne s'attache à l'audition de sa parole, il doit néanmoins accomplir sa mission apostolique et parler toujours.

a Telle est la loi qui nous est faite, à nous, dépositaires du mandat de Jésus-Christ et serviteurs du ministère sacré de la parole. C'est la loi du cœur aflectueux de Dieu , que jamais un temps d'arrêt ne puisse, même sous le poids de Tcpuisement, suspendre la marche de nos travaux et de notre zèle. Écoutés ou non, consolés par le succès, ou découragés par la nonchalance et le mépris, en aucun temps nous ne devons arrêter ou suspendre l'enseignement divin par un coupable silence. Si le prophète Jérémie a dû passer par d'intolérables tourments pour avoir voulu suspendre ses menaces, quels pourraient être nos motifs d'excuse à nous , enrayés par moins d'entraves et découragés par moins de douleurs, de faillir à nos obligations à la vue de la négligence des chrétiens, et de mettre un terme à la diffusion de l'enseignement évangélique, surtout lorsque la plus grande partie des fidèles vient nous offrir une persévérante attention?

« Parlez donc, ajoute le saint docteur, parlez, avertissez votre frère de son erreur. Mais il ne vous entend pas ! n'importe, vous n'en recevrez pas moins le salaire qui

Page 1