CHAPITRE XXV
comme dans un linceul de lames ccumantes? L^ancrc tombe ; il se relève , et désormais il garde sa place , suspendu sur Tablme, malgré la fureur de la tourmente et des vents. » Telle est l'âme , emportée dans le tourbillon des pensées et des opinions du monde. La foi brille , et tout à coup , échappant au naufrage, elle chemine en paix vers le port du salut.
Foi et œuvres. — C'est donc au jour de la foi qu'il faut marcher dans ce monde pour fuir les précipices de l'erreur, et se sauver de la tempête des passions humaines. Mais quelle foi nous est nécessaire dans ce voyage accidenté de la vie ? Nous suffît-il de croire à .Jésus-Christ et d'attendre nonchalamment que le salut nous arrive comme la manne du désert, tombant du ciel avec la ros(''e du matin? Est-ce donc assez, pour effacer les taches et réparer les chutes de la nature, de croire à l'efficacité du sang de Jésus-Christ? Non, non, dit saint Chrysostome, et la foi seule ne saurait suffire à l'accomplissement de cette grande et mystérieuse réparation.
« Lorsque nous prêtons l'oreille à la déclaration de l'Esprit-Saint, que la vie éternelle est la foi ferme au seul vrai Dieu créateur et rédempteur, gardons-nous Ijien de nous persuader que cette foi seule, suffise pour nous ouvrir les portes du ciel. Et que peut, à nos yeux, pour le salut des hommes , l'ardeur d'une foi sincère , lorsque nous entendons les regrets et les gémissements des damnés » qu'elle n'a pu sauver de la perdition éternelle ? « La foi , c'est l'œuvre du salut , sans doute ; mais, par elle-même, elle ne suffira jamais. Il nous faut avec elle un grand travail , pour parcourir avec succès le chemin qui conduit aux portes de la vie. »
Il nous faut, avec la foi , l'humiliation et le respect du cœur, qui se révèlent par les larmes ; il faut l'aveu sincère et spontané de nos faiblesses : « Après l'horrible répudiation de son maître, saint Pierre, au premier souvenir ■de son ingratitude, s'empresse de s'accuser lui-même, et
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de noyer son péché dans ses larmes : c'est ainsi qu'il s'est purifié de son crime. Mais Gain, le meurtrier d'Abel, ne put jamais, malgré son repentir, effacer la tache sanglante de son iniquité. C'est qu'il ne s'est point empressé de s'humilier par l'aveu complet de ses desseins criminels. Il n'a pas même redouté d'attendre les reproches du Seigneur; et, quand il s'est senti fléchir sous le poids des menaces divines, il s'est redressé contre Dieu par la dénégation et le mensonge. Après la perprétration de son crime, il l'a confessé; mais ce n'était plus la confession qui fléchit le cœur de Dieu. » Le sang d'Abel, alors, criait vengeance et couvrait sa voix.
Il faut donc au pécheur autre chose que la foi vive aux mérites de Jésus-Christ ; il lui faut les larmes puissantes qui font descendre le pardon du ciel. « De telles larmes , dit saint Chrysostome, ont le pouvoir d'arracher les coupables aux flammes brûlantes de l'enfer. » Il lui faut les peines et les douleurs qui le puriflent et lui rendent la beauté primitive de son âme. Il faut les œuvres, enfin. « Lazare, pauvre, mendiant, avait suivi quelquefois les entraînements de la nature. Il en a reçu tout le châtiment expiatoire, la misère, la faim, les afflictions les plus intolérables de la vie, et tous deux, le mauvais riche et lui sont entrés dans l'éternité, Lazare, sans péché, le mauvais riche, sans justice. »
Tels sont les merveilleux effets des œuvres de la pénitence, de la patience et de la résignation, dans les privations et les douleurs; elles enlèvent à l'âme du juste les traces de ses faiblesses , et tempèrent, même pour les damnés , l'horreur de leur éternel supplice. « Celui qui, sur là terre, dit le saint évêque, a subi , par un châtiment partiel , l'expiation d'une partie de ses infidélités, trouvera dans l'éternité les tortures moins horribles ; mais l'infortuné dont tous les châtiments sont réservés pour l'autre vie , sera livré , sans espoir de soulagement, à toute la rigueur de la justice, car lo mal, c'est la faute et non le châtiment.