CHAPITRE XXVI
XécessaiiX'. — Bien que la dignité du mariage semble s'effacer en présence du pur éclat de la virginité, Dieu néanmoins Va créé comme un moyen d'apaisement pour lespassionset de conservation pour l'innocence de l'homme, bien plus qu'il ne l'a donné comme la grande loi de multiplication de l'espèce humaine. «Le mariage est beau, dit saint Chrysostome, puisqu'il conserve à l'homme, icibas, l'avantage glorieux de la chasteté. C'est l'union conjugale, en elîet, qui l'arrête sur le bord de l'abîme; c'est elle qui l'empêche, à son heure suprême, de rendre à Dieu son âme souillée du souffle impur de la lubricité. N'allez donc point la flétrir d'un dédain calomnieux; car ses œuvres sont grandes et belles. C'est le mariage qui maintient dans leur sainteté les membres de Jésus-Christ et qui les empêche de se dégrader et de devenir les membres d'une prostituée. C^est lui qui garde le temple vivant du Sauveur contre la souillure et la dépravation. Voilà pourquoi le mariage est beau ; c'est qu'il porte dans ses bras la faiblesse, et qu'il redresse de ses égarements la pauvre âme qui chancelle sur la pente de l'abîme. »
Fins du mariage. — k Si donc il est vrai que l'homme ait reçu du ciel l'institution du mariage, pour la propagation du genre humain, il est bien plus incontestable encore qu'il lui fut donné comme un tempérament dont le but est d'éteindre en lui le feu brûlant de la concupiscence. Oui, Dieu s'est proposé deux fins, dans cette institution sublime, la modération des appétits sensuels et la paternité.
« La femme est donc l'instrument divin donné sur la terre h l'homme, pour lui rendre la vertu facile et s'associer à sa destinée ; aussi comme elle prend sa part de sollicitude dans les soins matériels de la viel comme elle partage avec lui la création de la famille, et l'accomplissement de tous ses devoirs !
« Mais ce n'est point en s'abaissant au culte des frivolités mondaines que la femme se fait la fidèle compagne, le vrai soutien du cœur de l'homme. Non, c'est en planant
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de toule la hauteur de sa mission céleste au-dessus de la tourbe ténébreuse du monde, c'est en imprimant dans son âme le caractère vivifiant de l'apostolat, par la beauté sainte de sa vie, sous les traits d'un ange de douceur, et par la coordination parfaite de ses travaux et de ses devoirs, embellis de tout l'héroïsme de la patience et de la longanimité chrétiennes. C'est ainsi que la compagne de l'homme ravit à l'empire du mal le cœur de son époux. »
Ce n'est donc point par la cohabitation matérielle , mais par la vie et les vertus de l'Evangile, que la femme peut accomplir le devoir de coopérer au bonheur de l'homme et de sauver son âme. « Vous ne vous proposerez donc qu'une seule chose, dans le choix de votre épouse : le bonheur de vous sauver par elle de la tyrannie des passions, afln d'échapper h l'esclavage du péché. »
Indissolubilité. — La femme fidèle, dans l'accomplissement de sa mission divine, est donc un bienfait du ciel, un envoyé de Dieu qui s'attache à l'homme, qui l'accompagne pendant tout le pèlerinage de sa vie, qui le suit dans toutes les phases de sa destinée, qui prend la moitié de toutes les agitations, de toutes les péripéties do son existence, et qui ne se sépare de lui que pour descendre dans la tombe. (( Celle, en effet, dit saint Chrysostome, que l'homme a reçue ici-bas pour compagne de sa destinée, il la conserve Jusqu'au tombeau. Car ils ne sont plus deux êtres divers; ils sont devenus un seul corps. Il n'est donc pas moins illicite à l'homme de rompre le lien qui l'unit à son épouse, que de trancher sa propre chair. Ici la voix de Dieu se fait entendre : Ce que le Seigneur a réuni, que l'homme se garde de le séparer jamais. Tel est le double précepte de la loi du ciel et de celle de la nature. Aux yeux de la nature ils ne sont qu'une seule chair, qui ne saurait être scindée que par le tranchant de la mort, et par la loi du ciel ; c'est Dieu qui les fait un dans la fusion de leur substance, et qui leur défend d'anéantir son œuvre et de rompre leur unité.