CHAPITRE XXVI
pécheur une pénitence qui se renouvelle , mais il n'existe (|u"une seule ablution. »
Baptême du sang. — La régénération par l'eau n'est pas le seul baptême qui puisse ouvrir les portes du ciel. 11 en est un autre, efîrayant, terrible, que préconise saint Chrvsostome dans l'admirable panégyrique de saint Lucien d'Antioche : c'est le baptême du sang. « Hier, dit-il, le Seigneur fut baptisé dans l'eau du Jourdain ; aujourd'hui, Lucien, son serviteur, est baptisé dans son propre sang. Ne vous étonnez point de m'entendre attribuer à la mort pour Jésus-Christ toute la vertu du baptême; car, dans le martyre aussi , l'Esprit saint arrive avec la plénitude de ses dons. Les péchés s'évanouissent, l'âme se purifie et se revêt d'une incomparable beauté. Tout aussi bien que ceux qui sortent sans tache du flot sacre de la régénération baptismale, les martyrs en s'afîaissant dans la mort, sous l'instrument du supplice, voient les taches de leur âme s'efTacer sous le flot généreux de leur propre sang. Ce baptême héroïque, ajoute le saint évêque, est un chemin plus sur vers le ciel que ne peut l'être le l>aptême de l'eau. »
Confirmation. — L'ablution matérielle du corps, qui constitue la matière du premier sacrement de l'Eghsc, n'était point le seul symbole extérieur qui consacrât complètement à Dieu le catéchumène ; l'immersion était suivie d'un autre signe également productif de la grâce : c'était l'imposition des mains, par laquelle l'Esprit saint descendait dans le cœur du néophylo et prenait possession de son âme. Cette prise de possession était le complément et la conséquence de l'adoption par le baptême. Ce nouveau sacrement découle du cénacle , où l'Esprit de Dieu descendit, sous forme de langues de feu, sur la tête des apôtres. La vocation divine, les instructions de Jésus-Christ et les pouvoirs qu'il leur avait conférés avaient trouvé leur cœur sans vie, leur esprit sans initiative et leur courage sans ardeur. Mais arrive dans le cénacle cette impo-
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sition des mains vraiment siiynatm^elle ; car la flamme, c'était la main de Jésus-Christ qui descendait sur leur tête. Alors tout est changé; ces hommes illettrés et timides ont à peine senti l'attouchement du Jeu céleste, de cette main de Dieu, que l'Esprit saint les pénètre et les transporte. Ils se font entendre dans toutes les langues, et vont prêcher rÉvangile jusqu'au pied du trône des empereurs romains. La douceur craintive de l'agneau s'efTacc, et fait place au courage, à l'intrépidité du martyr. Les apôtres marchent désormais à la conquête du monde. Ils prennent corps à corps le culte des démons , les superstitions païennes, et ne craignent pas d'affronter la rage des bourreaux. Tel fut dans les apôtres et dans les martyrs, leurs successeurs, le fruit du sacrement et l'imposition des mains. Ministre de la confirmation. — Cette infusion particulière des dons de l'Esprit saint, dans le cénacle, n'était donc point une des grâces, une des vertus du baptême; ce bienfait découlait d'un autre sacrement administré pat- Dieu même aux apôtres , et par les apôtres à tous les autres fidèles. L'adulte recevait immédiatement le baptême et la confirmation, mais ceux cpii ne recevaient que le baptême avaient encore besoin de l'intervention des apôtres ou de leurs successeurs pour la réception du sacrement de l'imposition -des mains. « Pourquoi , dit saint Chrysostome, les nouveaux chrétiens baptisés par le diacre Philippe n'avaient-ils pas encore reçu la communication des dons du Saint-Esprit? C'est que, se répond -il à luimême, Philippe voulait laisser au ministère des apôtres l'administration de ce nouveau sacrement ; ou plutôt c'est que lui-même n'était point honoré du caractère qui peut le conférer. Il baptisait et ne donnait point l'Esprit saint , parce que ses pouvoirs ne s'étendaient pas jusqu'à l'administration d'un sacrement qui formait le privilège spécial des douze apôtres. Des prêtres et des fidèles avaient i-eçu de Dieu le pouvoir d'opérer des prodiges ; mais leur puissance surnalurello n'allait poini jusqu'à donner coin-
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munication des dons du Saint-Esprit. Aux apùti-es seuls appartenait donc la dispensation de ces grâces.
« Aussi , de nos jours encore , n'appartient-il qu'aux évêques, aux cliels de l'Eglise, d'administrer aux fidèles le sacrement de confirmation. »
La grâce de ce sacrement, connue celle du baptême, est une application surnaturelle des mérites de Jésus-Christ crucifié. « Le baptême , dit saint Chrysostome , tient sa vertu de la croix de Jésus-Christ; car le baptisé doit recevoir l'impression de ce signe sacré ; de même la grâce de l'imposition des mains découle de la vertu divine de la croix. »
Ainsi, la confirmation , administrée par les successeurs des apôtres, est, comme les autres sacrements, une des grandes sources de grâce qui découlent du Calvaire, et qui vont dans le monde entier féconder le champ de l'Église.
Eucharistie. — Jésus-Christ, manifestation sensible de la justice et de la miséricorde éternelles, a dû graver dans les éléments matériels, dont il a fait les instruments complémentaires de sa mission terrestre, un caractère évident, palpable, et de sa toute-puissance créatrice, et de son amour paternel. Il est le créateur de notre nature ; il est donc à la fois notre père et notre mère. Comme notre père, il nous donne la vie , il nous l'a donnée deux fois : une première fois dans le paradis terrestre , une seconde fois dans le baptême. Comme notre mère, il doit nous nourrir et nous fortifier de sa propre substance ; lui-même en a posé la loi ; la création tout entière nous en offre l'irrécusable témoignage.
C'est ici que saint Chrysostome s'élève bien au-dessus de l'éloquence humaine. Il va planer jusqu'au sein des mystères inaccessibles de la miséricorde éternelle de Jésus- Christ; Il déchire le voile céleste; il montre à nu cet amour infini dont les cmbrassements étreignent l'univers. I/eucharistie, ce banquet divin, remplit son âme d'un enthousiasme brûlant qui déborde de son cœur, et qui s'échappe de ses lèvres en un langage surhumain.
iOO SAINT CIlKYSUSiTU.Mi;.
Préseiue réelle. — « Vous êtes deveuus les lils Ue Dieu, s'écrie-t-il , en vous asiseyanl à cette table servie avec la chair et le sang de vutre Créateur. Lorsque vous êtes priés d'y prendre votre place, pénétrez-vous de la pensée qu'elle est devenue le trône du roi de l'univers ; car il est là présent et témoin impassible de tous les mouvements de votre àme. Si nous voulons, nous le possédons tout entier, car son corps est là gisant sous nos yeux.
Messe et cène. — « Il ne s'agit point ici d'une enveloppe ou \oile quelconque de ce corps sacré : c'est le corps, c'est la chair elle-même de Jésus-Christ qui vient non-seulement s'olîrir au contact des mains, mais encore se laisser emporter et se soumettre à la mandu cation humaine. Croyez donc que ce festin est celui de sa dernière heure, dans lequel il s'est donné lui-même ; car la cène et le banquet céleste, c'est tout un. Ce n'est point ici l'œuvre d'un homme : Jésus-Christ seul a fait la cène, et c'est encore lui qui la renouvelle en ce lieu. Ecoutons donc avec terreur et frémissement ; il nous donne ici sa chair sacrée en nourriture, et se place Jui-niême sur cette table pour victime du sacrifice ; car cette oblation et celle delà cène, c'est toujours la même , quelles que soient les mains qui ^■iennent l'offrir. Que ces mains soient celles de saint Paul ou de saint Pierre, c'est toujours l'oblation distribuée autrefois par le Sauveur à ses disciples, et maintenant aux autres hommes par le ministère de ses prêtres. Celle-ci n'est point inférieure ni moins divine. Car elle n'est pas l'oeuvre de la puissance de l'homme ; elle est, comme la première, l'œuvre de Jésus-Christ seul. De même que les paroles du prêtre sont celles du Sauveur dans la cène, de même l'oblation des saints mystères et celle de la cène ne sont qu'une seule oblation, celle de Jésus-Christ.
« Ce sacrement, objet d'épouvante et de terreur, et source inépuisable de salut pour les hommes, nous le produisons chaque fois que nous célébrons les saints mystères. Nous l'appelons Eucharistie, parce qu'il est la com-
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mcnioruisuii detj plus tiruncls bienfaits du cœur de Jésus- Christ. »
Suintes Cftpkes. — « Mais ce u"est que (!u pain que vos yeux contemplent ! Vos yeux ne sont frappés que de l'apimronce du vin ! Ah ! gardez-vous de^laisser votre foi s'égarer il Tillusion de cette image ! Loin de vous la pensée que lo corps de Jésus-Christ, soumis à la caducité du symbole, subit en vous toutes les transformations d'une nourriture ordinaire; loin de vous cette erreur! Mais de môme qu'à la chaleur du feu la cire se fond, se combine, ou s'évapore, de même le corps de Jésus-Christ dans les saints mystères se fond et s'absorbe dans la substance de votre corps. Ne vous imaginez donc point que c'est par les mains d'un homme que vous est présentée cette chair divine, mais ne [X'usez la recevoir que comme le charbon de feu déposé par les Chérubins siu- les lèvres d'Isaïe ; ouvrez, vous aussi, vos lèvres à ce sang du Sauveur, comme si vous le rece- ^ iez du côté de Jésus-Christ immolé sur la croix.
« Ne soyez donc point tout entier aux signes matériels, aux symboles qui frappent vos yeux, mais attachez votre âme et votre cœur aux paroles du Sauveur dans ce mystère. Vous ne cessez de nous dire : Je voudrais voir sa personne, contempler les traits de son visage, et toucher ses membres et ses vêtements. Mais ciuoi donc ! vous le voyez lui-même tout entier ; il se laisse toucher, et vous faites de lui votre nourriture î Ah ! vous aspirez à contempler ses vêtements ! Eh bien ! contemplez ; il se livre luimême à vous; il se donne à toucher, à manger, et daigne descendre s'enfermer dans votre corps. Gardez-vous donc de vous laisser égarer par le témoignage erroné des sens ; non, ce que aous voyez sur l'autel n'est plus du pain, n'est plus du vin ; c'est un corps, c'est du sang, croyez-en la parole du Seigneur, et soumettez votre intelligence à l'enseignement de la foi. »
Messe, sacrifice pascal. — L'immolation de Jésus-Christ sur la croix est le véritable sacriiice, dont Tinnuolation
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pascale de l'ancienne loi n'élait que l'impai'taite ima^T, et ce sacrifice est celui qui s'accomplit dans les saints mystères. « Jésus-Christ a fait la Pâque avec les Juifs, dit saint Chrysostome, mais ce n'est point pour nous astreindre à cette observance stérile; il s'est soumis h la loi des azymes , mais il était loin de sa pensée de nous imposer le même devoir. Pourquoi donc le Sauveur a-t-il voulu passer lui-même sous le joug de l'ancienne loi? Ah! c'est que le sacrifice pascal de Moïse était l'image de celui qu'il allait lui-même accomplir; il fallait ainsi rapprocher la vérité de la figure, le symbole de la réalité. L'agneau de l'ancienne loi, c'est l'ombre; il l'a signalé par la manducation de la Pâque, puis il le remplace sur la même table, par le véritable agneau de Dieu. »
Sficrifice perpétiifA. — Mais cette Pàque, cette manducation de l'agneau pascal, elle ne dépend point par une connexion nécessaire, de l'époque même de la mort de notre Sauveur; « bien souvent d'insurmontables obstacles viennent réduire à l'impuissance nos plus ardents désirs, et nous empêcher d'observer ce jour de deuil et d'espérance où Jésus-Christ fut mis en croix. Nous n'avons donc plus à nous soumettre à l'observance exclusive des temps. Pour nous, la Pàque a lieu toutes les fois que notre ûmo le désire. Car la Pâque, ce n'est pas le jeûne de quarante jours, c'est l'oblation, c'est la victime qui s'immole toutes les fois que nous célébrons les saints mystères. Écoutez, en effet, cette vérité proclamée par la bouche de saint Paul : Notre Pàque, c'est Jésus-Christ immolé pour nous. (1 Cor. V, 7.). Eh bien! cet incomparable bienfait de Dieu ne rencontre souvent, parmi vous, que des cœurs indifférents et glacés. C'est donc en vain que chaque jour la victime s'immole! C'est en vain que nous montons à l'autel; aucune âme ne vient participer au sacrifice. »
Ces reproches ne s'adressaient point aux catéchumènes. « Car, ajoute le saint évêque, le catéchumène, même celui qui s'est astreint chaque année à la mortification du Ca-
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rêmc, ne saurai t èlre admis à l'aire la Pàquc a\"ec les fidèles, parce qu'il ne doit point participer aux saints mystères, non plus que celui qui s'est abstenu de la préparalion du jeune. Mais celui qui vient apporter à l'autel une conscience sans reproches, il peut participer à Toblation pascale, aujourd'hui, demain, et toutes les fois qu'il veut prendre part à l'oblation du saint sacrifice. Tel est l'exemple offert, dans les livres saints, par le législateur inspiré du peuple de Dieu : si quelqu'un reconnaît son âme maculée par quelque tache impure, ou qu'il se trouve entraîné dans un long voyage, et qu'il ne puisse point ofi'rir et manger la Pàque dans les premiers jours ou dans le mois où se célèbre cette fête, il devra dans le mois suivant s'empresser de se livrer à l'accomplissement de ce devoir.»
Loin de nous donc le prétexte frivole, que l'àme, après cette fête, n'est plus animée par l'éclat de la solennité pascale, et qu'elle ne peut on tout temps être embrasée pour •Jésus-Christ du feu du même amour ! « Eli ! quoi donc ! est-ce que nous n'ofi'rons pas chaque jour le même sacrifice?» Et n'est-ce pas toujours la même victime, le même Sauveur? « Oui, chaque jour nous avons le bonheur d'offrir les saints mystères; mais nous n'olfrons point à cette heure une victime, et demain une autre victime. Non, c'est la même que nous immolons, car il n'existe qu'une seule hostie. Eh ! quoi ! parce que .Jésus-Christ est partout offert, est-ce qu'il existe plusieurs Jésus-Christ? Non sans doute, car il n'existe qu'un seul I>ieu fait homme, qu'un seul oint du Soigneur. Là toute sa personne est offerte , ici s'offre encore sa personne tout entière, car il n'a qu'un seul corps. Et de même qu'immolé dans plusieurs lieux il n'offre point plusieurs corps, mais un seul, de même il n'existe au sacrifice qu'une seule victime. »
La célébration des saints mystères est donc la vraie, la seule Pàque, le vrai, le seul sacrifice perpétuel de la nouvelle loi. « Car en réunissant dans une même cène les doux agneaux pascals, Diou no s'est proposé d'auti-o fin
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(jut' de niulti'c un tenue an suciilice tic lu loi clc Aiuïse, en élevant sur l'autol une autre victime, le coi-ps do Jésus- Ctu'ist. »
Ce sacriiicc nouveau n'est point l'œuvcc de rhumaniU'; « ce n'est pas une puissance humaine, dit saint Clirysuslomo, qui l'ait que l'uhlatiun se tcansturme et devient le corps et le sang de Jésus-Chcist ; c'est le Sauveur luimême, c'est Jésus- Christ crucifié pour nous. C'est vous. Seigneur, qui vous faites à la fois le sacrificateur et la victime. Ceci, dit-il, est mon corps; ces simples paroles transforment la substance de l'oblation. De même que cette parole créatrice : Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre, ne s'est fait entendre qu'une seule fois, et que cette seule fois a suffi pour investir la nature d'une puissance génératrice et d'une fécondité perpétuelle; de même cette autre parole : Ceci, c'est mon corps, proférée une seule fois, a suffi depuis la cène du Sauveur Jusqu'à ce jour et jusqu'à la consommation des siècles, pour former sur tous les autels chrétiens le corps de la céleste victime. »
Ce sacrement de la loi chrétienne est un vrai sacrifice ofiert pour les péchés des hommes et pour les metlre en paix avec Dieu comme avec leurs frères. « Si c'est pour cimenter la paix et l'union de ses frères, dit saint Chrysostome, que Jésus-Christ s'est immolé, c'est donc en vain , homme au cœur implacable, que tu participes à la manducation de cette oblation divine.
« Tu t'approches d'une victime sainte et terrible; tremble donc à la vue de ce sacrifice ; car là, sous tes yeux, Jésus-Christ est immolé. Mais pourquoi donc immolé, pour quelle fin? Ah! c'est pour établir et cimenter la paix entre la famille du ciel et celle de la terre. C'est pour que l'ange du ciel devienne ton frère. C'est pour te réconcilier avec le Dieu de tout l'univers, toi son adversaire et son ennemi, c'est pour le donner dans son cœur une place d'ami. »
CiLVPlTKE XXVI, ill
Ihun- du mini at.icii.fice. — « De niéine qu aux tipprocheb du soir, Jésus-Christ fut élevé sur lautel de la croix, de même sur le déclin du jour nous nous approchons avec terreur de l'aulei où j^it l'agneau divin égoi-gé pour le sacrifice. Tremblez et Irissonnez, envoyant la brebis immolée et s'ofîrant à la justice divine.
« Il est des âmes qui semblent rougir de i^asseï- subitement, après le repas du soir, de la table matérielle et profane à la table spirituelle de .Jésus-Christ. Et cette honte indigne les retient éloignés des saints mystères. Qu'ils sachent donc qu'une àme pure et sainte ne peut avoir à rougir en passant de la table profane à celle du Sauveur.» Cette table est servie pfU' Jésus-Christ lui-même; aussi les saints mystères constituent-ils le plus beau, le plus saint, le plus divin des sacrifices. Car le sacrificateur est un Dieu, la victime, un Dieu, le but de fimmolation, l'honneur de Dieu le Père, et l'homme s'y nourrit du corpus et du sang d'un Dieu. C'est la reproduction sublime des lois les plus touchantes de la nature.
Sufrificateur. — « C'est Jésus-Christ, dit saint Chrysostome, c'est Dieu qui se place lui-même sur l'autel en victime d'immolation. Ce n'est pas un homme qui fait de l'o])lation le corps et le sang du Sauveur; non, c'est luimême, c'est Jésus-Christ immolé sur la croix pour nous.» Mctime. — Le sacrificateur, dans la célébration des saints mystères, est donc la personne même de Jésus- Christ ; mais la victime aussi, c'est lui. « Ce ne sont point ici des chérubins que vous contemplez sur l'autel, c'est le Maître lui-même et le Seigneur des chérubins. Ce n'est point un métal, ce n'est point la manne ni la verge d'Aaroii, ni les tables de pierre, non, c'est le corps et le sang du Seigneur. Car cette table, cet autel est l'extension de la crèche de Bethléem, puisque c'est là que git immolé le corps de Jésus-Christ. Oui, celui qui va se donner à vous est le roi de l'univers. Grand Dieu! quand est préparée la table du Seigneur, et que vous voyez sur cet autel l'agneau
lii S.VLNT C11KYS0STU.\[E.
de Dieu, nioui-anl et s'immolant pour vous, autour de lui les séraphins, debout, s'inclinant et se voilant le visage de leurs ailes, les puissances célestes s'approchant , et prêtant au prêtre leur ministère divin, enfin quand vous voyez descendre le feu du ciel, et que le calice est rempli du sany- du côté trois t'ois saint de Jésus-Christ, ô homme, est-ce que votre conscience ne vous trouve pas impur et ne vous couvre pas de confusion !
« Recueillez-vous donc, je vous en conjure, et soyez attentifs : une table royale vous est préparée ; elle est servie par les anges, et sur cette table repose le roi du ciel. Et notre attitude accuse l'insouciance ! »
Ainsi Dieu se donne à la fois pour sacriticateur et victime ; c'est le sacrifice éternel; c'est le banquet de la famille, auquel tout l'univers est convié; mais c'est aussi la plus céleste manifestation de la loi d'amour dans laquelle le Créateur et Sauveur veut renfermer le genre humain tout entier.
Communion. — Quel plus bel amour, que celui de la mère, couvant son entant dans ses entrailles, et le nourrissant encore de sa substance, quand la loi de la nature l'a forcément séparé de son sein? Eh bien! le cœur de Jésus-Christ est encore plus amour que celui de la mère; car la mère ne saurait par une réciprocité sublime, rentrer tout entière dans les entrailles de son enfant, pour renouer l'intimité rompue à jamais. Jésus-Christ seul peut aimer assez pour opérer ce prodige : il vient à l'homme, cet entant émané de son amour; il rentre dans son âme, dans son cœur, dans ses entrailles, et se fait sa mère, en le recréant dans l'intimité de la régénération divine. Écoutons encore sur ces matières, saint Chrysostome la grande voix de l'ÉgUse d'Orient.
« Jésus-Christ nous élève à la participation d'un amour plus divin. Il ne suffit pas à son cœur de se laisser voir à l'homme qui l'appelle ; mais encore il se fait toucher, il se l'ait manger, il se l'ait broyer sous les dents et se mêle à