CHAPITRE XXVI. i9M
de ce précieux sang, vous figurez-vous èlrc encore avec les hommes sur la terre, n'êtes-vous pas plutôt transportés dans la gloire céleste? Voyant de votre âme nue et de votre esprit pur de pensées terrestres les merveilles qui peuplent les cieux. O prodige, ô bonté divine! Par le sacerdoce, celui qui dans l'immensité règne assis à la droite du Père, descend à cette heure dans les mains de de tous ses amis, se laisse embrasser et recevoir par tous ceux qui viennent en manifester le désir « ou seulement en accepter le prodige. » Voilà ce qui s'accomplit aux yeux de la foi. « Voilà le pouvoir étonnant du sacerdoce; devant ce pouvoir, Satan lui-même s'incline en frémissant.»
« La puissance que le prêtre a reçue de la miséricorde divine , l'emporte autant sur celle des souverains du monde, que le ciel l'emporte sur la terre, et que les âmes l'emportent sur les corps. Cet homme, en effet, né pour habiter la terre, triste séjour de ses souffrances et de ses travaux, est préposé par Dieu môme à la dispensation des faveurs du ciel. Les pouvoirs dont il est investi, ne sont devenus l'apanage ni des anges ni des archanges. Car ce n'est point pour les esprits bienheureux qu'ont été dites ces paroles : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera « délié dans le ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre « sera lié dans le ciel. » Ce lien saisit l'âme dans ce monde et va se fixer par delà les cieux. Oui, tout ce que le prêtre opère dans l'humble sphère de l'humanité, Dieu s'empresse de le sanctionner dans les régions inaccessibles qu'il habite. Et le Seigneur daigne ainsi ratifier les sentences de ses serviteurs. Et quel autre privilège leur a-t-il accordé, si ce n'est de les investir de tous les pouvoirs du ciel? Car il ajoute : tous les péchés que vous remettrez en ce monde sont pardonnes et tous ceux que vous retiendrez sont i-etenus. Quel empire effrayant ! Mon père m'a donné tout pouvoir de juger, dit .Jésus-Christ, et je crois que le Fils (le Dieu transmet à ses apôtres la plénitude de ces pou-
.i3<) SAINT (llKYSOSTOME.
voii'S. Su[)pust;i: ces hûinines li-anspurtés de lu leii'e au ciel au-dessus do la sphère ou s'agite l'espèce humaine, e( peut-être vous sera-t-il possible alors de vous représeuteiet d'apprécier la grandeur de leur empire.
a Loin de nous donc la présomption insensée d'accueillir avec dédain cette puissance prodigieuse, sans laquelle il ne saurait exister pour nous ni salut éternel, ni possession des délices du ciel ! Car si nul ne peut entrer dans le royaume des cieux sans la régénération par l'esprit et l'eau, si nul ne peut entrer en la jouissance de la vie éternelle, sans s'alimenter ici-bas de la chair et du sang du Seigneur, toutes ces choses ne s'opèrent que par les mains sacrées des membres du sacerdoce. Et qui donc sur cette terre peut, sans leiu^ secours, échapper aux flammes vengercssas de l'enfer, ou recueillir les couronnes préparées pour l'éternité? »
Juge des controverses. — Jamais, depuis la parole inspirée de saint Paul, la majesté du caractère sacerdotal n'avait été représentée avec plus de grandeur que par la parole prodigieuse de saint Chrysostome. Il lait du prêtre un être céleste, un reflet animé de la sagesse divine. Il l'appelle le sel de la terre; il déclare qu'il est chargé des intérêts de l'univers entier. Il veut qu'il soit enrichi des trésors de la science, armé du glaive d'une parole puissante et couvert du bouclier do la foi, non-seulement pour se « protéger contre les traits de l'hérésie, mais encore pour triompher de ses efTorts. »
Il l'établit comme un général d'armée, toujours debout pour défendre la cité de Dieu contre les assauts des ennemis de l'Eglise, qui répudient ses dogmes les plus essentiels pour se cï"éer une doctrine de leur choix.
Rien n'égale l'énergie de son zèle et de son indignation quand il s'adresse à ces hommes qui, dans une aberration stupide, veulent chercher la doctrine de Jésus- Christ dans leur raison partii-ullère, tandis qu'elle est tout entièiv dans les faits. Que s"agil-il , (-n effet, de savoii-, (mi
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nialih^e de dochnne chrtHienno ? Rien autre chose, sinon les \(''rilés (Hornelles que Jésus-Christ a daigné révéler h l'hunianité! Mais cette révélation est un fait, accompli dans le lenips, qui relève de Thistoirc, qui ressort du témoignage et de l'enseignement de la primitive Église , seule compétente pour nous fixer sur le sens des paroles divines, dont Jésus- Christ l'a faite et laissée dépositaire. Le Sauveur ne nous a point laissé d'autre guide pour nous faire arriver aux vérités de la foi chrétienne. Aussi, répudier cet enseignement et ces témoignages, pour s'élancer dans les i-égions inexplorées de la pensée humaine , et se former une doctrine de son choix, c'est répudier la doctrine confiée au sacrdoce de Jésus-Christ; c'est faire abdication de son caractère de chrétien et d'enfant de l'Église. Car Jésus-Christ ne nous a point dit : Ecrivez ma parole; puis lisez, examinez, jugez, choisissez, faites lire, examiner et choisir; non, mais il a dit : « Allez donc, enseignez toutes les nations. Car, voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. Celui qui vous écoute, m'écoute; et celui qui vous méprise, me méprise. » Le malheur de ne point écouter le sacerdoce, organe de l'Église , a toujours été particulièrement celui des sectateurs de l'hérésie. L'hérésie, c'est le choix en matière de doctrine. Saint Chrysostome la flétrit de sa jiarole puissante ; il l'appelle l'ennemie du sacerdoce et de la ci!(' de Jésus-Christ, l'aberration de la folie, le choix de Satan et la mère du blasphème.
Le propre de l'hérésie , enfant adultérin de la pensée humaine , est de se travestir dans une variété sans limites de formes et de couleurs, et de s'harmoniser avec toutes les modifications qui résultent de la versatilité de cette pensée. Elle se pare successivement des tristes livrées de toutes les écoles, se produit sous tous les drapeaux, et s'appelle de tous les noms. Qu'elle arrive sous les auspices de Simon, d'Arius, de Montan, de Valentin, de Pelage ou deManès, snus tous ces traits divers, elloost
toujours elle-même, le choix incertain de l'esprit, errant à l'aventure dans le vague ténébreux de ses pensées.
Le seul titre des homélies de saint Chrysostome contre les anoméens et les ariens; ses réfutations des erreurs de Manès, deMarcion, de Pelage et d'Eunomius, témoignent assez de son horreur pour l'hérésie, et de son zèle miséricordieux pour les victimes de l'erreur. Pour ramener au bercail ces âmes dévoyées, il invoque, non le secours du libre examen, qui les égare, mais uniquement celui de la prédication, de l'enseignement par la parole du prêtre. Tel est le vaste champ qu'il ouvre au sacerdoce. Telle est aussi la carrière que Jésus-Christ, avant de monter au ciel, daigna lui-même ouvrir aux apôtres qui doivent l'arroser de leurs sueurs, tous les jours, jusqu'à la consommation des temps.
Quelle guerre ! et quelle bataille que celle du genre humain avec ses passions et ses vices, aux prises avec douze pêcheurs , ayant en face l'univers rebelle , mais appuyés sur le pied de la croix! Dieu, d'un côté, de l'autre, les hommes; telle est , dans ce monde, la situation terrible de l'armée de Jésus- Christ.
Hiérarchie. — Autour du berceau de l'Eglise, qu'elle «était chargée de défendre, cette armée ne comptait alors qu'un seul chef, le Sauveur, et douze combattants, les douze apôtres. On n'y voyait point encore d'évêques, de diacres et de prêtres : on n'en soupçonnait pas même en- 'core le nom. Mais cette armée s'ébranle à la voix de Jésus-Christ. Elle se ci'ée un ordre de docteurs, un autre de disciples, enfin une école de simples fidèles. Le docteur iest l'évêque , le successeur et l'envoyé de l'apôtre. Le prêtre est honoré du même caractère que l'évêque, mais ■dans un degré bien inférieur. Le diacre participe également à leur ordination ; mais il leur cède de beaucoup en toutes choses.
Fonctions. — L'évêque est l'ange , le gardien et le gouverneur de l'Église, Il est Timage de la perfection de