CHAPITRE XXVI. m
est limité par la nature au centre de la l'amillc, tandis que Tempire de l'époux s'étend au dehors sur les affaires et les intérêts de la cité. »
Limite de la dépendance des époux. — ^lais cette dépendance intime de la famille est-elle sans limites? et doit-elle lier en toutes choses l'action, la pensée et la conscience des époux? Non sans doute, répond saint Chrysostome, car elle est, elle-même, soumise à des lois. « Le précepte divin qui leur interdit toute privation réciproque, ne saurait régir que les relations conjugales. En cette matière il les astreint à s'attacher l'un à l'autre et leur enlève tout pouvoir de jamais se séparer,
« Mais en toute autre matière, ils conservent l'un et l'autre leur pleine liberté; c'est ainsi qu'il est licite à l'homme, même à l'encontre des désirs de l'épouse, de bannir de sa maison un luxe ruineux et de frivoles délices. 11 peut aussi, pour son bonheur domestique, sauvegarder la paix de sa famille contre des préoccupations stériles et d'inutiles soucis.
« L'épouse, elle non plus , ne doit reconnaître aucun pouvoir qui puisse la forcer à subir les futilités de l'orgueil, les trophées de la vaine gloire, et les sollicitudes de la mondanité.
« Et c'est justice ; car si l'amour des vanités, cet entraînement pardonnable de la matière, peut rencontrer parfois dans la famille une docile complaisance, un facile accès, s'il n'est pas libre à l'un des époux d'imposer à cet égard à l'associé de sa destinée une privation quelconque en opposition avec sa volonté ; cela ne saurait se comprendre, lorsqu'il s'agit du caprice des plaisirs, de la vanité des honneurs et des folies de l'ostentation et de l'orgueil. Car ce n'est pas alors la nature qui se plaint et qui crie; c'est l'aberration et la mollesse qui viennent insulter aux lumières de la conscience et de la raison. Aussi bien, en toutes ces choses, les époux peuvent-ils jouir d'une complète indépendance. »
448 SALNT CHRYSOSTOME.
Adultère. — Telles sont les obligations que saint Chrysostome assigne aux âmes engagées dans les liens terrestres du mariage. Mais dans l'accomplissement de ces devoirs ne se trouve pas la vie tout entière ; la prévarication vient souvent occuper une très-large p^ace dans le cœur, dans les pensées, et dans les œuvres des hommes. Auprès de la vertu, rampe le vice ; et l'abîme prolonge toujours ses pentes rapides même jusqu'à l'ombre du port. Le tentateur sait souvent franchir le seuil de la demeure conjugale ; souvent même il réussit à la souiller, à l'envelopper dans un crêpe sombre de corruption et de deuil. Le saint patriarche de Constantmople s'élève avec indignation contre cette monstruosité, qui porte la désolation dans la famille de Dieu. « Non, s'écrie-t-il, ce n'est pas un même crime que la fornication de l'homme libre et celle de l'homme enchaîné par la loi du mariage ; celle-ci n'est plus une fornication ; elle est un adultère.
« Oui, je l'affirme, que la complice de votre lubricité soit une prostituée de profession, une esclave, une femme libre de tout lien; n'importe, vous qui ne pouvez vous vautrer avec elle dans la fange, sans vous arracher aux bras d'une épouse, vous êtes un adultère. Non, je ne saurais rien citer, je ne connais rien sous le soleil de plus digne de honte, que la prostitution d'un homme impliqué dans les saints engagements du mariage.
« De même, la femme qui s'est abîmée, ne fût-ce qu'une seule fois, dans l'opprobre de l'adultère, est impure et maudite; et vous qui vous unissez à la prostituée, vous n'avez plus qu'un seul corps avec elle. Ainsi quand vous vous abandonnez à la femme adultère, vous devenez, vous aussi comme elle, impur et maudit. »
Ni l'homme ni la femme ne peut donc conserver la sainteté dis son intimité conjugale avec celai qui s'est flétri, souillé par la prostitution. Mais en résulte-t-il une rupture du lien formé sous les auspices de Dieu même? « Gardez-vous de le penser , dit saint Chrysostome. Tout