‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 189 sur 214 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

lions, leurs répugnances et l'étalage de leurs beaux sentiments. « Faut-il donc, désormais, lui disent-ils, que l'humanité périsse , et prétendez-vous avancer, sur la terre, les funérailles du genre humain? Avec votre virginité, que va devenir la famille humaine, abattue et dévorée par la mort, sans pouvoir jamais réparer ses pertes ? »

Avantages de la virginité — « Si ces protestations , répond saint Chrysostome, ne paraissaient tomber que des lèvres des infidèles , ou des ennemis du nom chrétien , je n'y croirais devoir opposer que quelques paroles, et je me déterminerais à peine à rompre le silence. Mais , puisque dans ce concert de réprobation, nous avons la douleur d'entendre des voix qui ne sont pas étrangères à l'Église, et des cœurs fidèles dont la pusillanimité s'effraie à la vue des travaux et des succès de la virginité; puisque nous avons pour adversaires des hommes sans courage, qui se glorifient d'appartenir à nos rangs, et qui, dans la manifestation de leur répugnance pour cette vertu, s'efforcent de dissimuler leur faiblesse sous le voile transparent et menteur de la saine raison, élevons donc la voix, et cherchons à faire comprendre ces deux vérités importantes : que la virginité n'est point une futile aberration, une institution stérile; mais qu'elle est pour les âmes d'une utilité majeure et d'une impérieuse nécessité ; qu'elle laissera peser sur ses détracteurs toute la peine de l'accusation qu'ils ne craignent pas de porter contre elle ; car leur éloignement de cette vertu sera pour eux une source non moins inépuisable de dangers, que la jouissance de ses avantages ne sera pour toujours un motif infaillible de récompense, un foyer puissant de consolation et de bonheur pour tous ceux qui lui seront restés fidèles. »

Le saint docteur s'attache à la démonstration complète de ces deux propositions incontestables. Il développe l'enseignement chrétien sur le mariage ; il le représente comme un remède à la faiblesse humaine, comme un appui qui soutient l'homme et qui « l'empêche de tomber et

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de périr dans l'abimc des passions. » Mais en présence dos biens incalculables de la chasteté virginale , son âme s'indigne à la seule pensée qu'on puisse la mettre en parallèle avec le mariage et la volupté. « Qui donc, s'il vous plait, s'écrie-t-il , pourrait tomber dans l'aberration stupide de placer au même rang, dans son estime, les plaisirs de l'union conjugale et les pures délices de la virginité chrétienne? »

Enfin, il représente cette inefîable vertu, passant, immaculée, au milieu des flammes dévorantes de la volupté, dont elle porte forcément le foyer dans ses sens et dans son cœur, conduisant son vaisseau paisible à travers les plus terribles tempêtes, et marchant toujours, d'un pas assuré, vers les premières récompenses du ciel. Tandis C[ue le mariage s'arrête sans cesse, impliqué dans les entraves des tribulations humaines, la virginité, libre et victorieuse, s'en va, d'un vol rapide, prendre possession des plus brillantes couronnes de « la demeure éternelle. » Juste récompense des liens indissolubles qui l'enchaînaient au cœur de Dieu, son éternel époux.

Mario ()e. — Mais s'il n'est donné qu'à la virginité de resplendir aux yeux de Dieu d'un si brillant éclat, si seule elle peut jouir de l'inefîable prérogative d'occuper dans le sein de Dieu la première place , et si la condition des époQx, si la carrière du mariage est pour le salut une source d'entraves, un goufTre béant, dans lequel l'âme en peine se torture, se débat et s'abime, faut-il donc repousser avec horreur cette institution funeste, qui ne semble destinée qu'à détacher du front de l'homme la brillante auréole de la virginité, qu'à le plonger dans un abîme sans fond de tourments , de perplexités et de sollicitudes, qui lui permet à peine de porter ses regards vers le ciel , et qui , pour comble de désolations et de malheurs, lui ravit pour jamais ses droits à la plus belle destinée, aux plus suaves délices de l'éternité? Dieu n'a-t-il donc invonté ce lien de la nature que pour la déchéance

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de rhommc? Le Joug de l'union conjugulo ne serait-il pour ce monde, comme pour l'autre , qu'une fatale destinée, qu'une éternelle malédiction du ciel?

«Non, non, dit saint Chrysostome, il n'en saurait être ainsi. Parmi les grands événements de la famille humaine, celui qui la transforme dans ses obligations et qui la multiplie dans ses membres, doit être placé sans conteste au premier rang des bienfaits de la Providence divine. Il est , en effet, le complément nécessaire de l'œuvre de la création et l'accomplissement du second devoir de l'homme sortant des mains de Dieu. Car l'homme créé doit à Dieu sa vie ; telle est sa première dette, d'oii découlent tous les développements de son premier devoir. Mais le Créateur lui dit : Croissez et multipliez ; et, par ces paroles, il lui signale sa destinée terrestre et la seconde partie de ses obligations. »

Jésus-Christ , le Dieu Sauveur, en venant sur la terre régénérer l'espèce humaine, et replacer sur ses bases ruinées le grand édifice de la famille et du royaume de Dieu, n'a point voulu changer les conditions de l'union conjugale, de cette sublime transformation de la vie matérielle et morale de l'homme. Mais il la prend sous ses auspices, il l'ennoblit, il l'embellit du charme des vertus, et lui donne le caractère d'une mission céleste en l'élevant à la dignité de sacrement. Il en fait ainsi, dans son Eglise, le sacrement de mariage.

Saint. — Le mariage, dit saint Chrysostome, n'est point une institution impure; «car, s'il était une source corrompue, il faudrait admettre comme impurs tous les êtres vivants qui sont venus y puiser la vie. Mais, non, le mariage est digne d'honneur, selon la parole inspirée de saint Paul, et la couche nuptiale est sans souillure. » (Hébr., XIII, 4.) Le saint évèque le met en regard de la virginité, de cette noble et douce figure de l'héroïsme chrétien, et même en présence de cette incomparable vertu, de ce prodige de la grâce, il croit devoir rendre hom-

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mag-e au sacrement qui consacre Tune des plus grandes institutions do la religion et de la nature. « Jamais, dit-il, je ne placerai le mariage au nombre des prc'Jugés funestes, car je l'estime et je l'honore. Oui, le mariage est grand et beau ! Je me garderai bien de flétrir comme un obstacle placé sur le chemin de la vertu, cette sollicitude de l'homme qui possède une compagne, qui pourvoit à la subsistance de sa famille , qui dirige l'économie de sa maison, et qui se livre chaque jour aux durs travaux d'une profession pénible. Non, ce n'est pas le mariage qui mérite notre réprobation , c'est la fornication, c'est l'adultère, c'est l'infâme prostitution, qui sont les « fruits mauvais » de l'arbre de la vie. »

Religieux. — Le mariage que j'honore, ajoute-t-il, n'est point l'accouplement brutal de deux êtres de même nature entraînés par la dilTérence des sexes, c'est l'union contractée sous les auspices de Jésus-Christ. « I^a jeune vierge, selon l'enseignement de saint Paul, ou la femme dont l'époux s'est endormi du sommeil de la mort est en possession de sa pleine liberté. Qu'elle se lie désormais à l'époux de son choix, miais qu'elle ne s'engage que dans le Seigneur (l. Cor. VII, 39). Car ce n'est pas un mariage celui que la passion consomme, non plus que celui qui résulte de l'entraînement matériel des corps. Le seul mariage est celui qui se contracte et s'accomplit selon la loi par laquelle Dieu préside au gouvernement des âmes. Non, il n'existe point d'autre lien légitime, C{ue l'union spirituelle consacrée ici-bas par la loi de Jésus-Christ, Il n'est point non plus de génération légitime en dehors de la génération soumise à la loi spirituelle de Dieu. N'allez donc point vous attacher à la lettre dangereuse des lois étrangères qui vous laissent la faculté de donner à votre épouse un acte de séparation, car ce n'est pas d'après le texte de ces lois, que votre juge, au grand jour, prononcera sur vous sa sentence. Il vous jugera d'après la loi que lui-môme vous a donnée. »

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