‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 185 sur 214 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

le signal du départ. « C'est le diacre de l'égiise, dit saint Chrysostorae, qui vous annonce la fin de l'assemblée par cette prière d'adieu qu'il vous adresse : « Allez en paix ! » C'est ainsi que s'accomplit parmi les hommes le plus étonnant prodige, par lequel .Jésus-Christ unit la terre au ciel, Thomme à Dieu, la vie temporaire de ce monde à celle de l'éternité. »

Pénitence. — Il est un autre sacrement, dont le nom à chaque instant s'échappe des lèvres du saint évêque, et dont il se plaît à recommander les salutaires rigueurs : c'est le sacrement dans lequel Jésus-Christ opère la justification de l'homme par l'application incessante des mérites de sa croix; c'est la pénitence. Le premier sentiment que le saint réclame pour cette justification, pour ce pardon du pécheur dans le sacrement de pénitence, c'est la fuite et l'horreur du vice. « Fuyez , s'écrie-t-il, fuyez la prévarication ; embrassez la vertu, sauvez votre cœur de la perversité de la nature. » Telle est la transformation du cœur nécessaire à ses yeux pour rompre avec la licence et la tyrannie des passions.

La pénitence chrétienne, c'est l'effet de la toute-puissance de la miséricorde divine prévenant, excitant et changeant le cœur de l'homme pour l'arracher à tous les \ices, à toutes les ténèbres, et le transformer en un enfant de lumière, en un ami sincère de Jésus-Christ. A cette efficacité victorieuse de la pénitence il n'est point de faiblesses qui puissent opposer d'opiniâtre résistance ni d'obstacles sérieux; il n'est point do crimes, d'atrocités, d'ingratitudes qui lui puissent échapper. Dans la pénitence, tous les péchés s'évanouissent sous l'application des mérites du sang de Jésus-Christ. « Gardez-vous donc, dit le grand évêque, de penser et de dire que ce bienfait de la justification parla vraie pénitence ne saurait être le partage des grands pécheurs. Donnez-moi le cœur le plus horrible de dégradation et de scélératesse, le plus avide de s'enivrer au torrent de tous les vices, un cœur qui se soit rempli

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d iniquités, qui déborde do toutes les horreurs devant lesquelles ne saurait Jamais s'ouvrir la porte du Ciel ; n'allez point le choisir entre mille dans les rangs des infidèles : non , que ce soit un cœur Jadis pieux . combl(', saturé des douceurs de l'amitié? divine, un ange de Dieu déchu, qui se plonoe avec fureur dans l'adultère, le viol, la pédérastie et toutes les inipudicités les plus ri'voltantes, un être dégradé qui s'abandonne sans mesure à l'ivresse, au larcin, à la calomnie, enfin à tous les crimes que peut inventer Satan, un démon enfin qui persévère avec rage dans cet enfer vivant Jusqu'au bord de la tombe, vers laquelle la vieillesse et les approches de la mort font pencher ses cheveux blancs ; si même, à cette heure suprême, ce cœur monstrueux ne conservait aucun espoir dans l'efficacité de la pénitence. Je ne saurais Jamais l'approuver. »

L'àme se délecte à rencontrer dans l'un des plus beaux génies de l'humanité cet hommage offert à la miséricorde infinie de Jésus-Christ. 11 n'est plus d'iniquité qui ne s'évanouisse à la lumière de sa g-râce ; l'empire de la mort est vraiment anéanti. Devant lui le désespoir n"a plus au monde de place même dans l'àme des plus grands pécheurs, puisqu'il n'existe point sous le ciel de forfait qui soit inaccessible à l'efficacité des mérites de sa croix.

« Écoutez, ajoute saint Chrysostome, la preuve irrécusable de cet enseignement divin. A Corinthe, un homme considérable s'était souillé d'un crime inconnu môme au sein des sociétés pa'iennes. Ce pécheur était un des fidèles, im des disciples du Sauveiu% quelques-uns même affirment qu'il était revêtu du caractère et de la dignité du sacerdoce. Que fit le grand apôtre? S'empressa- t-il d'effacer sans pitié cet homme de l'assemblée des saints, et de lui ravir ainsi toute espérance du salut éternel? Non, non, saint Paul était bien éloigné de cette rigueur, lui qui ne cessait d'adresser aux Corinthiens, sous mille formes diverses, les reproches les plus amers sur leur négligence à ra?"uenpr ]o repentir dans ce cœur criminpl. Pour con-

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vaiiicie uulic pusillanimilé qu'il n'est aucun ci-iiiie qui ne puisse ici-bas obtenir son [lardon, livrez, dit-il, à Satan la ehaii' du coupable, afin que son âme trouve le salut au grand jour de Notre-Scigneur Jésus-Christ. Telles furent ses menaces avant la pénitence; mais après il prit un tout au 1 10 langage. Il suffit, ajoute-t-il, pour lui de cette réprobation publique. Puis il engage les Corinthiens à bien ac- * cueillir sa pénitence, à lui prodiguer leurs consolations, de peur qu'il ne tombe pour ti tujuurs dans les pièges de Satan.

Confession. — Ainsi le criminel est devenu, par la pénitence, le bien-aimé du Père et l'enfant chéri de la Famille. Mais cette réhabilitation de l'àme pécheresse est soumise à la condition essentielle qu'au repentir du cœur, qu'à ce premier degré tle la pénitence vienne s'ajouter Thumiliation profonde qui se révèle dans les larmes, et qui, par un aveu sincère, dégage l'àme ulcérée du poids de son iniquité. Cet aveu, cette confession, est le i)aume consolateur de la vie et l'arme des forts. La Justice et la sainteté rentrent ainsi dans l'àme occuper la place d"où la cunfessiua a fait sortir le péché. « C'est ainsi que saint Pierre c jufesse son crime sans qu'aucune a<'Cusation vienne en solliciter l'aveu; c'est ainsi qu'il s'empresse de l'effacer dans l'amertume de ses larmes. Xuus avor.s, dit saint Chrysostome, un Dieu plein de sollicitude et de douceur, qui coniiaît toute la faiblesse de notre nature. S'il arri\e que, bercés dans une nonchalante apathie , notre àme soit surl>rise par l'attrait du péché, ce Dieu miséricordieux ne réclame, en retour de noti'e pardon, que la confiance du cœur, la sortie du vice, et le prompt recours au remède infaillible de la confession de nos faiblesses. »

Elle se fait au prêtre. — « Vous êtes tombé dans le péché, suivez l'exemple du initient qui réclame l'assistance du médecin ; découvrez sans déguisement au prêtre les blessures de votre àme. Le Seigneur a déclaré que tout et' qu'il croit devoir lier sur la terre est lié dans le ciel, et que tout ce qu'il dé-lic m ce mcnKlc est délié pour l'éter-

nité. Car, lorsqu'il va s'asseoir à son tribunal terrible, Jésus-Christ s'incline vers son serviteur , et quand ce juge porte ici-bas une sentence, Jésus-Christ au Ciel la ratifie ; et le prêtre ainsi nous arrache à ses mains quand nos iniquités nous ont livrés à sa justice. »

« Rentrez donc dans la maison de Dieu, prosternez- \"Ous et dites : J'ai péché, Caïn ne fut frappé par la malédiction divine que parce qu'il n'osa pas confesser son forfait, tandis qu'un aveu spontané l'eût effacé sans en laisser dans son âme aucune trace. N'avez - vous pas vu sur le Calvaire un criminel recevoir, par la confession , le pardon et la sainteté ? Vous voyez donc de quelle importance est la confession des péchés, l'aveu sacramentel des fragilités humaines : le pécheur" confesse sa faiblesse, et le paradis s'entrouvre à sa voix. Oui, si nous voulons que notre âme puisse s'aljreuver aux sources de la miséricorde divine, qu'une honte funeste n'arrête point sur nos lèvres l'aveu de nos iniquités, car elle est grande la vertu de la confession, et sa puissance est sans limites.

« Si donc votre raison se refuse à cette épreuve humiliante, faites-lui violence; persuadez-lui que si son orgueil ne s'abaisse à cet aveu sur la terre, il y sera forcé dans l'autre vie, avec la certitude d'y rencontrer et la confusion d'une publicité plus grande et la douleur d'un plus terrible châtiment. Ici-bas votre jugement est rendu sans témoin, et c'est vous-même qui vous constituez juge en votre propre cause; mais dans l'éternité, tous les péchés seront révélés au grand jour, et la sentence sera portée contre vous en présence de l'univers entier, s'ils n'ont pas été d'avance effacés par nous sur la terre. »

Examen de conscience. — « Examinez donc votre conscience et qu'elle vous rende un compte rigoureux de vos l)ensées, de vos paroles et de vos œuvres. Ne cessez jamais de rappeler à votre esprit le souvenir de tous les péchés de votre vie, car si vous les laissez dans l'oubli, vous m; |Mxii'rez point, au grand j^ui-, les di'i'olx'r à la nn'moirr

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de Dieu vuti-e juge. H saura les révélei- à tous les yeux, à moins que vous ne vous empressiez de les effacer par la pénitence et la confession. Sur le déclin du jour, demandez compte à votre àme de ses dispositions et condamnez sans pitié ses pensées criminelles. Placez-la comme sur un instrument de supplice, pour la soumettre à la torture et la forcer de répudier toutes ses iniquités. Car il ne saurait suffire de se présenter et de dire, au tribunal sacré : Je suis pécheur. Il faut encore, pour obtenir le pardon, manifester le caractère spécial et distinctif de toutes ses faiblesses. »

Cette confession que réclame le saint évêque, n'est point une formalité stérile, une pratique inutile et sans efficacité ; non, elle est la condition essentielle de la justification du pécheur dans le sacrement de pénitence, a Lorsque dans la vie présente, dit saint Chrysostome, nous aurons pu nous purifier de nos péchés par la confession, et recevoir le pardon de .Jésus-Christ, nous irons alors présenter à Dieu notre cœur plein de confiance et sans tache. C'est un horrible et honteux esclavage que l'assujettissement au péché ; s'il nous arrive d'y succomber, nous devons nous empresser de recourir au remède infaillible de la confession et de la résipiscence. »

C'est à l'époque des jeûnes, et dans les jours de pénitence, que tous les fidèles étaient invités à se soumettre au précepte de la confession sacramentelle. « A cette heure, ajoute le saint, où l'aliment précieux du jeûne vient animer notre ferveur, hâtons-nous, mes frères bienaimés, allons tous confesser nos infidélités. »

Confession ouvkulaire. — La confession réclamée par saint Chrysostome, n'est point une révélation pubhquc de péchés solitaires, accomplis dans l'ombre. Cette publi • cité, nécessaire puui- les grands coupables dont elle présentait à l'Eglise et le repentir et la réparation, pouvait ([uelquefois , dans les cas ordinaires, devenir pour les âmes faibles une occasion de scandale, et leur enseigner

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d 'S iiiiquilés jusqualors iucunnucs et cluiiL elles iic suup- (:onnaient peut-être pas même la possibilité. Au temjjs tle saint Clirysostûme la confession ordinaire s'accomplissait dans le mystère de l'intimité do deux cœurs amis, l'un accusateur et coupable, et l'autre organe de la misécicorde de Dieu. «Le pécheur, dit-il, fiorte en lui-même sou bourreau qui lui déchire les entrailles. Il est à la t'ois luimême son juge et son accusateur. Cependant, si le criminel veut accepter le secours que lui prête sa conscience, il s'empressera d'aller faire la confession de ses fautes. Il ira découvrir sa plaie toute saignante à son médecin, à son confesseur, non pour qu'il lui fasse monter la rougeur au front, mais pour qu'il le guérisse. 11 lui parlera seul, sans témoin ; il lui découvrira tous les replis ulcérés de son cœur ; il recevra de lui le remède efficace, et verra s'effacer les taches de son âme ; car la confession, c'est l'abolition du péché. »

Confesseur. — « Dieu permettait quelquefois les chutes de ses ministres; il les abandonnait momentanément à leurs fragilités. Il les laissait dépouillés des secours victorieux de sa grâce, afin que leur âme une fois rétablie dans sa première sainteté, pût s'ouvrir tout entière à l'indulgence , lorsque se voyant assis au tribunal sacré de la pénitence, ils auraient à prononcer sur les pécheurs des sentences de pardon. La vue continuelle de leurs propres infidélités ne devait en effet leur inspirer qu'un sentiment de miséricorde en faveur des âmes pécheresses. »

Saint Chrysostome demande que le confesseur soit en paix avec tous les hommes, et n'apparaisse au milieu des sociétés qu'avec l'autorité bienfaisante d'un ange de paix. « Le simple mortel, dit-il, qui s'est vu confier la puissance d'effacer les péchés contre Dieu même, pourrait^il être impuissant pour anéantir jusqu'au dernières traces des injures commises contre des hommes ? » Il exige que le pécheur vienne lui faire l'aveu sincèi-e de tous ses péchés. « Ne venez point ici seulement, dit-il, accuser vos forni-

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(■aliuUïj cl vus autres iniquilt'-s cuminisL-s ù la lucc du soleil ; mais révélez aussi vus pensées léiiiéraires, vui> i-uses iiiéchanlos, vus détractiuns elandeslines, vos mouvements d'orgueil, vos sentiments de haine et d'envie, et toutes vos plus secrètes prévarications. »

Il interdit au pi'èlre la célébration du saint sacrifice, avant qu'il ait puritié les souillures rie son àme par la pénitence et la contession. « Le sanctuaire même du temple ne lui peut être ouvert qu'à celte condition d'un aveu saciamentel de ses péchés. »

Tel est donc l'ordre essentiel des conditions imposées aux chrétiens, pour participer à l'application des mérites de Jésus-Christ et recevoir l'incomparable bienfait de la justification par la rémission des péchés : examen sérieux de la conscience, conléssion faite au prêtre de toutes les faiblesses du cœur, de toutes les erreurs de Tàme et de de toutes ses infidélités ; pénitence enfin , satisfaction offerte à Dieu le père, en union et participation de la pénitence, do l'expiation et des mérites de la passion et de la mort de Jésus-Christ. Ce sacrement est éminemment celui de la miséricorde et de l'amour. Il est le baume consolateur qui guérit toutes les blessures, il est la main qui relève le pécheur de sa chute, il est la planche qui le sauve du naufrage.

Ordre. — Saint Chrysostome, le ministre modèle de ce sacrement de "réconciliation, le prêtre accompli selon la pensée et le cœur de Dieu , ne pouvait consacrer sa vie au ministère glorieux de la cari'ière apostolique, sanB d(''poser au pied de l'autel du sacerdoce un hommage immortel de son génie et de son amour. Aussi, qu'il est t>cau, qu'il est grand cet homme, quand il s'enfuit effraxé de la majesté du caractère sacerdotal 1 11 prend la fuite pour se dérober à l'inmiense honneur d'une dignité qui transforme un homme en ange de lumière, et qui l'élève autant « audessus des autres hommes que la natui'e raisonnable ellemême est élevée au-dessus des êtres privés de raison. »

i-2S SAINT (TlKYSdSTD.MK.

Oiflination. — Le respect inliiii que l'un piirtail au eai-actère deNotre-SeigneurJt'Sus-Christ communiqué dans le sacrement, de l'ordination, éloi.unait du sacei-floce les âmes les plus dignes d'être honorées de celte dignité, li'évêque était souvent obligé de faire violence aux scrupules des élus du sanctuaire; saint Chrysostome tremblait qu'on ne lui fît cette violence « et que, malgré ses craintes, on ne le mit dans la nécessité de recevoir l'imposition des mains. »

L'ordination n'était point abandonnée à la disposition arbitraire des pasteurs; il existait un rite de tradition apostolique et divine. Un évêque consécrateur étaitnommé, pour communiquer aux élus, par l'imposition des mains, et le caractère et les pouvoirs du sacerdoce. C'est le même sacrement que celui qui fut conféré par Notre-Seigneur Jésus-Christ à ses apôtres, et la même puissance que celle qui fut communiquée par sa parole aux disciples qu'il consacrait les chefs de son troupeau.

Dignité. — Saint Chrysostome proclame « Tincompatibilité de cette dignité sacrée avec la faiblesse de la femme, aussi bien qu'avec la pusillanimité de la grande majorité des hommes.

« Le sacerdoce, dont les fonctions s'accomplissent sur la terre, dit-il , avec une magnificence de langage que nous ne saurions exprimer, appartient néanmoins à l'ordre des choses célestes. Ce n'est point un homme, ce n'est point un ange, un archange, un être privilégié de la création divine qui s'est arrogé le pouvoir de créer cette dignité redoutable ; c'est l'Esprit saint lui-même. C'est lui que nous avons vu former le ministère des anges, et le confier à des âmes qui n'ont pour demeure et pour vêtement qu'un corps de chair. »

Pnissuiice. — Ah ! lorsqu'il vous est donné de contempler Jésus-Christ immolé, gisant étendu sur l'autel, et le prêtre en prière, penché sur la victime du sacrifice, puis tous les fidèles s'appr c'uint, pour s'abreuver et se rougir

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