CHAPITRE XXVI
« Mais quoi donc ! s'écrieront à la luis l'égoïsme et la faiblesse : N'ost-il pas intolérable et cruel de garder en des rapports intimes une femme dont le cœur est le réceptacle de tous les vices? d'honorer de sa cohabitation un être sauvage et de le renfermer pour toujours avec soi dans sa maison ! N'importe, répond saint Chrysostome, il vous faut la supporter jusqu'à la mort. S'il vous était permis de remplacer, pendant sa vie, votre épouse par une étrangère, et celle-ci par une autre encore, quel besoin alors d'implanter sur la terre l'institution du mariage, lorsque les hommes, investis du droit d'échanger entre eux l'usage de leurs épouses, feraient régner comme une infamie, sur toutes les femmes, le régime universel et bestial de la promiscuité des sexes?
« Mais vous me dites que votre épouse est frappée d'une incurable infirmité morale, bien qu'elle ait été pour vous un objet de la plus constante sollicitude, et des soins les plus assidus. N'imiîorte ; il vous est interdit de lui fermer l'entrée de votre demeure. Est ce que vous pourriez consentir à vous laisser arracher un membre affaibli par une incurable maladie? Eh bien ! votre épouse est un membre précieux de votre corps; car ils seront, dit l'Ecriture , deux ôtres dans un même corps. Et quand même l'un ou l'autre vous seriez tombé dans l'abimc de l'infidélité, gardez-vous bien de briser jamais le lien qui vous enchaîne.
« Mais voyez quelle serait, par le fait de cette séparation, la promiscuité brutale de l'espèce humaine. Aujourd'hui la femme est au pouvoir d'un époux ; demain elle ira se jeter dans les bras d'un étranger, près duquel l'attendront encore les embrassements d'un autre. Ce commerce hideux n'est-il pas justement flétri par le Seigneur, comme un horrible et dégoûtant adultère ?
« Je veux même, qu'endurcie dans sa perversité, cette femme ne cesse de porter la perturbation dans votre âme et de vous plonger, en dépit de vos résistances, dans les
4 y SAINT CHRYSOSTOME.
souillures du vice! Eh bien! quoi qu'il en puisse être, il vous faut ou la garder ou vous tremper dans Timmonde bourbier de l'adultère.
« Non, Jésus-Christ n'a point investi l'homme du pouvoir de bannir son épouse du seuil de sa demeure. Saint Paul enlève à chacun des époux tout pouvoir sur la disposition de son propre corps, dont il livre la possession entière à l'autre époux. Il les soumet l'un à l'autre, dans une dépendance plus sévère que celle de l'esclave qui vend à prix d'argent l'usage de sa vie. La femme est enchaînée par la loi. De même que l'esclave échappé de la maison de son maître, traîne avec lui sa chaîne qui comprime ses membres; de môme l'épouse qui s'enfuit de la maison de son époux, traîne aussi, comme une chaîne, le lien de la loi. C'est une voix vengeresse qui condamne son infamie, aussi bien que l'infamie de tout homme qui la reçoit dans sa maison. L'époux vit encore, s'écrie la voix, et votre complaisance est un crime d'adultère. La femme, dit l'Écriture est enchaînée à la loi pendant toute la durée de l'existence de son époux, et l'épouser, même après qu'elle est bannie de la demeure conjugale, c'est se rendre coupable d'adultère. Mais quand donc enfin lui sera-t-il permis de contracter une autre union? Quand elle sera libre du lien de la loi ; quand son époux sera descendu dans la tombe. »
Mais pourquoi donc Dieu déploie- t-il pour le mariage une aussi grande rigueur? «Ah! c'est que le corps de l'un des époux, dit saint Paul, est passé tout entier sous la puissance de l'autre époux. Cette dépendance est plus indissoluble que celle de l'esclavage qui s'achète au poids de l'or. Carie mariage est un lien, une véritable chaîne; non point ce lien moral qui résulte pour les époux de la communauté des travaux, des sollicitudes et des peines, mais ce lien puissant, qu'enfante un assujettissement plus fort que celui de la servitude. »
Revoirs, — Aussi que de grâces merveilleuses Dieu ne