‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 184 sur 214 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

votre main gauche en forme de Irùne, sous voire main droite que vous disposez avec respect, comme une coupe dans laquelle vous allez recevoir votre Roi. Recevez avec terreur le corps de Jésus-Christ, et craignez de laisser échapper quelques parcelles plus précieuses que l'or, et de perdre ainsi l'un de vos membres devenu le membre du Seigneur. Recevez avec le même recueillement le sang de Jésus-Christ. N'étendez point les mains, mais répondez au Pontife : Amen. Et pendant que vos lèvres sont encore humides du sang divin, portez les mains à vos yeux, h votre front, à tous vos sens, que vous sanctifiez ainsi par l'attouchement d'un Dieu. »

Communion indigne. — Quel spectacle émouvant et délicieux que celui d'un enfant, d'un homme, d'un vieillard, se nourrissant, dans cette vie, de la substance même de Dieu ! Mais aussi quelle scène de scélératesse et d'horreui' c[ue celle que présente une âme criminelle, venant à la table sainte donner à Jésus -Christ, dans la communion, le baiser de l'enfer! « Oui, s'écrie avec un transport d'horreur le saint patriarche, il faut avoir le cœur animé d'une audace infernale pour venir, avec la bouche du roi des enfers, avec la langue homicide de Satan, participer indignement aux redoutables mystères et se nourrir de la chair du Seigneur.

« Les bourreaux du Calvaire ont transperc('' le corps trois fois saint de Jésus-Christ ; mais vous, vous vous rendez coupable d'une plus atroce cruauté lorsque , après tant de Ijienfaits, vous le recevez avec une âme souillée de crimes. C'est lui, lui-même, que vous couvrez d'opprobre ; car il ne s'est pas contenté de se faire homme, de recevoir des soufflets, d'être immolé comme une victime ; non, il lui faut encore se livrer à votre merci, se donner à vous, et se mêler il votre substance, non par la foi seulement, mais en réalité; dans cette union ineffable son corps devient notre propre corps,

« C'est déjà quelque chose de surprenant, d'inconce-

il s SAINT CIÎRYROSTOME.

\al)l(\ qu'il vous pormolle de le recevoii^ clans une âme |)iii'(\ pour votre bonheur éternel; mais si vous l'approchez avec une conscience impure, il ne vous est plus permis de rien attendre, sinon le châtiment et le supplice. X'est-il pas juste en efTet que celui qui n"a pas horreur de i-ecevoii' son corps a\'*c une âme criminelle, s'apprête à subir le même châtinient que les bourreaux qui se soni l'ait un jeu de le laci^^rer et de le ti'anspercer avec les clous de la croix?

« Ces âmes, en effet, cpai ne reculent pas en frémissani devant la participation indigne des saints mystères, elles sont immédiatement envahies par Satan, qui les possède d'une manière permanente, et se précipitent dans l'abîme des supplices éternels. Leur crime n'est point autre que celui des bourreaux qui mirent le Sauveur en croix; carie corps du Seigneur c'est son manteau royal ; or. déchirer ce manteau royal ou le souiller par des mains impures, n'est-ce pas adresser au monarque un même outrage el mériter un même châtiment? Eh! bien, tel est l'outrage que l'on ne craint pas d'infliger au corps de Jésus-Christ dans la communion sacrilège. Oui, ces hommes sanguinaires qui, sur le Golgotha, se jouaient avec les lambeaux de sa chair immolée , et ceux qui , dans les saints mystères, ont la cruauté de le recevoir avec un cœur impur, flétrissent du même mépris et couvrent des mêmes souillures le manteau royal du Sauveur, Les Juifs autrefois l'ont déchiré sur l'arbre ensanglanté de la croix, ici, l'homme sacrilège le déshonore en le couvrant des souillures de son cœur criminel. Quels châtiments peuvent donc égaler l'attentat d(> la communion indigne? »

Communion fréquente. — « Je vois parmi vous, ajoute saint Chrysostome , des âmes qui ne viennent recevoir la victime sainte qu'une seule fois dans l'année, d'autres deux fois; d'autres enfin aspirent au bonheur d'une communion fréquente. Eh ! quoi donc , quels sont ceux que nous devons nous faire une oblisration de recevoir? Sont-

CIIAPITRI', XWI. 410

cp roux qui no oommunioni qu'une f(jis ranniV, ceux qui s'fuionin^nl fi la rommunion lV(V[uonle, ou bion l(^s âmes sans vigueur qui s'ôloiomnit du Imnquet sacré? Nous ne ivcevrons ni les inis ni les autres : nous n'admettrons que ceux-là seuls qui viennent présenter à Jés\is-Christ une conscience sans souillure, un cœur pur, une vie sans tache. Ceux-ci, qu'ils s'approchent tous les jours; mais quant aux âmes chargées d'iniquités, qu'elles se gardent bien de se ])résenter, même une seule fois, à la table sainte. ^lais pourquoi donc pour elles cette rigueur? Ah! c'est qu'elles no peuvent se présenter qu(^ pour recevoir leur jugenient. leur condamnation, leur châtiment, leur supplice,

« Mais gardez-vous de voir dans ces paroles une intenlion téméraire de repousser de la table du Sauveur ceux qui ne viennent s'approcher qu'une fois chaque année ; non, non, j'ambitionnerais plutôt le bonheur de vous y voir approcher tous les jours.

« Oh! croyez-le bien', ce n'est point la tele de l'Epiphanie, ce n'est point celle de la Pentecôte, qui vous rendent dignes de vous unir à Jésus- Christ, non, c'est la pureté, c'est la sainteté de votre âme; avec cette âme, avec cette sainteté, communiez tous les jours, mais sans elle, jamais.

« Ecoutez sur celte matière renseignement de saint Paul : « Vous ^•enez communier avec une conscience in- « digne, voilà pourquoi tant d'Ames parmi vous tombent « dans la faiblesse et la stupiditi*, tant d'autres même « dans le sommeil de la mort (l. Cor. ii, '.]()). » Mais pourquoi donc, direz-vous, ces conséquences funestes, lorsque seulement une fois l'anni'e nous participons aux saints mystères? Ah! c'est que nous devons voir un grand crime à juger de la digniti' requise pour la communion plutôt à la longueur du temps qu'à l'intégrité de la conscience. Oui, de même que l'âme bienheureuse, qui ne découvre dans sa conscience aucune tache, doit s'approcher chaque jour de la \ri]i\c' sninle. de même relui qui voit son cnnur

Ijlongé clans la imil tlu péché mortel cl qui ne s'ernpressc ]5oinL de le purifier par la pénitence, doit craindre de le présenter, même ù l'époque de la solennité pascale. »

Ainsi saint Chrysostome appelle toute la rigueur de la Justice divine sur l'âme coupable cpi vient, dans la communion, infliger à Jésus-Christ la souillure et l'horreur d'un contact impur; mais en même temps il appelle toutes les richesses de la miséricorde divine sur le cœur du juste, de l'enfant de Dieu , qui vient s'unir et se coller avec amour au cœur de Jésus-Christ comme l'ûme de David à celle de Jonathas. Il convie les fidèles à ce banquet de l'alliance du ciel avec la terre, comme il les convierait à la participation anticipée des délices de l'éternité.

Le corps sacré de Jésus- Christ est donc le vrai pain de la famille du Père. Il est la vie du juste; ni l'infidèle, ni même le catéchumène pénitent, qui ne sont point de la famille, ne peuvent prétendre à la participation de ce banquet divin. « Le catéchumène, dit saint Chrysostome, même celui Cjui s'est astreint chaque année à la loi du jeûne du carême, ne peut être admis ù faire la pâque avec les fidèles, parce qu'il ne doit point participer aux saints mystères. »

Tel est donc l'enseignement de saint Chrysostome, de cette grande voix de l'Orient sur le plus saint et le plus redoutable sacrement de l'Église chrétienne. Dieu qui, dans la création, anime l'homme , par le don de son âme, d'une émanation de sa sagesse, complète son œuvre en Jésus-Christ, c|ui daigne s'immoler pour son enfant et qui le nourrit, comme une tendre mère, de la substance même de son corps et de son sang. Ce mystère étrange de l'amour divin, qui porte comme tous les autres attributs de Dieu le caractère de l'infini, s'accomplit dans l'Eglise avec le bonheur et la simplicité d'une fête de famille. Un simple prêtre parcourt les rangs des fidèles pour appeler les conviés à la table eucharistique ; un diacre, un nouvel enfant de la maison de Dieu, reçoit la mi=;sion de donner

Page 1